Filière lait : Les raisons d’un sous-développement

 

Alors que la demande nationale en lait est en constante augmentation sous la pression de la croissance démographique, la filière peine à se développer. Le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread) s’est intéressé à ce sujet en organisant, ce mardi, un webinaire sur «les contraintes et perspectives de développement de la filière lait en Algérie».

 

Le directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique d’Algérie (INRAA), le Pr Khaled Abbas,a mis en relief les opportunités et les différents freins au développement de cette filière qui l’empêchent surtout de se structurer. Pour le conseiller expert Fateh Mamine, des mesures devraient être prises pour lever les obstacles constatés à tous les niveaux de la chaîne de production en commençant par les exploitations d’élevage laitier, le système de collecte et enfin la transformation. Il a résumé ces freins en quatre points : insuffisance des moyens financiers mobilisés dans la modernisation technique, mauvaise répartition du soutien public dans la filière lait (seuls 11,4% des éleveurs sont éligibles à l’aide de l’Etat), faible intégration et valorisation de la production locale dans la transformation laitière qui ne dépasse pas, d’après lui, les 20%, différence de prix entre le lait local et la poudre de lait importée. L’expert a souligné qu’au niveau des exploitations d’élevage laitier, il y a une lenteur dans la modernisation de l’élevage, du fait de la faiblesse des investissements technique et humain. Soulignant le progrès génétique insuffisant, le Dr Mamine a fait savoir que la production nationale affiche un taux de croissance annuel moyen de 5,4% dont 2,7% liés à l’amélioration du rendement moyen par vache qui est de l’ordre de2.100 litres par an. Selon lui, la production laitière bovine représente environs73%de la production nationale. Toutefois, il relève que plus de 55,3% des exploitations ont une superficie de moins de 5 hectares, ce qui les rend inéligibles aux subventions. En outre, «le système intensif d’élevage peine à se développer faute de ressources foncières et hydriques».
Au niveau de la collecte, la performance n’est pas, non plus, au rendez-vous. L’expert a rappelé que le taux de collecte industrielle du lait local s’est effondré dans les années 1970, lorsque se sont développées les grandes usines de transformation de la poudre de lait importée. Ainsi, le taux de collecte du lait cru se situe entre 20 et 25%. «L’absence de mécanismes d’incitation par le marché, d’un côté, et l’émergence de l’informel, de l’autre, expliquent la faiblesse de la collecte», a expliqué le conseiller. A cela s’ajoute la faiblesse du taux de transformation quine dépasse pas actuellement les 20% de la production, alors qu’il était estimé à 70% dans les années 1960. Comme perspective, le Dr Maminea noté que le développement récent deméga-fermes dans les régions steppiques peut contrebalancer cette configuration s’il est associé à une gestion durable des ressources hydriques. Dans ce sillage, il a recommandé la labellisation des produits laitiers locaux pour soutenir la filière face à la concurrence étrangère.

 

Plaidoyer pour l’élevage pastoral extensif

 

Présentant un exposé intitulé «Les systèmes d’élevage laitier en Algérie. Cas de la région semi-aride de Sétif: opportunités et limites», le Pr Khaled Abbas a plaidé pour l’élevage pastoral extensif en assurant, entre autres, l’approvisionnement en eau propre et durable. Le directeur de recherche à l’INRAA a souligné également l’impératif développement du pâturage pour la relance de la filière. «La remise en état des pâturages naturels apparaît comme primordiale afin de réinstaller les bases de l’élevage pastoral performant et par là même restaurer des niches écologiques actuellement fortement dégradées», a-t-il proposé, ajoutant que des potentialités existent pour la création et l’amélioration des prairies naturelles par le biais d’une semence préconisée par des projets de coopération méditerranéens ayant donnée des résultats très tangibles dans la région de Sétif (projet Permed. «La productivité des jachères a été multipliée ainsi par 5 et celle des prairies naturelles par 3», a-t-il précisé. D’autres voies techniques existent aussi, selon l’expert, pour renforcer l’autonomie alimentaire des exploitations agricoles tout en améliorant la fertilité des sols et leur préservation de l’érosion. Ces voies reposent sur l’introduction de cultures fourragères d’appoint à base de mélanges graminées légumineuses. A ce titre, le pois avoine est le plus préconisé.
Wassila OuldHamouda