évocation, Abdelkrim Djillali : Le journaliste patriote

L’Ecole des Beaux-arts d’Alger organise, aujourd’hui, à 15 heures, une rencontre hommage à Abdelkrim Djillali, grand journaliste culturel et directeur de l’hebdomadaire «Algérie actualité», décédé à l’âge de 61 ans à Alger, des suites d’une longue maladie, le 8 mai 2017.
Krimou, pour les intimes, était un professionnel jusqu’au bout des ongles, sérieux et perspicace. Il avait une très longue et riche carrière derrière lui, ce qui ne l’a pas empêché de connaître le chômage avant d’être recruté à Canal Algérie en tant que conseiller. Il sera auteur et réalisateur d’un documentaire sur la participation des étudiants à la Guerre de libération nationale. Abdelkrim Djillali est un ami de longue date. Nous nous sommes connus au lycée Okba de Bab-El-Oued et il était déjà très actif. Il m’a fait aimer le livre et la littérature russe qu’il affectionnait. Il me fournissait en livre, romans et surtout en essais politiques, sous l’œil amusé de notre ami commun, Sid Ali Sakhri, homme de lettres et libraire.
Avec Krimou, c’est une série de conseils et de recommandations sur la manière d’aborder un article, de le rédiger ou de préparer une interview. Il avait de la finesse et un don de pédagogue. Il était à peine plus âgé que moi d’une année mais il me prenait sous son aile, comme un grand frère. Il le faisait avec plaisir et un immense sourire. J’ai découvert par la suite qu’il avait plusieurs frères à sa charge. Comment évoquer son parcours sans le trahir ? Difficile mission à laquelle il faut bien se soumettre pour un hommage. Une photo de lui me fascine, c’est celle où on le voit en tenue du Sud algérien, coiffé d’un chèche. Il était souriant comme un ange. C’était un ange Krimou. Toujours souriant. Nous ne lui connaissons aucune colère, pas même une légère, juste un regard furieux qu’il terminait avec un sourire. Dans cette photo, il avait la posture d’un goual, un griot, lui grand admirateur de Abdelkader Alloua, d’El Hadj M’hamed El Anka, du chaâbi et de Kateb Yacine.
Krimou adorait parler, débattre et était convaincant sans forcer. Il avait des arguments à faire valoir et une façon unique de saisir l’attention de ses interlocuteurs. Il avait du talent et du temps pour faire partager sa passion aux autres. Quand on l’entendait parler du chaâbi avec une simplicité déconcertante, on avait l’impression d’écouter un qcid. Et de nous conseiller d’écouter les innovations apportées au genre chaâbi par son ami Réda Doumaz, dans son CD «Yadra». Krimou était subjugué. Nous aussi. Il en parlait durant des jours sans se lasser. Il nous conseillait aussi de lire les romans de son ami Sadek Aissat et les chroniques de SAS, Sid Ahmed Semiane. Quand il s’agissait de parler de Hamid Kechad avait qui il partageait la passion du chaâbi et du pays, il nous harcelait pour écouter son émission «Qualouqal», diffusée par la Chaîne III.
Le hasard a voulu que l’on travaille ensemble à l’hebdomadaire «Le Siècle» avec Mohamed Louber, Boukhalfa Amazit, Hamid Kache, Kamel Morsli, Slimane Laouari et tant d’autres plumes. Ce fut une expérience enrichissante et unique.
Si Abdelkrim Djillali avait l’âge d’un adolescent au déclenchement de la Guerre de libération nationale, il aurait certainement pris le armes et aurait été un des héros de la Bataille d’Alger aux côtés de Ali La Pointe et de Hassiba Ben Bouali. Durant la décennie rouge, il a été le premier, sinon l’unique à faire des reportages sur le terrorisme qui sévissait en Algérie. Non content de dénoncer les ravages de l’hydre terrorisme avec la plume, il combattra le terrorisme l’arme au poing, en tant que patriote dans la région du triangle de la mort, réputée très dangereuse.
Repose en paix, l’ami, le grand reporter patriote !
 Abdelkrim Tazaroute