Examen national : Les enfants victimes de l’anxiété de leurs parents

A la veille d’un examen national, le stress gagne les candidats, mais aussi leurs parents. En effet, la peur et le stress ont vraisemblablement changé de camp. Désormais, ce sont les parents qui angoissent, et leur anxiété est transmise à leur entourage. Le stress du bac et du BEM est permanent.

La panique s’installe à quelques jours des examens blancs. Même si leurs enfants sont brillants, les parents ont des crampes au ventre. Certains arrivent à se maîtriser, d’autres tombent malades et laissent apparaître des symptômes, tels que les envies de vomir, le tremblement des mains, et même des palpitations. Comme c’est le cas de Leïla, directrice d’une école primaire privée, et dont l’aîné de ses enfants va passer le BEM. Depuis l’annonce de la date de l’examen blanc, celle-ci ne mange plus. «Mon estomac est noué», dit-elle. Le passage du palier moyen au secondaire a accentué son stress. «C’est un excellent élève, mais la période d’examen reste insurmontable», souligne cette maman. Ryad, gérant d’une pizzeria : «J’ai peur que mon fils échoue.» «J’investis beaucoup en mes enfants, et je me sacrifie pour leur réussite.» Son fils Youcef qui passe son examen de BEM semble très confiant. «Mon père tient à mon passage plus que moi, alors qu’il devrait se relâcher un peu, y a rien d’alarmant, c’est juste un simple examen à passer pour aller au lycée », dit-il assuré. Professeur à l’université, Hamida Djemaâ s’inquiète pour son fils Younèsqui repasse son baccalauréat cette année. «Son premier échec m’a anéantie. Depuis, je n’arrive plus à m’en remettre», révèle-t-elle. Elle résume l’attente des résultats des examens en un mot : «un cauchemar».
Le stress engendre l’échec
A la veille des examens, nombreux sont les parents qui n’arrivent plus à fermer l’œil de la nuit. Certains passent leur temps à expliquer les leçons à leurs enfants, et refont une bonne partie des exercices. Un comportement qui engendre une véritable pression, notamment chez l’enfant qui a un examen à passer. De l’avis de Mohamed Belhacini, psychologue à l’hôpital Ramchi à Tlemcen, l’enfant est pris en otage entre son examen et ses parents. «Un tel comportement peut être à l’origine d’un échec», dit-il. «Les candidats aux examens doivent être ménagers, et vivre le plus normalement du monde, loin de tout stress», précise le spécialiste. Selon lui, le stress est déjà permanent chez l’enfant, c’est aux parents de jouer leur rôle, en apportant leurs soutien, encouragements, et doivent se montrer très rassurants et même fiers. Il explique que l’approche de l’examen est souvent cause de frictions entre enfants et parents. «Il est nécessaire en pareille période d’éviter toute dispute, mais d’arriver à développer une bonne méthode de travail, manger équilibrer, faire du sport pour déstresser, dormir assez et continuer à pratiquer ses loisirs», recommande le spécialiste. Pour lui, le stress et la peur freinent l’épanouissement et touchent à la confiance en soi.
Le système éducatif doit changer
Pour sa part, Meriem Zakaria, membre de l’Association des parents d’élèves d’Alger, il faut veiller à ce que l’enfant qui passe ses examens revoie ses leçons et les retienne, sans les laisser s’accumuler pour s’en souvenir bien le jour de l’examen. «La réussite repose sur l’enseignant qui doit donner le meilleur de lui-même, choisir des questions d’intelligence et ne pas favoriser le parcœurisme et dégager une méthode de travail purement pédagogique», dit-elle. «Le travail et l’apprentissage doivent se faire en classe, pendant le cours, où l’enfant doit apprendre la base, c’est-à-dire l’écriture, la lecture et l’expression écrite et orale, alors que les autres matières dont l’histoire et l’éducation civique doivent intervenir à l’école et non pas avant», ajoute-t-elle. Pour les membres de l’Association des parents d’élèves d’Alger, les enfants scolarisés sont déstabilisés à cause du programme lourd et chargé. Pour eux, les parents ne doivent pas faire porter le chapeau à l’enseignant, mais c’est le système éducatif qui doit être revu et pris au sérieux pour le bien-être et l’équilibre de tous.
Rym Harhoura