Fake news et manipulation de l’information : Comment distinguer le vrai du faux

Les fake news et la manipulation de l’information sont des sujets qui resteront longtemps au cœur de l’actualité, surtout après l’apparition de l’application Deepfake, prévient l’enseignante et chercheure à l’ENSJSI (Ecole nationale supérieure du journalisme et des sciences de l’information), Rima Rouibi.

Une application qui fait peur, a-t-elle confié, ce mercredi, lors de son passage sur les ondes de la Radio Chaîne III. «Cette application permet à n’importe qui de prendre l’identité d’un autre. C’est dire que le progrès technologique fait peur aussi», a-t-elle déclaré.
Pour ce qui est des fake news, elle estime qu’elles sont liées au comportement humain et ne sont pas le fruit de l’usage des réseaux numériques. «C’est un phénomène qui a toujours existé, même en Algérie. Rappelons la version fake de Sawt El Arab qui était l’œuvre du colonisateur, pour dissuader les Algériens à poursuivre la grève des 8 Jours. Pour faire le point sur ce phénomène, il faudra revenir en arrière, revoir l’historique et dans quel but il y a eu manipulation médiatique», a-t-elle indiqué.
Mais avec l’émergence des réseaux sociaux, ce phénomène s’est amplifié, et le problème qui se pose, a-t-elle fait remarquer, c’est qu’il est très difficile de vérifier l’information et d’établir la vérité. «Sur les réseaux sociaux, c’est l’émotionnel qui triomphe sur la vérité qui est rejetée dans la plupart des cas par les usagers car elle véhicule des idées qui ne conviennent pas à leurs opinions, à leurs croyances», a-t-elle expliqué.
Il y a une telle surcharge informationnelle sur les réseaux sociaux, a-t-elle poursuivi, que les usagers n’arrivent pas à avoir le recul nécessaire pour distinguer le vrai du faux. Ils ne prennent pas le temps de se poser les bonnes questions avant de partager ces informations. «A travers ces réseaux numériques, on nous impose aujourd’hui comme un protocole que nous appliquons inconsciemment, qui nous oblige à partager des informations, à liker… C’est ce qu’on appelle la dictature du like. A force de répéter un mensonge, il devient une vérité», dit-elle.
Au volet la manipulation médiatique entre Etats, elle indique que c’est le fruit d’enjeux politiques qui ont donné naissance à la géopolitique des fake news ciblée et exploitée, surtout lors des crises. «Pour le cas de l’Algérie qui fait l’objet d’une manipulation médiatique, la technique utilisée entre dans le cadre d’une stratégie. Là où il y a un manque d’information, il y a manipulation. Il y a eu, par exemple, au début de la crise sanitaire des recettes anti-Covid-19 publiées pour remettre en cause la science et la recherche. Entre avril et décembre 2019, 800 infox ont été publiées sur le hirak», rapporte-t-elle.
L’éducation média est impérative
Pour lutter contre cette manipulation, distinguer le vrai du faux, l’éducation média, selon elle, est impérative pour libérer les esprits, développer l’esprit critique et une culture du factchecking. D’autant plus que les vérités ne sont pas autant partagées que les fake news. «Il est essentiel aussi de responsabiliser le citoyen sur ses actes car lorsqu’il partage des fake news, il devient vecteur d’infox. Il est nécessaire aussi de combler le vide dans la communication institutionnelle, car un citoyen qui ne trouve pas l’info là où il faut, la cherche ailleurs. Le non commenta ses limites et l’idée de contrôler l’information est obsolète», a-t-elle soutenu, en appelant à renouer avec la temporalité en termes d’espaces de débat public au lieu de chercher à contrôler l’information. Plus il y a débat, selon elle, moins il y a manipulation. «Il s’agira d’atteindre un équilibre entre l’informationnel et le communicationnel pour préserver notre sécurité nationale. Nos médias sont appelés aussi à renouer avec l’éthique journalistique et la vérification de l’information. Revenir également au droit à l’information pour libérer justement l’accès aux sources», conclut-elle en faisant part de l’introduction, récemment, du module éducation média dans les programmes de l’ENSJSI.
Farida Belkhiri