Focus : Dans les allées des livres

Nous le dirons jamais assez, le Sila nous a énormément manqués durant deux longues années et, forcément, les retrouvailles constituent des moments d’incroyables plaisirs. C’est indéniable et nous ne le dirons jamais assez, le Salon international du livre d’Alger est l’événement culturel de l’année en Algérie. C’est la fête de la littérature durant dix jours. Une occasion unique de sortie en famille ou entre amis.

Au cinquième jour du Salon du livre, il y avait foule, et c’était attendu. Notre premier constat donne raison à Abdenour Hochiche, le passionné et généreux passionné du cinéma et à sa succulente boutade. En effet, il avait donné rendez-vous à ses amis de facebook pour la signature au Sila de son dernier Chawarma. Tous ont répondu à l’appel et même la majorité des visiteurs, et cela a engendré d’interminables queues devant les espaces réservés à cette nouveauté du Salon.
Nous accédons au pavillon central, et déformation professionnelle oblige, nous nous intéressons au sort de deux magazines culturelles, Salama que dirige Hassiba Sahraoui et LivrEsq de Nadia Sebkhi. Une discussion s’engage avec les deux patronnes et les mêmes difficultés rencontrées surgissent. Pas de publicité et pas de soutien à ces deux publications spécialisées. Mais les deux éditrices ne baissent pas les bras, elles résistent avec des versions Web en attendant la version papier. C’est triste, aucune publication spécialisée en cinéma, théâtre musique, arts plastiques et littérature n’existe en Algérie dans la version papier. C’est une situation anormale. Le secteur de la culture souffre décidément.
Heureusement que la suite de notre balade nous a fait oublier notre amertume. La première aura été les retrouvailles avec le talentueux cinéaste Mohammed Ifticene à qui nous devons «Les Rameaux de feu», tourné en 1983, «Les Marchands de rêves», en 1977, une incroyable incursion dans le monde chimérique des artistes avec une performance exceptionnelle de Sid Ali Kouiret et «Djalti, le gaucher», en 1980 avec Abdelkader Alloula et Larbi Zekkal, film qui nous plonge sans complaisance et sans fard dans les ténèbres de la vie des
laissés-pour-compte.
Ifticène est tout heureux de nous revoir après tant d’années. C’est aussi cela le miracle d’un livre. C’est grâce à sa publication, un roman intitulé «Une saga algéroise, sur le fil du rasoir», que nous avons retrouvé le sourire de ce réalisateur Il se confie. Au départ, «Une Saga algéroise» était un scénario que Mohamed Ifticène devait tourner. Il avait finalisé  son montage financier avec l’aide de Canal+ et d’un producteur tunisien et avec l’accord d’un grand industriel algérien mais à la dernière minute, il ya eu revirement de la partie algérienne. Le projet est reporté et Ifticene en a fait un roman en attendant la réalisation de  son film. La mémoire est là. Nous évoquons l’éloquence de Malek Ouary, il acquiesce et parle de celle de Mohamed Arkoun aussi. Quand il voit la journaliste Rym Harhoura, il lui dira qu’il l’avait connu toute petite et que son père Tahat était un grand et brave homme. Emue, elle se retourne, sans voix pour dissimuler sa peine.
La jeunesse prend le relais, et c’est donc Sarah Chaoui qui a eu l’honneur d’interviewer le cinéaste. Juste à côté dans ce stand d’une dynamique maison d’éditions Frantz Fanon avec sa pléiade de nouveautés, notre ami Hakim Laâlam, accompagné de sa femme et de sa charmante jeune fille, est tout content de ne pas relever sa tête tant il était sollicité par ses admirateurs, venu acquérir son dernier roman «R.I., Au nom du père, du fils et du sain d’esprit». Il fera tout de même une pause exceptionnelle pour l’expérimentée Saliha Aouès, son ancienne collègue à Horizons et actuelle PDG de ce journal. Les deux remontent le temps avec le regard amusé de la fille de Laâlam.  La rencontre des consœurs se multiplie d’abord avec l’insaisissable O. Hind de  L’Expression, puis avec Sihem Benbraham d’El Moudjahid, toujours prête à faire une pause-café et enfin la studieuse Hana Menasria de Liberté dans l’espace «Esprit du Panaf».
La balade se poursuit. Abdelkader Bendaâmèche n’était pas présent pour son dernier hommage au grand Amar Zahi. Son ouvrage se vend bien aux dernières nouvelles. Et puis, il a eu la surprise de cette édition, un coin réservé aux livres d’occasion pour les bourses modestes. Une bonne initiative. Le stand a du succès surtout, du côté du milieu estudiantin.
Abdelkrim Tazaroute