Festival national du théâtre amateur : Une journée chargée en dramaturgie

«Le Musée des fous» est le curieux titre donné à cette pièce de la troupe amateur du théâtre régional de Koléa, présentée dans la soirée de mardi, au théâtre régional de Mostaganem, à la faveur de la compétition, catégorie A, du 53eFestival national du théâtre amateur, qui prendra fin vendredi.

Un psychodrame aux contours comiques sur la triste réalité du quotidien algérien, artiste soit-il ou intellectuel, qui fut bien accueilli par un large public. La pièce, écrite et mise en scène par Youcef Taouint, a été jouée par huit comédiens de talent qui ont réussi à porter, plus d’une heure durant, une trame aux formes existentielles.
Ayoub Hemaïdi, Chawki Benfliti et Aymen Bonatero interprètent les trois personnages schizophrènes, se prenant pour Albert Einstein, Wolfgang Amadeus Mozart et William Shakespeare. Ils décident de mettre fin à leurs jours, car se sentant inconsidérés et mis à l’écart, «de peur de les voir un jour rayonner dans la société de par leur savoir et leur créativité». Internés dans un musée, les trois personnages sont pris en charge par une praticienne en stage, campé par Sara Haddad, à qui
Padré, le directeur de l’établissement, rendu par Zaki Mougafi, a signifié que l’obtention de son diplôme de médecin était tributaire de sa réussite à les convaincre de ne pas se suicider. Deux serveurs, incarnés par Tadjeddine Ramdane et Dounia Khider, ainsi qu’un gardien de nuit, au charisme époustouflant, s’occupent aussi du bien être des trois «patients».
Dans une ambiance feutrée ou vive, relevée par un rythme ascendant de dialogues, un éclairage judicieux, le spectacle à la scénographie multifonctionnelle, faite d’éléments amovibles facilement transformables en une variété de mobiliers, captive le public qui applaudit plusieurs passages. Et pour cause, les comédiens ont fait preuve de grande maîtrise pour donner vie à des caractères des plus complexes, évoluant dans des rôles soutenus par une rhétorique réaliste contemporaine et un jeu plein qui a occupé tous les espaces des  planches.
L’effet sonore ajoutait diverses ambiances culturelles qui ont procuré à la pièce un aspect universel. La chorégraphie, signée Riad Berroual, a aidé à l’intégration quasi naturelle de l’expression corporelle dans l’esprit de la trame. Youcef Taouïnt a secondé Mohamed Yanina dans une mise en scène intelligente et a su répercuter de façon humoristique, les «déboires» d’une jeunesse qui peine à se frôler un chemin dans les méandres de la société.
Plutôt dans la journée, la troupe amateur du théâtre régional d’El Bayadh, qui concoure dans la catégorie B, a présenté «Psychosia». Un show des plus
«dramatiques», écrit et mis en scène par Ahmed Hichem Gandi.
La pièce raconte l’histoire de huit hommes, de toutes les tranches d’âge, internés dans un asile de fous. Ilsabordent, en une heure et demie, à travers plusieurs thématiques sociales, plusieurs maux de la société moderne algérienne. Un démêlé de dramaturgie contemporaine et de philosophie comportementale s’expose sur la scène de la maison de culture de Mostaganem. Une scène vie. Habillé de huit chaises seulement. Mais la complexité des dialogues et la gestuelle des comédiens laissent transparaître la symbolique voulue par le metteur en scène qui, lors d’une déclaration à la presse, fait savoir que la pièce est jouée pour la seconde fois, après une première présentation sur la scène du théâtre régional de la wilaya d’El Bayadh.
De notre envoyé spécial à Mostaganem : Walid Souahi