Fête des mères : L’Algérienne, l’honneur de la tribu

Le monde célèbre la mère. Un mois de mai qui lui est dédié. Et pourquoi ce printemps ne serait-il pas aussi celui de la mère algérienne ? Alors soit. D’autant qu’elle est mère de tous les temps, en tout temps. Dans toutes les circonstances. Elle qui n’a d’égard que pour le bien-être des autres. Sa famille, ses enfants, son conjoint. Jamais pour sa personne.

Qu’elle soit appelée Yemma, Yé, Youma, Mma, Maman, Mama… elle est la mère. Celle qui s’occupe des autres en faisant fi de sa personne. Elle est la première levée, la dernière couchée. Quand il y a des décennies, elle ne s’occupait que de son foyer alors que le mari s’en allait ramener la pitance familiale à l’extérieur du domicile, elle était celle qui nettoyait, raclait, cuisinait, pétrissait le pain, roulait le couscous, lavait, astiquait, veillait à la santé de la maisonnée, passait des nuits blanches à faire baisser la fièvre des petits, cousait, raccommodait, tricotait…. du matin au soir, elle s’échinait à faire briller la maison, à éduquer sa progéniture , même illettrée, elle surveillait les devoirs, faisait réviser les leçons, fouillait le cartable, supervisait cahiers et livres, comme si elle y comprenait quelque chose. A l’image de cette maman qui tenait toujours les cahiers de son fils pour le faire réviser. Longtemps, l’enfant devenu adolescent croyait que sa maman savait lire et écrire, elle qui le faisait répéter dès la première hésitation, comme si elle savait ce qui était écrit, jusqu’au jour où il l’a surprend par-dessus son épaule tenir le livre à l’envers et lui criait dessus en même temps en lui disant qu’il connaissait mal sa leçon.
L’adolescent devenu homme et universitaire, écrase une larme au coin de l’œil, au souvenir de ce moment-là qu’il n’a jamais voulu déflorer, partagé entre la surprise et la peine qui a noué ce jour-là sa gorge, ne voulant pas trahir ce secret pour ne pas la diminuer, elle qui faisait tant pour l’encourager à étudier. Alors à chaque fois qu’on lui demandait si sa mère travaillait, il répondait oui, elle abat de l’ouvrage plus que mon père qui a un travail à l’extérieur. Parce que souvent les mamans, à cette question-là, répondaient :«Non, je ne travaille pas.» Et tenir toute une maison est aussi un métier, une profession à part entière.
Une maman au four et au moulin. Puisque, depuis quelques années, la femme algérienne travailleuse n’en fait pas moins qu’hier. C’est une femme à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. Une journée au programme continu. Aujourd’hui, l’homme s’appuie sur son épouse. C’est elle qui veille à la scolarité des enfants, les conduit, ou les accompagne à l’école à pied, s’occupe de leur scolarité, échange avec les enseignants, les emmène chez le médecin,  paye les factures, paie l’école privée, fait le marché et les courses… Elle ne s’arrête que la nuit venue pour reprendre au petit matin, lever la maisonnée et entamer une nouvelle journée de travail et de stress. Mais aussi de bonheur qui la comble malgré la fatigue. La joie d’avoir une famille à prendre en charge.
 La mère algérienne ne se plaint jamais. Elle travaille, prend sur elle et  se plie en quatre. Elle en a vu passer des peines, des tristesses, des chagrins, des pertes… la guerre, la révolution, la décennie noire, les maladies,  l’émigration, le départ des enfants vers leur vie propre…
La mère algérienne vaut bien un égard, un câlin, une présence, un sourire, un regard, au-delà d’une rose, d’un billet, d’une robe ou un autre présent. La mère algérienne, c’est l’honneur de la tribu. A préserver par tous.
Saliha Aouès
Fête des mères : Cet amour qui n’a pas de prix
«Maman, je t’aime.» La plus belle déclaration d’amour qu’un enfant puisse faire le jour de la célébration de la fête de la femme qui l’a mis au monde. Une maman est célébrée à chaque instant, mais la tradition veut qu’une halte soit marquée le dernier dimanche du mois de mai.
En cette journée, tout le monde s’attelle à acheter le plus beau des cadeaux. Même symbolique, mais le geste compte plus que tout. Les enfants sont les premiers à vouloir impressionner leur maman. Un dessin suffit, pour lui faire briller les yeux et chavirer le cœur. Un simple gribouillis vaut : «Oh, c’est magnifique !» Ceux qui sont scolarisés se donnent à fond. A l’école privée Art et Savoir à Aïn Benian, les enfants du cycle primaire préparent une belle surprise. Comme chaque année, la directrice trace un programme spécifique à la «maman». Les cours portent sur les valeurs et l’importance de la mère. Et pour terminer la journée en beauté, les enfants travaillent sur le thème de la «maman». Pour cette année, ils confectionnent un livret coloré, où un poème est écrit à l’intérieur et décoré de petits cœurs. Les plus grands font les magasins, l’occasion de trouver la pièce à «shopper». Certains optent pour des vêtements. La saison coïncide parfaitement, et les boutiques spécialisées affichent plein de beaux articles à des prix accessibles. Les vendeurs orientent vers les liquettes d’été, les foulards colorés, les chapeaux et les jolies paires d’espadrilles. Les fleuristes aussi sont de la partie. Et comment ! Les roses importées sont disposées dans toutes leurs splendeurs.
Chez Happy Fleur de Baba Hassen, la boutique respire la joie. Ici, le client trouve son compte. Des coffrets dédiés à la fête des mères sont cédés à 1.500 DA. Il s’agit d’un pot en terre cuite, dans lequel trois boutons de rose sont plantés. «La durée de vie va de 15 à 20 jours, grâce à une mousse spéciale qui hydrate et fournit des sels minéraux», explique le vendeur. Il propose aussi de grands coffrets en forme de cœur, des roses rouges à 3.000 DA. Le modèle est très impressionnant, une magnifique surprise à l’ouverture avec de belles senteurs. Sinon, des bouquets sont confectionnés à la demande, chacun selon ses moyens.
Les pâtissiers aussi sont très sollicités. Comme Sweet Dady, qui propose des layer cake pour la fête des mères, avec pour option, la photo de la maman reproduite en pâte d’amande sur le gâteau. A Alger, les bijoutiers proposent des médaillons dans différentes formes. Le plus en vogue, celui travaillé en filigrane oumi (maman). Quel que soit le cadeau, la réaction d’une maman est toujours émouvante, son amour n’a pas de prix. Une maman peut remplacer tout le monde, mais personne ne peut la remplacer.
Rym Harhoura
 
 
De Keltoum, ChafiaBoudraâ, Bahia Rachedi, Doudja à Malika Belbey : Quand la mère illumine l’écran
Dans le cinéma algérien et dans les productions télévisuelles, téléfilms et autres séries et feuilletons, le rôle de la mère a toujours eu une place de choix, sinon prépondérante pour marquer les esprits des spectateurs et des téléspectateurs. C’est que la mère a une place particulière dans le cœur des Algériens. Et cela ne s’est jamais démenti !
C’est sans doute le film «Le Vent des Aurès» de Mohammed-Lakhdar Hamina qui aura entamé cette série de rôles consacrés à la maman dans la production audiovisuelle et cinématographique algérienne. Pour la première fois, une femme, une maman campe le personnage principal dans un drame social qui conte l’errance d’une mère-courage partie avec un poulet dans la main et un couffin dans l’autre à la recherche de son fils, arrêté par l’armée française durant la guerre de Libération nationale. C’est la grande Keltoum qui a incarné le rôle de cette mère à la fois couveuse, généreuse et courageuse. Elle part à l’inconnu avec un poulet pour amadouer le soldat français avec pour seul but de retrouver son fils. Ce rôle marquera d’ailleurs la carrière cinématographique de cette immense comédienne. Ce film démontre que nos cinéastes savent parler de la mère, la leur où celles des autres, et ce, de la première génération de cinéastes à la nouvelle. Le cinéaste Anis Djaad dédie tous ses films à sa maman et offre un super personnage à la maman dans son dernier long métrage «La vie d’après». Et c’est toujours celui de la mère-courage qui se plie en quatre pour le bien de son fils. Un autre jeune cinéaste, Mohamed Benabdellah, a, dans son film «Halim El Raâd»,mis sous les feux de la rampe une mère dont le fils de 25 ans est autiste. Toute la tendresse d’une maman y est avec amour et une bonne philosophie de la vie. Si dans les salles, le public pleure, c’est qu’il s’est identifié en pensant  chacun àsa chère maman.
Moussa Haddad fera de même en 1972 avec le succulent «Une cigarette pour Ali», un drame social qui se déroule durant la guerre de Libération où l’on voit la maman, plusieurs années après la disparition de son fils, demander aux personnes une cigarette pour Ali, son fils, parce qu’elle avait l’habitude de le faire auparavant ! Chafia Boudraâ marquera les esprits des Algériens des années 1970 et 1980 avec le feuilleton «l’Incendie» de Mustapha Badie. C’est la mère-courage qui fait face à la misère ambiante des années de colonialisme français et à la méchanceté des personnes qui dénigrent le statut d’une veuve. C’est un autre regard sur le dévouement d’une mère. Dans «Le Vent du Sud» de Mohamed-Slim Riadh, Keltoum campe le rôle d’une mère d’une étudiante dont le père veut marier à un notable du Sud. Mohamed-Lakhdar Hamina montre dans «Le Vent de sable» le statut peu enviable d’une mère qui n’enfante que des filles et qui subit les pesanteurs des us et des coutumes d’une société conservatrice. Doudja campe le rôle de la belle-mère qui compatit avec sa belle-fille. Avec Ali Ghanem, c’est «Une femme pour mon fils». Ici, la mère jouée par Chafia Boudraâ est à contre-courant des rôles que nous avons l’habitude de voir. C’est la belle-mère méchante et acariâtre, jalouse de sa belle-fille qui finit par fuguer du domicile conjugal. Nous retrouvons la même actrice dans «Hors-la-loi» où elle campe la mère de trois nationalistes qu’elle suit dans toutes leurs péripéties.
Dans «Rachida», Baya Rachedi joue le rôle de la maman d’une victime du terrorisme. La réalisatrice Mina Chouikh décrit un personnage fort et courageux qui ne baisse pas les bras et qui est d’un grand secours pour sa fille enseignante victime d’un attentat, une miraculée. Plus près de nous, dans le feuilleton «Yemma», c’est Malika Belbey qui campe le rôle de la maman qui couve son fils et qui se venge du malheur que lui a causé son mari qui l’avait abandonnée. La mère est un personnage multiple, complexe et souvent obscur avec ses secrets. Le cinéma algérien en a dévoilé une partie de sa personnalité allant même jusqu’à la confiner dans un seul registre, celui de la mère-courage. D’autres facettes de la mère restent à explorer, mais l’autocensure et le poids de la tradition constituent encore un frein. Dommage !
Abdelkrim Tazaroute