Femmes célibataires : Dur, dur le regard des autres

L’un des changements les plus visibles dans la société algérienne est l’augmentation croissante du célibat féminin. Une majorité de femmes place désormais les études, le travail et l’autonomie financière à la tête de leurs priorités. Certains perçoivent cela comme une nouvelle tendance d’émancipation féminine, alors que d’autres, une conséquence de la crise économique.
Les longues études, les responsabilités professionnelles, le besoin d’indépendance sont les explications essentielles de cette tendance sociétale. Si le célibat féminin, notamment en milieu urbain, est en progression constante, cela ne signifie pas qu’il est socialement toléré. Malgré l’évolution des mentalités, la femme célibataire est souvent stigmatisée. Fatima, journaliste célibataire résidant seule dans un appartement à Alger, affirme que parfois «les gens sont cruels». Elle révèle que c’est difficile pour une femme seule de trouver une location à Alger. «Les voisins ne me laissent pas tranquille. Ils n’hésitent pas à surveiller mes mouvements et émettent des reproches infondés», témoigne-t-elle. A 43 ans, elle n’accorde plus d’importance aux qu’on dira-t-on, mais les regards de pitié que lui jettent ses cousins et voisines de sa ville natale à Tizi-Ouzou la mettent «mal à l’aise», regrette-t-elle. «Le regard familial peut être très négatif», confirme Fatima, qui souligne que «les reproches parviennent le plus souvent des plus proches pour le fait qu’on ne soit pas mariée ou ne pas connaître le bonheur de la maternité». Elle espère trouver «chaussure à son pied» pour mettre fin aux racontars. «J’avoue que je vis pleinement ma vie. J’ai fait un programme pour m’offrir au moins un voyage par an, j’ai ma voiture et j’aurai bientôt mon logement, mais j’ai toujours l’impression que j’ai besoin d’un compagnon», confie Fatima.
Melissa, ophtalmologue, s’étonne de constater qu’aujourd’hui encore, beaucoup de gens s’apitoient sur le sort des femmes seules, alors qu’en réalité, «on peut être célibataire par choix». «La femme a réussi à s’imposer dans tous les domaines, le célibat n’est pas une fatalité, bien au contraire, le femme libre gagne son autonomie et peut réaliser tous ses rêves», lance-t-elle. Et d’ajouter: «Vaut mieux être seule que mal accompagnée.» Pour les femmes cadres et intellectuelles, c’est surtout la pression sociale qui les contraint à reconsidérer leur situation sociale. En particulier pour celles qui approchent la trentaine. A ce sujet, Nassima, quadragénaire,  propriétaire d’une agence de voyages, est convaincue que «l’épanouissement de la femme n’est pas tributaire du mariage». Toutefois, elle reconnaît que «c’est un lourd fardeau pour les parents». Très découragée par son expérience avec les hommes, Nassima se demande si elle n’est pas condamnée au célibat parce qu’elle pense que les hommes ne s’intéressent à elle qu’en raison de sa situation financière. Pour certains, dit-elle, «le célibat reste encore synonyme d’anomalie». «Ce phénomène n’est pas uniquement ressenti par les femmes, mais également par les hommes. Le manque de logement, de travail sont les principales causes», conclut-elle.
Samira Azzegag