Forages agricoles à Tipasa : Les agriculteurs saluent l’initiative

Selon Choukri Benchabane, secrétaire général de la chambre d’agriculture à Tipasa, l’accélération des procédures d’étude des dossiers pour l’octroi d’autorisations de forages agricoles a été vivement saluée par les agriculteurs de la wilaya, parmi lesquels des dizaines ont formulé en ce sens des demandes depuis des années.

Au niveau de la commission locale chargée du dossier, le traitement des demandes se fait avec célérité et efficacité, et ce, suivant la réglementation en vigueur, selon Ali Benbadi, directeur des ressources en eau à Tipasa. La mécanique semble bien huilée et d’enquête en enquête, la situation commence à se dénouer. D’ailleurs, la commission a donné déjà son aval pour des dossiers en attendant d’accéder à d’autres demandes après finalisation des enquêtes qui prennent en compte des facteurs objectifs, liés essentiellement aux impacts de l’ouvrage dont ceux inhérents à l’environnement. «Lors de l’audience accordée par le wali, le président de notre chambre a soulevé le problème des autorisations des forages qui tardent, pour certaines depuis six ans. A priori, de cette doléance dépend l’avenir et le développement de l’agriculture à Tipasa», affirme Benchabane. A l’en croire, le facteur limitant l’optimisation des rendements des récoltes et entravant le développement de certaines filières, pourtant à fort potentiel, c’est le stress hydrique. A Tipasa,  32% de la surface agricole utile, soit plus de 19.700 ha, sont répartis dans deux grands périmètres d’irrigation connectés à deux barrages, Boukerdène (Sidi Rached) et Bouroumi (Blida). Toutefois avec le manque de pluies, les quotas destinés à l’irrigation sont de plus en plus réduits au fil des sécheresses, à telle enseigne qu’avant le dernier épisode de pluies, le barrage de Boukerdèneétait quasiment à sec. Une situation qui incommode au plus haut point les agriculteurs, notamment les exploitants des vergers qui nécessitent constamment une ressource pour que leurs exploitations survivent, particulièrement les jeunes arbres. Toutefois avec l’entrée en service de nouveau forage, la tendance sera inversée. «Si un exploitant dispose de son propre forage, il peut se rabattre sur l’irrigation d’appoint en cas de manque de pluies, surtout lors des phases cruciales des cultures. C’est le cas en arrière-saison à partir du mois d’août. Le manque d’irrigation peut compromettre non seulement les récoltes à pleins champs des produits maraîchers, mais peut malheureusement pousser l’agriculteur à ne pas cultiver sa terre», prévient le même interlocuteur. Un exploitant spécialisé dans les maraîchages sous-serre à Sidi Moussa, dans la wilaya de Tipasa, a payé les frais de l’indisponibilité de quantité suffisante d’eau pour l’irrigation. Lui qui, d’habitude, exploitait plus de 200 chapelles, a réduit son champ à seulement 50 serres. «Le déficit en termes d’irrigation et de pluies en général a un impact direct sur l’offre. D’où en partie l’augmentation des prix des produits agricoles sur le marché», analyse le secrétaire général de la Chambre de l’agriculture à Tipasa. La consolidation du réseau de forages dans la wilaya qui compte, selon des statistiques de 2020, 700 forages et 2000 puits et sources, contribuera à coup sûr à étendre davantage les surfaces dédiées à la culture maraîchère, mais aussi à l’arboriculture qui est l’un des créneaux potentiels locaux.
L’irrigation en ces temps de changements climatiques qui n’assurent plus un étalage des épisodes de pluies sur l’année comme par le passé, peut donc favoriser l’augmentation de l’offre sur les marchés et fournir une production conséquente des fruits, particulièrement pour l’industrie de la transformation. La pérennité de cette ressource souterraine est tributaire de son mode de consommation, surtout lorsque l’on sait que le niveau piézométrique est en net recul, ce qui est la conséquence directe du stress hydrique et le recours de plus en plus à l’irrigation d’appoint. Sur ce point, Mohamed Titouche, exploitant agricole à Bou-Ismail et président du conseil de la filière tomate de la wilaya de Tipasa, lance un appel à tous les agriculteurs de la wilaya pour l’utilisation de système d’irrigation économiseur d’eau, à l’instar du goutte à goutte. Mieux encore, il souhaite que des équipes d’inspection sortent régulièrement sur le terrain pour veiller sur la préservation du potentiel souterrain. «La relance des autorisations de réalisation des forages est un acte à saluer vivement, mais il revient également à nous de préserver cette ressource en adoptant systématiquement le goutte à goutte, sinon même les nappes ne pourront plus à l’avenir répondre à nos besoins», appréhende-t-il.
Amirouche Lebbal