Equipe du FLN de football : Un symbole de courage et de patriotisme

Fondée le 13 avril 1958, l’équipe du FLN, constituée par les illustres footballeurs algériens évoluant à cette époque-là essentiellement en France, allait défrayer la chronique. Elle a marqué avec des lettres d’or son empreinte l’histoire de la guerre de Libération nationale.
«Durant la guerre de Libération nationale, nous avions laissé tomber argent, honneur et succès dans les stades français et internationaux pour rejoindre les combattants de la liberté. C’est pour cela que cette équipe est unique en son genre, car le but de sa création était de lutter pour la libération de l’Algérie du joug du colonialisme, en médiatisant sa cause à travers le monde entier. Nous étions à la fois footballeurs, patriotes et ambassadeurs. L’équipe nationale du FLN a assumé dignement son rôle de porte-drapeau de l’idéal populaire de liberté. En portant la cause algérienne à l’international, l’équipe du FLN avait fait gagner 10 années à la Révolution algérienne», tels sont les propos de Mohamed Maouche, membre de l’équipe du FLN et président de la Fondation portant le même nom.
Alors que les Algériens étaient en pleine guerre contre la France coloniale, soit quatre ans après le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, une trentaine d’Algériens menés par Mohamed Boumezrag, considéré comme étant l’architecte de l’équipe du FLN, décidèrent alors de faire du football un sport de «combat» qu’eux seuls connaissent le mode opératoire. Ainsi, une trentaine de joueurs professionnels «déserteurs» ayant rejoint Tunis pour constituer l’équipe du FLN sous la houlette du jeune entraîneur Mokhtar Aribi qui dirigeait à l’époque l’équipe à d’Avignon.
Ils ont pour noms Saïd Amara, Mokhtar Aribi, Kaddour Bekhloufi, Abdelaziz Ben Tifour, Ali Benfeddah, Abderrahmane Boubekeur, Hocine Bouchache, Abdelhamid Bouchouk, Mohamed Boumezrag, Boudjemaâ Bourtal, Saïd Brahimi, Hassen Chabri, Dahmane Defnoun, Ali Doudou, Saïd Hadad, Abderrahmane Ibrir, Smaïn Ibrir, Abdelhamid Kermali, Abdelkrim Kerroum, Mohamed Maouche, Abdelkader Mazouz, Rachid Mekhloufi, Amokrane Oualiken, Ahmed Oudjani, Amar Rouaï, Abderrahmane Soukhane, Mohamed Soukhane, Abdelkader Zerrar, Mustapha Zitouni et Abdelhamid Zouba.
A quelques encablures de la plus prestigieuse compétition planétaire de football, un groupe d’une douzaine de joueurs algériens évoluant en France ont fui subitement ce pays à destination de la Tunisie sur ordre du FLN. C’était les 13 et 14 avril 1958. Deux autres joueurs rejoindront l’équipe après avoir purgé leur peine. Il s’agit de Mohamed Maouche et Hassen Chabri qui ont écopé d’un an de prison en 1959.
Parmi la pléiade de joueurs talentueux, deux des plus illustres d’entre eux étaient retenus pour disputer la Coupe du monde 1958 prévue en Suède. Il s’agit de l’arrière central de l’AS Monaco Mustapha Zitouniet le meneur de jeu de l’AS Saint-Etienne Rachid Mekhloufi. L’information de cette énigmatique «évasion» est tombée tel un couperet dans les milieux du football international, mais aussi dans toute la France. Le lendemain, cet acte a fait la Une de plusieurs médias français, dont le célèbre journal sportif L’Equipe qui a titré : «Neuf footballeurs algériens, dont Zirouni, ont disparu», alors que le magazine France Football a consacré quatre pages à cet évènement. Touchés dans leur amour propre et faisant parler leur fibre patriotique, «les footballeurs fugueurs», comme les ont qualifiés les Français, ont pris leurs responsabilités en renonçant à leur statut de professionnels dans l’Hexagone.
Quand une «balle» défie un arsenal de guerre
La mission de cette équipe du FLN est à la fois sportive et politique, afin de montrer d’abord aux Français que des footballeurs professionnels algériens s’impliquent dans la cause noble, celle de la libération de leur pays colonisé.
Actionnant une riposte pour contrecarrer le FLN et le devenir de son équipe de football, les autorités françaises obtiennent rapidement la non-reconnaissance de cette équipe algérienne par la Fifa. Cette interdiction de jouer n’a pas du tout dissuadé ou découragé l’équipe du FLN qui réussira une véritable propagande à travers le monde, grâce aux matchs disputés sur propositions de pays hôtes en Europe, en Asie et en Afrique. L’équipe du FLN se lance alors le défi de faire connaître la cause algérienne dans tout ce qu’elle entreprenait. Armée d’une balle de football, cet outil d’expression sportive s’avère plus efficace qu’un arsenal de guerre. Etalant un football de très haute facture sur le terrain, Zitouni et consorts ont forcé l’admiration de tous ceux qui les ont vu jouer. Enchaînant les matchs et les résultats probants, l’équipe du FLN se joue de plusieurs sélections régionales et nationales huppées allant parfois jusqu’à humilier ses adversaires.
L’équipe du FLN a la particularité de disputer ses rencontres à l’extérieur de ses bases jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. Grâce à une balle de foot, elle a clamé haut et fort la cause algérienne à travers le monde. L’histoire retient que ces «footballeurs déserteurs» étaient les dignes ambassadeurs de l’Algérie au moment où leur pays s’embrasait.
Khaled H.