Fraude aux examens scolaires : Raisons et conséquences

La question de la fraude au baccalauréat et la fuite des sujets revient chaque année. Quelles en sont les raisons et les conséquences sur la réussite des élèves ? Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour endiguer ce phénomène ? Face à l’ampleur de la triche en milieu scolaire, notamment au baccalauréat, les pouvoirs publics ont décidé de frapper fort en promulguant une loi criminalisant ces pratiques malveillantes, allant jusqu’à la prison ferme et le versement d’amendes.

«La récurrence de la fraude et de la fuite des sujets de l’examen du baccalauréat ces dernières années a poussé les autorités publiques à la promulgation d’une loi pour pénaliser les auteurs qui risquent une peine de prison et le versement d’amendes conséquentes. Toutefois, ces pratiques n’ont pas cessé et la fraude prend de l’ampleur. De ce fait, la criminalisation de ces actes par la justice n’a pas d’impact sur la situation», fait remarquer le pédagogue et retraité de l’éducation nationale Bachir Hakem. Dans ce sillage, il estime que la triche dans les examens scolaires n’est pas propre à notre pays. «Ce phénomène existe depuis des décennies et dans le monde. La spécificité dans notre pays est les proportions que prend cette pratique en milieu scolaire. Cela traduit un malaise et une mauvaise morale dans notre système éducatif. Depuis l’indépendance, l’Ecole et les études ont été un ascenseur pour grimper dans l’échelle sociale et se donner les moyens d’améliorer sa condition, en valorisant le travail et l’investissement dans son cursus scolaire et universitaire», rappelle le pédagogue. Abordant les raisons qui motivent les élèves à recourir à la triche, Hakem met l’accent sur la pression qui s’exerce sur l’élève de la part de sa famille et de son entourage. «Les élèves n’ont pas assez d’expérience pour faire face à l’angoisse qu’engendre l’échec ou à gérer ses émotions. De ce fait, pour s’en sortir, il recourt à des méthodes peu orthodoxes entre autres la triche», ajoute encore le pédagogue.
Dans un autre registre, il insiste sur l’existence de ce phénomène depuis des années. «La fraude au baccalauréat est l’arbre qui cache la forêt. Avant la généralisation de l’usage des nouvelles technologies et de l’internet. L’échelle des valeurs a complètement changé dans notre pays et l’Ecole n’est pas en reste», relève-t-il.
Pour arriver à bout de ce problème, il est de notre devoir d’élever les enfants sur des valeurs sûres, comme l’effort, le travail. «Nos enfants sont en quelque sorte à notre image. Il reflète les maux de la société en les banalisant. Pour eux, c’est juste un examen, ce n’est pas grave. Mais plus tard, dans sa vie d’adulte, il aura un comportement qui ne sera pas vraiment exemplaire», soutient-il.
Pour sa part, l’expert en nouvelles technologies Younès Grar met en exergue l’utilisation à bon escient de l’internet. «La coupure de l’internet ne peut être la solution pour arrêter la triche. Il existe d’autres moyens qu’il suffit de mettre en œuvre, comme la création de zones blanches au niveau des centres d’examen. D’autres pays l’ont fait avant nous, pourquoi ne pas procéder de la sorte et éviter la perte d’argent pour les entreprises et les désagréments pour les usagers à titre individuel», explique l’expert.
En outre, Grar propose la création de logiciels sécurisés pour sauvegarder les sujets et les envoyer aux centres d’examen à travers le pays, sans mobiliser des moyens logistiques énormes. «Ce sera une économie d’argent et une sécurisation des sujets empêchant les fuites», conclut l’expert.
Karima Dehiles