El-Kantara : Sauver les gorges

El Kantara est un chef lieu de daïra au nord de la wilaya de Biskra. Elle tire son nom de son pont romain deux fois millénaire. A une altitude de 538,23 m par rapport à la mer à mi-chemin entre Batna et Biskra (60 et 50 kms),elle s’étale entre la chaîne enneigée des Aurès et les oasis généreuses des Ziban et constitue, par conséquent, le meilleur des contrastes où la neige des Aurès couvre le palmier des oasis. Son climat est donc très froid en hiver et chaud en été, détaille Noureddine Chelli, membre et ancien président de l’association pour la promotion de l’Office local du tourisme (OLT).

Chelli retrace ensuite son histoire. «L’histoire d’El Kantara est un mélange de plusieurs civilisations : berbère, romaine et arabo-musulmane. À l’époque romaine, elle était un centre urbain connu sous le nom de Calceus Herculis. En 1048, le nombre d’Arabes a augmenté après l’arrivée des Béni-Hillal. El Kantara a donné le sang de ses fils les plus valeureux durant la décolonisation. El Kantara est surnommée «Le tombeau des trains». (58 opérations de minages). Quant aux potentialités touristiques,  Chelli fait savoir que le pont romain est construit vers 110 après J.-C., restauré en 1862 sous Napoléon III, il a été classé en 1900. Les gorges d’El Kantara est un site naturel classé en 1923. Le musée lapidaire est fondé par Gaston De Vulpilliéres. Il comprend des vestiges romains. L’oasis d’El Kantara est luxuriante et irriguée par un système ingénieux de seguias. L’ancien village européen est situé dans les Gorges à l’entrée nord d’El Kantara. On y trouve un bureau de poste, une école et une maison cantonnière. Autres particularités, le village rouge (dachra), avec ses ruelles tortueuses et ses habitations typiques bravant la chaleur de l’été et le froid rigoureux de l’hiver. Le palmier dattier domine dans la vaste palmeraie où l’on trouve aussi divers arbres fruitiers que l’olivier et le citronnier commencent à détrôner. Pour la faune et la flore, des espaces rares vivent à El Kantara comme le bruant striolé (appelé boubchir), oiseau de couleur ocre presque domestique. On compte aussi le lièvre, le chacal et le moineau. L’artisanat est caractérisé par la poterie (2 unités privées), la vannerie (couffins), le travail de la laine.
Concernant les infrastructures, malgré sa réputation internationale, El Kantara est encore un terrain vierge en matière d’investissements touristiques. Il n’existe qu’une auberge de jeunes avec une capacité de 50 lits et un complexe hôtelier en cours de réalisation.  Depuis toujours, ce site charme les voyageurs et surtout les écrivains et les peintres qui ont laissé des dizaines de textes et des centaines de tableaux. À titre d’exemple, Eugène Fromentin, André Gide, Louis Bertrand, José Benito Ortega, Eugène Alexis Girardet. L’écrivain français André Gide avait écrit : «El Kantara où je m’attarderais deux jours, le printemps naissait sous les palmes, les abricotiers étaient en fleurs, bourdonnant d’abeilles, les eaux abreuvaient les champs d’orge, les hauts palmiers dans leur ombre abritant, ombrageant à leur tour les céréales, nous passâmes dans cet Eden deux jours paradisiaques.» Ou encore Eugène Fromentin qui disait : «Cette subite apparition de l’Orient par la porte d’or d’El Kantara m’a laissé pour toujours un souvenir qui tient du merveilleux.»
Sonnette d’alarme
Par ailleurs, Chelli confie que son association a adressé plusieurs lettres au président de la République, au ministre des Travaux publics, au ministre du Tourisme, au ministre de la Culture, au ministre des Ressources en eau, au médiateur de la République, et aux autorités locales. Il s’agit d’une demande  pour l’ouverture d’une enquête sur le projet de dédoublement de la RN3 dans sa partie touchant au patrimoine national classé (Gorges d’El Kantara et pont romain). «Ces gorges sont défigurées et dégradées par ce projet dont le tracé choisi a privilégié la voie de la simplicité et de l’absurde.» «Notre association, la société civile locale en général et des citoyens parmi les plus conscients de l’importance vitale de préserver le patrimoine national se sont élevés contre la variante du tracé passant par ces sites classés et ont demandé aux autorités, tant locales que nationales, par toutes les voies légales et pacifiques à leur portée, d’étudier d’autres variantes de tracés.»Ce même interlocuteur regrette la destruction définitive des canaux (seguias) qui permettaient d’irriguer la palmeraie d’El Kantara, signant ainsi la perte à terme de tout ce patrimoine agricole. Il n’a pas manqué de signaler la dégradation du flanc sud de la montagne et des gorges, site naturel classé depuis 1923 et aussi la construction des piles de ponts sur le lit de l’oued, le rétrécissant à plus de 50%, créant ainsi un obstacle très important aux eaux de crues, et dont les conséquences peuvent être catastrophiques. «Nous enregistrons aussi l’annulation pure et simple de la réalisation du projet de l’hôtel qui devait relancer le tourisme dans la commune d’El Kantara et dont l’assiette est réduite par le tracé de la route.»Chelli poursuit en disant que ce projet, qui est actuellement réceptionné, touchant au patrimoine national, culturel, naturel, historique et économique, a été réalisé contre la volonté de la population, la société civile et en violation des lois de la République. «Dans l’espoir que notre appel soit entendu et afin que de tels comportements ne se reproduisent plus dans notre pays, nous émettons le vœu que la loi soit appliquée contre tous ceux qui l’ont entravée», a-t-il conclu.
Samira S.
Gare d’El Kantara : Bientôt transformée en un musée
Pour la première fois, une architecture industrielle se mue en espace culturel. La gare d’El Kantara,  qui est à quelques encablures, dans la wilaya de Biskra, sera justement transformée en un musée, dévoile pour Horizons IssamBoultif, chef de gare El Kantara. D’où une visite de ce joyau de l’histoire. Une charmante bâtisse peinte en gris et blanc. Aérée et panoramique. Par son histoire, son patrimoine architectural, son site naturel.
Pour sa transformation, le chef de gare confie que «tous les travaux de restauration sont réalisés par notre propre financement, avec l’effort des ouvriers de la gare. Nous avons de belles idées pour faire de la gare un pôle touristique en préservant son ancienne image, mais les travaux sont au point mort et avancent lentement à cause des contraintes financières». Il a, dans ce sens, adressé un message au ministère de la Culture pour accélérer le processus d’achèvement des travaux de ce musée, qui a vu le jour «avec notre soutien financier, et faire le suivi des travaux de la station»,  précise-t-il. Jaloux de ce legs, Boultif émet le souhait de faire de cette gare une zone touristique, qui sera visitée par des touristes du monde entier. Le projet de rénovation de la gare devrait s’inscrire dans le cadre du développement du transport terrestre des voyageurs. La réhabilitation de cette gare ancestrale nécessite une modernisation.Et équiper cette gare afin de répondre aux attentes des voyageurs en matière de confort, tout en harmonisant cette structure avec l’architecture urbaine de la région. Notre interlocuteur fait savoir que l’histoire du quartier de la gare El-Kantara (quartier Al Gous) remonte à l’époque française avec la mise en place du projet de voie ferrée qui le traverse, puisqu’il établit une double station de voyageurs et de marchandises qui approvisionnait le colonisateur (située dans les zones voisines), et le terrain a été choisi pour sa position géographique. L’existence de cette gare remonte à 1887 d’après les dates de la construction des lignes de chemin de fer, le projet de 1879-1906 (la ligne de chemin de fer fait 1.747 km). Ligne Batna – Biskra Batna – AïnTouta (26 juillet 1886) Aïn Touta – Qantara (9 février 1887)El Kantara – Lotaya – Biskra (1er juillet 1888).
S. S.