Face à l’insécurité: Les quartiers se bunkérisent

Face au phénomène de l’insécurité dans les quartiers, certains habitants recourent à des pratiques qui s’inscrivent, parfois, en porte-à-faux avec la loi. Ainsi, l’appropriation des cités ou des quartiers entiers, autrement dit la «bunkérisation», reste l’ultime solution pour faire barrage aux agresseurs et cambrioleurs qui ne cessent de semer la terreur parmi la population. Et pour comprendre les «modalités» de la mise en place de la «bunkérisation» dans les quartiers, une virée a été effectuée dans le quartier de Bouchebouk à Dely Brahim dans la banlieue ouest d’Alger.

Il s’agit d’une coopérative immobilière qui se trouve à quelques mètres de deux groupes scolaires privés, dont la sécurité est assurée par un agent. Approché, Chaâbane indique qu’il travaille en tant qu’agent de sécurité dans cette coopérative depuis plus de 10 ans. Le lieu est clôturé et se trouve au sein d’un pavé de maisons. «Je surveille cette résidence depuis plus de dix ans. Je connais et reconnais tous les habitants et il m’appartient d’interdire l’entrée de n’importe quelle personne étrangère à l’intérieur, sauf si elle connaît un des résidents et qu’on me donne le feu vert pour la laisser y accéder», explique-t-il.
Amel, une habitante, explique que les propriétaires ont accédé à un habitat individuel dans le cadre d’une coopérative qui leur permet de clôturer la résidence. «Il ne s’agit pas de bunkérisation d’un espace public, c’est plutôt la propriété commune réservée exclusivement aux habitants depuis la construction de la coopérative. Tout accès ou stationnement de véhicule d’une personne qui n’est pas résidente est interdit. Il y va de notre sécurité», fait-elle savoir.
À quelques mètres de ce quartier, se trouve un lotissement renfermant plusieurs habitations. Un portail, entre-ouvert, est érigé à l’entrée. Là, il s’agit d’une initiative des habitants qui se plaignaient, depuis des années, du désagrément causé par les usagers de la ruelle traversant le lotissement qu’ils empruntent comme raccourci pour contourner les embouteillages de l’artère principale. «Nous avons tant souffert avec les visiteurs du parc Dounia et les parents d’élèves. Leur souci est de déposer leurs enfants à l’école et semer la pagaille dans le quartier en cherchant n’importe quelle issue pour esquiver les embouteillages qu’ils provoquent eux-mêmes. Ils nous ont empoisonné la vie avec leur comportement incivique à coup de klaxons et de disputes matinales. C’est l’une des raisons qui nous ont poussés à barricader l’entrée», justifie Foudil, résident du lotissement en question. En plus du dérangement engendré par les usagers de la ruelle, les habitants, ajoute-t-il, ont décidé de fermer le quartier par mesure de sécurité. «L’insécurité prévaut dans les quartiers et il est de notre droit de nous en protéger. Nous avons tous cotisé pour la réalisation de cette clôture. Maintenant, il n’y a plus de va-et-vient d’étrangers à proximité de nos maisons et nous sommes tranquilles», lance-t-il.
Pour Foudil, le phénomène de «bunkérisation» des cités prend de l’ampleur en raisonde l’insécurité. «Nous entendons parler d’agressions et de vols chaque jour. Si les habitants ne se protègent pas, personne ne va le faire à leur place», résume-t-il.
 A. Mehdid

 

Caméras De 10.000 à 200 000 DA l’unité
L’achat d’une caméra de surveillance peut coûter entre 10.000 et 200.000 DA, selon la qualité exigée. Son installation est facturée entre 4.000 et 8.000 DA. «La formation est comprise dans le prix. L’utilisation est très simple. Quand la personne chargée de l’exploitation de cette caméra est désignée, nous la formons sur le visionnage et le rembobinage. Ce sont les seules utilisations auxquelles nous avons droit. La formation ne prend pas plus d’une heure», souligne le gérant d’une entreprise de montage et d’installation de matériel de surveillance et de sécurité, Youcef Miloudi.
 F. B.