Envasement : Les barrages s’enlisent dans la boue

Aux grandes crises, les solutions de taille. Bousculés par la crise d’eau qui sévit depuis un mois, les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour un retour à la normale. C’est dans ce cadre que l’Agence nationale des barrages et transferts a engagé une opération d’envergure visant le dévasement de tous les barrages. Il s’agit de parer au plus pressé en matière d’alimentation en eau potable, mais aussi et surtout pour protéger et irriguer les terres agricoles fortement touchées par la sécheresse.

Le ministère des Ressources en eau a lancé plusieurs opérations de dévasement des barrages à travers l’ensemble du territoire national. Selon les spécialistes, le taux d’envasement annuel est de 45 millions de m3.
«L’objectif de ces opérations est d’atteindre une exploitation optimale des capacités de remplissage de ces infrastructures», a souligné le chargé de la communication de ce département. Le volume de vase devant être enlevé avoisine les 11 millions m3, dont 2 millions m3 du barrage Fergoug situé dans la wilaya de Masacara, 4 millions m3 du barrage Ghrib (Aïn Defla), et 5 millions du barrage d’El Hamiz (Boumerdès). Selon la même source, des opérations similaires seront lancées pour le dévasement de près de 33 millions m3  au niveau de six autres barrages du pays. Il s’agit d’une opération d’enlèvement de 8 millions de vase du barrage Foum El Gherza (Biskra), 5 millions m3 du barrage Zerdaza (Skikda), 5 millions m3 du barrage Djorf El Torba (Béchar), 5 millions m3 du barrage Merdja Sidi Abed (Relizane), 5 millions m3 du barrage Foum El Kaïs (Khenchla) et 5 millions m3 de celui de Bouhanifia (Mascara).
Le chargé de communication a rappelé que «ces opérations s’inscrivent dans la démarche du ministère des Ressources en eau visant à augmenter les capacités de mobilisation des eaux de surface, notamment au niveau des stations en cours d’exploitation».
Pour endiguer ce phénomène, le ministère a lancé de grandes opérations de reboisement autour des bassins hydrographiques en vue d’éviter l’érosion des sols à l’intérieur des digues, qui est à même d’entraîner l’envasement. A ce titre, les services de l’Agence nationale des barrages et transferts ont planté 350.000 arbres au niveau des barrages exploités depuis le début du mois de janvier dernier. En outre, de nombreux chercheurs ont mis l’accent sur la nécessité d’ériger des retenues collinaires afin de récupérer les eaux de ruissellement et de multiplier les projets des corrections torrentielles.
Les spécialistes ont souligné que les pluies d’automne  et les crues demeurent un facteur d’envasement. En effet, les  barrages s’envasent en période de crue et non pas en période d’étiage. Selon eux, les crues d’automne drainent les plus grandes quantités de sédiments, soit 70% des apports solides.
Les études ont révélé que la quantité de vase déposée au niveau des 70 grands barrages dépasse le 1,2 milliard de m3 par an. Les spécialistes relèvent que 20 retenues sont menacées d’envasement, à l’exception notamment de Keddara (Boumerdès), Boukourdane (Tipasa), Erraguenne (Jijel). Le barrage de Sidi Mhamed Ben Aouda (Relizane), a-t-on indiqué, qui était classé comme barrage à faible taux d’envasement au début des années 1990, demeure aujourd’hui le plus menacé par les dépôts de boue estimé à 4 millions de m3 par année tandis que le taux d’envasement du barrage de DjorfTorba (Béchar) a augmenté.
Selon le Dr Remini, chargé de cours à l’Université de Blida, le barrage de Boughezoul est également menacé par l’envasement. D’une capacité de 55 millions de m3, celui-ci est envasé à plus de 70% de sa capacité. «Dans 20 ans, il sera désormais complètement envasé», prévient-il.
Mohamed Medjahdi

Un taux d’envasement en nette hausse

Selon les estimations prévisionnelles, la tendance de l’envasement des barrages est comme suit :
Année 1957 : 200 millions m3 de vase entreposés dans les barrages
Année 1962 : 240 millions m3
Année 2000 : 800 millions m3
Année 2006 : 898 millions m3
Année 2010 : 950 millions m3
Année 2020 : 1.279 millions m3
Année 2030 : 1.800 millions m3