Espace Esprit Panaf : De l’importance de la carte linguistique et culturelle

L’espace Esprit Panaf du Salon international du livre d’Alger 2022 a abrité samedi dernier une conférence intitulée « Le rôle de la carte linguistique et culturelle dans le développement économique ». Organisée par le Haut-commissariat à l’Amazighité (HCA) et présidée par son président Si El Hachemi Assad, la rencontre a été animée par les enseignants universitaires, Nourddine Djouadi et Yazid Oulha.

Dans sa communication, l’enseignant d’économie à l’université d’El Oued a insisté sur les secteurs qui s’imposent comme des alternatives aux hydrocarbures. « 2022 est l’année de la relance économique. Le  programme mis en place par le président Tebboune 2020-2024 se base sur le développement des activités minières, agricoles, l’investissement dans les énergies renouvelables, l’industrie pharmaceutique et les start-up », a affirmé d’emblée l’expert.
Dans ce sillage, il a mis en exergue l’impact positif du multiculturalisme dans le développement économique et la création de richesse et d’emploi. Comment ? Dans sa conférence, l’économiste a apporté un éclairage sur ce lien entre le développement économique et le multiculturalisme dans notre pays. « Les différences culturelles représentent une force pour la création de la richesse et un moteur pour la relance économique et l’épanouissement de la vie sociale. Notre pays recèle un patrimoine culturel diversifié, composé de 40 ressources recensées qui peuvent être exploitées économiquement », a-t-il ajouté.  Pour valoriser ces ressources, l’établissement d’une carte culturelle est une nécessité. « Une carte culturelle est un  mécanisme le plus important et le plus efficace pour mettre en valeur la diversité culturelle en tant qu’agent de relance économique. Elle est un inventaire précis, complet, actualisé et transparent et contient une  analyse scientifique et  systématique.  Les ressources culturelles  matérielles et immatérielles, liées à la majorité ou les minorités,  leur situation géographique, détaillant leur état (pourcentage d’exploitables, miteux, usés, en voie d’extinction, études de faisabilité sont à étudier », a soutenu Djouadi.
A ce titre, il a relevé l’impératif d’établir une carte comprenant les acteurs du champ culturel des organismes gouvernementaux, institutions économiques, et leur forme juridique. « La société civile a son rôle à assurer  sous toutes ses formes, caritative, professionnelle ou syndicale », a soutenu l’économiste.
Des variantes de tamazight s’éteignent
L’enseignant et chercheur  universitaire, Yazid Oulha, a, de son côté, s’est penché sur la problématique de la disparition de variantes de tamazight en Algérie. Ayant pour référence, les rapports établis par l’Unesco sur les variantes éteintes, il a estimé que l’étude n’est pas exhaustive.
« L’Atlas historique de l’Unesco dans sa première édition en 1993 fait état du risque de disparition de  600 variantes. En 1996, il était question de 900 variantes en danger.  La 3e édition de l’Atlas des langes, révisée , augmentée et mise à jour  concerne 2500 langues en danger », a-t-il indiqué.
L’Atlas Unesco  des langues en danger dans le monde vise à tirer la sonnette d’alarme pour œuvrer ensemble à stopper ce phénomène. « Les autorités, les communautés de locuteurs et le public en général doivent prendre  conscience des menaces qui pèsent  sur les langues et  constituer un outil de suivi de l’état des langues en danger dans le monde et des tendances globales en matière de diversité linguistique », a soutenu l’universitaire.
Dans ce sens, il a mis l’accent sur l’intérêt de la diversité linguistique pour l’Humanité. «Les langues sont les vecteurs de notre culture, de notre mémoire collective et de nos valeurs.  Elles sont une composante essentielle de nos identités, de notre diversité et de notre patrimoine vivant.  Toutes les langues donnent un témoignage unique du génie culturel des peuples », a reconnu l’expert. Et de poursuivre : « Par conséquent, la mort d’une langue représente donc une perte pour l’humanité tout entière ».
En Algérie, des variantes de tamazight ont disparu selon le recueil de l’Unesco. « Le kabyle et le chaoui sont les seules variantes qui sont toujours utilisés dans l’espace public et privé et par les générations confondues », a-t-il fait savoir.
Toutefois, l’intervenant garde espoir que les autres variantes ne sont pas tout à fait éteintes. « Des études profondes sont à entreprendre sur le terrain car l’Atlas de l’Unesco sur les langues dans le monde ne se base pas sur la réalité dans les localités et communautés concernées », a conclu Oulha.
Karima Dehiles