Fatima Zohra Namous , directrice de l’Opéra Boualem Bessaih d’Alger : « Nous avons un pays, pour moi c’est le meilleur »

Fatima Zohra Namous est la directrice de l’opéra Boualem Bessaih d’Alger. Mme Namous occupait auparavant le poste de directrice du Ballet national et professeure de danse classique et chorégraphique. Elle était également cadre au ministère de la Culture et occupait le poste de directrice du Festival culturel de danse contemporaine. Elle a étudié le droit de la danse classique à Moscou en 1967 et a obtenu son diplôme en 1972 avec une très bonne note en danse classique. L’opéra d’Alger regroupe en son sein l’Orchestre symphonique national, le Ballet national et le Groupe de musique andalouse. Sans ambages, elle répond à nos questions. Récit.
Tout d’abord, racontez-nous comment est né le spectacle Djazairouna ?
L’histoire occupe réellement une grande place dans ma vie. Le 19 mars 1962 est une date très importante pour notre pays et ma mémoire personnelle. À travers ce spectacle, je voulais rendre un hommage à une frange de la société ; à savoir la jeunesse algérienne. Cette halte mérite beaucoup de regard. Il y a eu des milliers de jeunes algériens, femmes et hommes, qui ont eu le courage, la conviction de rejoindre les rangs de l’ALN, et le maquis pour les aider à libérer le pays de l’oppression et du colonialisme, dont nous souffrions tous. Je pourrais fleurir plusieurs tombes en leurs mémoires, parce que ces jeunes étaient adolescents et ont le toupet de se sacrifier dans dire au revoir à leurs parents. Je rends hommage aussi à tout ces jeunes que j’ai connu, côtoyé. Je leurs rends un vibrant hommage sans citer de noms. Jour après jour, et avec les années qui passent, je me suis demandée comment je pourrai leur rendre un hommage, et apporter une contribution de mon vécu. J’ai vécu le cessez-le-feu dans les rues d’Oran, où on a été mitraillé à travers des voitures par des gens de l’OAS qui ont refusé les accords d’Evian. Ce jour là, c’était un massacre dans les rues d’Oran dont le boulevard Mascara. Chacun vaquait à ses occupations quand soudainement on entendit des bruits de mitrailleuses, des gens tombaient sur le sol et baignaient dans le sang. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être à la tête de l’Opera d’Alger, d’avoir un ballet très compétent. Je me suis attelée à l’écriture, la mise en scène et la chorégraphie avec le soutien des collègues. On s’est mis sur un chantier et on a mis en œuvre ce spectacle qui est un hommage et une reconnaissance à tout les jeunes d’hier et d’aujourd’hui qui doivent garder cette pensée et préparer la jeunesse de demain. Nous avons un pays, pour moi c’est le meilleur.
Après « L’Algérie en Fête », vous revenez avec un autre spectacle pour célébrer l’histoire. Visiblement, l’histoire occupe une grande place dans vos créations, n’est-ce pas ?
L’histoire occupe une grande place dans ma vie parce que je suis une enfant de l’indépendance. J’ai vécu les dernières années de la révolution et vécu aussi l’euphorie et la joie de l’indépendance. J’avais dix ans, j’habitais à Oran, et j’étais scout. Je me souviens du jour de l’indépendance où toute ma famille sortait de la maison, chacun dans sa direction. On courait dans tous les sens, criait, s’embrassait, chantait, danser, pleurer. On a vécu ces moments de bonheur durant toute une journée jusqu’au soir. On a également croisait des moudjahidines qui descendaient du maquis pour rejoindre leurs familles. Un sentiment de soulagement car on redevenait des personnes à part entières. Nous avons vécu des moments difficiles qui ont blessé notre amour propre, personnalité. En juillet, on a décroché l’indépendance, en octobre, je me suis inscrite au conservatoire municipal de la ville d’Oran où j’ai commencé la danse.
Avec la chorégraphie, vous racontez et rendez hommage à l’histoire. Est-ce un besoin professionnel ou un choix personnel ?
C’est véritablement un choix personnel. Je voulais transmettre mon vécu, mon expérience et mon passé à la jeune génération. À travers ce choix, cette possibilité que j’avais à exprimer et de partager un peu à cette façon de transmettre l’histoire de certaines scènes réelles. Pour moi, c’était un devoir personnel. Je me devais de raconter ce pan de l’histoire.
Dans la mise en scène de ce spectacle, on retrouve du chant, de la danse, la musique et beaucoup de créativité. Est-ce que vous vouliez atteindre une forme d’expression la plus totale comme dans un tableau vivant ?
Exactement. Ceux qui ont visionné et assisté à ce spectacle disent à l’unisson que c’est un spectacle digne d’être représenté à l’étranger. Le ministre de l’énergie a été en admiration devant le niveau et la qualité des arts en Algérie. Des diplomates ont émis le souhait de voir ce spectacle représenté à l’étranger.
Vous êtes directrice et vous continuez à exceller dans la créativité artistique. Comment arrivez-vous à concilier les deux responsabilités ?  
C’est en réalité, une question d’organisation. En plus, j’évolue aux côtés d’une équipe formidable, professionnelle, et compétente ( administration, artistes, techniciens).  Nous nous réunissons régulièrement pour définir les grandes lignes, les tâches des uns et des autres. C’est plutôt un travail collégial que nous accomplissons. Je remercie Dieu de me trouver avec des personnes compétentes avec lesquelles on communique et on s’associe pour le bien de l’opéra d’Alger.
 Quel est votre plan d’action pour diriger l’opéra d’Alger ?
Je table beaucoup sur les ateliers. J’ai, dans ce cadre, institué et créer des ateliers de formation et de perfectionnement, dont l’encadrement se fait par des imminents professeurs connus sur la place d’Alger. Au total, douze ateliers qui ont été intégrés à savoir : la danse traditionnelle, la danse contemporaine, la danse classique, le piano, le violon, la guitare, la clarinette, le théâtre, le chant arabo-andalou. Ces ateliers fonctionnent durant toute l’année. Il y a énormément de monde intéressé. Une vue et une dynamique sont désormais instaurées. Tout le monde trouve sa place. Nous avons l’orchestre symphonique, un orchestre de variétés, orchestre andalou mixte, orchestre de musique andalouse féminin pour lequel j’exige le chef d’orchestre soit une femme.
Nous sommes à quelques jours du mois sacré de Ramadan. Peut-on connaître le programme tracé à cette occasion ?
Nous avons, en effet, tracé un programme riche avec une variété artistique. Nous commencerons des le jeudi 7 avril à partir de 21h30. Pour les dates du 7 et 8 avril, nous accueillons les humoristes Mustapha Himoune et Kamel Bouakaz. Le mardi 12 avril, une soirée musicale animée par Karim Boughazi et Meryem Benallale accompagnés par l’orchestre régional de Tlemcen sous la direction musicale du chef d’orchestre Adil Belkhoudja. Le jeudi 14 avril, un spectacle artistique nommé «  Dzair rihla fi Zaman » à l’initiative de la Cap. Le vendredi 15 avril, un spectacle artistique nommé « Comedy club ». Le samedi 16 avril, une soirée animé par le célèbre Zineddine Bouchaala. Le mardi 19 avril, une soirée animée par les remarquables Hassiba Amrouche et Salim Chaoui. Le jeudi 21 avril, une soirée animée par la célèbre Hasna Becharia. Le vendredi 22 avril, une soirée animée par Faiz Ghmati, lauréat du premier prix « Hachemi El Guerrouabi » et la vedette de la chanson Chaabi, Abdelkader Chaou. Le samedi 23 avril, une soirée animée par Samir Toumi et Lamia Ait Amara. Le dimanche 24 avril, une soirée animée par Abbes Righi accompagné par l’orchestre régional de Constantine. Le lundi 25 avril, une soirée animée par la troupe Ferda. Le mardi 26 avril, une longue soirée animée par le grand chanteur Akli Yahiatten accompagné par l’orchestre sympathique de l’opéra d’Alger sous la direction du maestro Lotfi Saidi. Le jeudi 28 avril, une soirée animée d’humour animée par Mohamed Khassani. Le vendredi 29 avril, un concert de musique moderne animé par Djam. Et le samedi 30 avril, un autre concert de musique moderne animé par le remarquable groupe « Babylone ».
Entretien réalisé par Samira Sidhoum