Festival de la littérature et du cinéma de la femme : Maissa Bey se confie à Saïda 

La célèbre écrivaine algérienne Maissa Bey a animé, lors de la troisième journée du festival de la littérature et du cinéma de la femme, une rencontre suivie d’une vente-dédicace de ses ouvrages.

Se livrant en toute sincérité aux nombreux amoureux de la littérature de Saida, l’écrivaine a partagé avec le public, ses nombreux sujets d’inspiration, idéaux et l’histoire derrière ses livres. « La vie de femme, l’amour, la mort, la détresse et la peine » sont tant de sujets poursuit-elle « qu’elle côtoie au quotidien et qu’elle maîtrise ».
L’auteure de « Hizya », « Au commencement était la mer » et d’   « Entendez-vous dans les montagnes », a tenu, d’emblée, à souligner qu’elle « n’est pas seulement une écrivaine féministe ». En effet, elle précise qu’au féminisme, la caractérisant pour nombreux de ses lecteurs, s’ajoute son engagement à « faire connaître l’histoire de l’Algérie et ses héros anonymes du quotidien ». Profondément « interpellée par l’histoire de l’Algérie, ce qui s’y passe et ce qui s’y est passé », Maissa Bey raconte l’histoire du colonialisme, de la torture et des massacres de guerre dans ses nombreux livres, à travers le prisme de son histoire personnelle et clame haut et fort son attachement à l’Algérie et son choix « de rester en Algérie, qui surprend plus d’une personne ». Pour rappel, le père de l’auteure a été torturé, 48 heures durant, par les soldats français, et a fini par être tué alors qu’il essayait de prendre la fuite en 1957. Cet épisode traumatique, explique Maissa Bey, « marque profondément l’enfance ». Ce pourquoi, elle a « tenté de revivre ces instants à travers une fiction où une femme rencontre le bourreau de son père plus de trente ans après, dans le train », texte qui lui a « beaucoup coûté », admet-elle, sous les applaudissements admiratifs du public.
Concernant son écriture en langue française, sujet d’une question lors du débat, elle l’explique, simplement :  » c’est la langue qu’on m’a enseigné à l’école, où parler l’arabe, même dans la cour de récréation, était interdit », tout en prenant à témoin les personnes présentes, appartenant à l’ancienne génération.
Dans ce sens, elle a appuyé sur les bienfaits de l’apprentissage de nouvelles langues afin de s’ouvrir au monde et a  fortement encouragé les jeunes et les moins jeunes à lire des auteurs, qu’ils soient algériens ou non. Pour Maissa Bey il s’agit là « d’une ouverture sur les autres. Les autres personnes, pays et sur le monde ».
En guise d’hommage à Hadj Miliani, un passage vidéo de sa dernière rencontre littéraire, justement avec l’écrivaine, a été projeté. Il y était question des nombreuses traductions en arabe, anglais et même néerlandais des livres de la romancière émérite. Ceci prouve la portée mondiale de ses écrits qui méritent encore plus d’intérêt de la part de ses concitoyens, s’accordent à dire les participants.
Son dernier roman, « nulle autre voix », traite la question d’une femme qui tue son mari après des années de soumission, de souffrances et de silences. Il met en question les notions de libre arbitre, de consentement et met en exergue la pression de la société et de la famille sur les épaules des femmes qui peut mener dans certains cas jusqu’à commettre l’irréparable. Prisonnière de ce cycle vicieux, « elle ne se sent libre et libérée que lorsqu’elle ôte la vie à son mari », explique la romancière. La vente-dédicace, clôturant la rencontre, a connu une forte présence d’universitaires et de passionnés de littérature.
De notre envoyée spéciale à Saïda : Sarra Chaoui