Faïza Alem, docteur en psychologie : «La crise économique et la pandémie ont impacté le mental des Algériens»

Depuis 2013, le monde entier célèbre, tous les 20 mars, la Journée mondiale du bonheur. Une date qui suscite néanmoins des interrogations sur la notion du bonheur, en particulier. Lorsqu’on sait que l’Algérie a été classée à la 109e place sur 149 pays lors du dernier classement des pays les plus heureux du monde établi dans le cadre du «rapport mondial du bonheur» («World happiness report») pour l’année 2021. Peut-on se fier à ce classement ? Faïza Alem, docteur en psychologie, apporte sa propre perception des choses.

Comment définit-on le bonheur?
Il n’en existe pas de définition claire et unanime. Le bonheur en psychologie étant une notion relative et subjective. Chaque personne a sa propre conception du bonheur. Tout dépend du centre d’intérêt de la personne. Pour certains, l’amour sera le bonheur ultime, tandis que pour d’autres, ce sera le pouvoir ou l’argent. La famille représente une grande part du bonheur, pour la majorité. C’est en fait, un sentiment de plénitude très personnel. La notion du bonheur peut ainsi être caractérisée par la joie, l’épanouissement ou le bien-être de la personne. Je peux aussi préciser, que la notion du bonheur que se fait chacun dépend aussi de son environnement, son éducation, de son vécu et de sa façon de percevoir les choses. En bref, il n’existe pas de bonheur universel.
L’Algérie a été classée à la 109e place sur 149 pays du dernier classement des pays les plus heureux du monde. Pensez-vous que ce classement soit objectif ou faut-il le prendre avec des pincettes?
Cette étude, qui s’est focalisée particulièrement cette année sur l’impact de la Covid-19, est basée sur l’avis des habitants de chaque pays, calculé ensuite avec le PIB et des indices de solidarité, de liberté individuelle et de corruption, pour aboutir à une note sur 10. Il est clair que l’économie de notre pays a été frappée de plein fouet depuis l’avènement de la crise sanitaire. Cela a engendré des conséquences graves, qui se sont répercutées automatiquement sur nos concitoyens. Vous n’avez qu’à voir le taux de chômage, l’inflation galopante,  le pouvoir d’achat en baisse, la crise de logement…
Il faut maintenant trouver les moyens et mécanismes pour prendre en charge ces problèmes socio-économiques, afin de garantir la satisfaction des besoins fondamentaux des Algériens.
Vous justifiez donc le classement de l’Algérie, en recul par rapport à celui établi en 2017, où l’Algérie occupait le 38e rang, par la crise économique ?
Bien évidemment. La crise économique aggravée par la pandémie a eu un impact notable sur la majorité des citoyens de la classe moyenne, qui ont vu leur  niveau de vie baisser. Par ailleurs, je tiens à insister sur l’hygiène de vie et une alimentation saine qui sont également importantes pour stimuler les hormones du bonheur. Toutes les études révèlent qu’après une activité physique, l’organisme libère ce que l’on appelle l’hormone du bonheur. Les plus connues sont les endorphines, la dopamine et la sérotonine. L’effet de ces hormones n’est pas à négliger. Si vous vous entraînez régulièrement, la concentration d’hormone augmente continuellement dans le cerveau. Une amélioration durable de la concentration et une augmentation de la sensation de bonheur et de satisfaction seront alors des effets secondaires agréables.
Que faut-il faire pour être heureux ? Peut-on mesurer concrètement le bonheur ?
Comme je vous l’ai expliqué, chacun a sa propre perception du bonheur. C’est complexe. Mais il existe un point commun que partage tout le monde: chacun de nous veut vivre dans un bonheur éternel.
Entretien réalisé par Samira Azeggag