Est du pays : Patrimoine culturel en péril

Heureux encore que le pillage du patrimoine ne soit pas l’apanage de nos seuls concitoyens. Il a de tout le temps existé et sans doute plus fortement ailleurs qu’en Algérie où les autoproclamés connaisseurs ne courent pas les rues sauf toutefois qu’ignorance, voire inculture font faire à bien des égards des ravages dont les auteurs ne sont autres que certains… responsables.

 Faudrait-il en effet rappeler pour l’anecdote qu’au lendemain de l’indépendance, accompagnant une délégation étrangère dans une wilaya de l’Est, un cadre politique s’était dit outré par la représentation d’une somptueuse fresque murale (La chute de Pompéi) du musée de la ville au motif que le contenu portait atteinte aux valeurs morales de la société algérienne. Y figuraient des personnages de la Rome antique, notamment des femmes dont la tenue vestimentaire (péplum) avait été perçue comme indécente par le responsable politique qui exigera du directeur de l’institution culturelle de cette époque qu’elle soit badigeonnée d’une couche de peinture blanche. Cette œuvre remonte au milieu du XVIIIe siècle.
Cela dit, en région Est dont il n’est nul besoin de dire l’importance des vestiges historico-culturels existants et parfois révélés à la faveur d’incidents naturels, comme cela fut le cas lors d’un effondrement d’un pan de terrain à Constantine, lequel livrait au grand jour des bains romains qui ne seront jamais valorisés mais plutôt abandonnés, à telle enseigne qu’ils serviront d’espace de libations et autres pratiques interlopes pour des marginaux. Ces vestiges, ironie de l’histoire, ont de nouveau partiellement disparu par effet de cette même nature. Et si de manière effective, le patrimoine culturel est pillé et l’a été très fortement par des étrangers prédateurs de pièces de monnaie, médailles, amphores, vases funéraires remontant à plusieurs civilisations, c’est toutefois l’attitude de ceux-là mêmes en charge de la protection des biens culturels, à savoir les réputés acteurs, professionnels et experts attachés à la protection dudit patrimoine qu’il faudrait pointer du doigt, car ces pillages n’étant plus du domaine de l’ignorance du citoyen lambda, mais d’une activité en bande organisée et très souvent commanditée de l’extérieur. Et plus étrange encore est leur passage au-delà des frontières.
Ce n’est pas tout aussi faute de sentinelles parmi les citoyens qui, pusillanimes, se présentent souvent au niveau des directions de la culture, des musées ou s’y adressent par le truchement d’artistes locaux pour faire part d’une fortuite découverte pour que, lassés, ils abandonnent leurs démarches. En outre, le tag est une autre forme d’attaque contre les biens culturels, lesquels, étrangement, ne sont que rarement surveillés malgré leur isolement. Il en est ainsi du Tombeau de Massinissa à El Khroub ou du mausolée d’Imadghassen dans la wilaya de Batna, le théâtre romain de Guelma, etc.
Abdelhamid Lemili