En prévision du bac et du BEM : Les cours particuliers vident les écoles

Les candidats au baccalauréat et au brevet d’enseignement moyen (BEM) quittent les bancs de l’école dès la fin avril pour suivre des cours payants. Ce phénomène est observé depuis les années 2000.

«Les élèves des classes d’examen désertent les établissements scolaires à la fin du deuxième trimestre pour s’inscrire à des cours particuliers. Une situation qui a pour origine plusieurs raisons, notamment la surcharge des programmes et des classes», estime le président de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef), Sadek Dziri.
Le syndicaliste impute cette désertion des classes à une multitude de motifs, et les candidats aux examens se préparent dans de meilleures conditions. «La méthode pédagogique suivie dans la dispense des cours ne semble pas idéale. Durant l’année scolaire, les élèves ne font pas assez d’exercices d’application, surtout en physique et en mathématiques. De ce fait, ils préfèrent suivre des cours particuliers, soit en groupe, soit individuellement, où ils font des exercices et des corrigés des sujets du bac ou du BEM. Il est question d’offrir aux élèves le plus de chances pour assimiler les cours théoriques en solutionnant des exercices et en utilisant les annales», ajoute-t-il.
Pour sa part, le secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), Boualem Amoura, évoque l’effet de mode des cours particuliers. «Des élèves excellents, voire brillants, suivent des cours payants alors que ils n’en ont pas besoin. Mais l’ambiance générale est favorable et incite tous les candidats à s’inscrire à ces cours qui ruinent les parents, obligés d’y consacrer un budget», relève Amoura.
En outre, il fait savoir que ces mêmes enseignants qui «se sont mis à leur compte» font partie du corps enseignant de l’éducation nationale. «Il est vrai que les conditions de travail ne sont pas idéales. La surcharge des programmes et des classes fait que l’enseignant ne peut pas suivre de près les élèves et leur apporter un soutien individualisé. Toutefois, l’investissement personnel n’est plus d’actualité pour accomplir correctement sa mission. Pour compenser, ils invitent les élèves à suivre des cours en dehors de l’établissement scolaire. De ce fait, ils se font une belle réputation en se donnant à fond dans ces cours payants et convaincre élèves et parents de l’utilité de cette démarche. Le bouche-à-oreille fait le reste», explique-t-il.
La formation insuffisante des enseignants
Le corps enseignant a connu ces dernières années une saignée. Des enseignants qui possèdent une longue expérience ont été contraints à partir à la retraite après la suppression de la retraite proportionnelle. «En juillet 2017,plus de 40.000 enseignants sont partis à la retraite, soit 70% des effectifs. Ceci a affaibli et réduit la capacité d’encadrement dans les établissements scolaires. S’agissant des nouvelles recrues fraîchement sorties de l’université, elles n’ont pas la formation pédagogique et la méthodologie à suivre pour dispenser les cours et maîtriser la classe. Une insuffisance qui se répercute sur le niveau scolaire qui régresse d’une année à l’autre», soutient le président de l’Unpef. Pour y remédier, le SG du Satef affirme qu’une proposition a été soumise à la tutelle pour la création du «poste de professeur référent». «Il s’agit de désigner des enseignants expérimentés dans chaque école et de les charger de suivre ou d’assister les jeunes enseignants pour leur permettre d’avancer dans leur carrière et de bénéficier d’une formation continue. L’enseignant formateur aura à sa charge une ou deux classes, le temps restant il le consacrera à la formation des nouvelles recrues», suggère-t-il.
En attendant des solutions viables pour les élèves, les parents et les candidats aux examens sont dispersés entre les différents «enseignants privés».
Karima Dehiles