Gazoduc transsaharien : L’intégration économique en acte

L’intégration des économies du continent africain est demeurée longtemps affaire de slogans et de bonnes intentions qu’on décline lors de sommets et de rencontres protocolaires. Avec le projet gazoduc transsaharien (TSGP) qui reliera, d’ici trois ans, le Nigeria et les marchés européens via le Niger et l’Algérie, celle-ci se donne un contenu concret. Avec la réalisation d’infrastructures routières et l’instauration de la Zone de libre échange économique (Zlecaf) qui permettront aux marchandises et aux hommes de mieux circuler, le TSGP sera au service de pays qui cherchent à valoriser leurs ressources. Qu’est-ce que ce projet, quelles sont seront surtout ses retombées sur le plan économique ? Nos collaborateurs et un expert, renommé dans le domaine des questions énergétiques, vous en disent plus.

Ce n’est pas un mirage !

Il s’en trouvera toujours une ou plusieurs parties qui estimeront que le projet intitulé Trans-Saharan Gas Pipeline serait plus proche
du mirage que de la réalité. Pour ce qu’il dérange sur le plan politique, cette théorie tient la route d’autant plus qu’avec l’enthousiasme et l’énergie des représentants des pays concernés à savoir l’Algérie, le Niger et le Nigeria, à relancer un projet qui remonte à plus de vingt ans ne peut que susciter émotion et fierté parmi les représentants du triumvirat qui en seront les pilotes.

Et, a contrario, inquiétudes et appréhensions parmi ceux qui en doutaient et lesquels ont vu un exutoire au fur et à mesure que durait la période durant laquelle les prix des hydrocarbures ont lourdement chuté pour ensuite durablement stagner. Une situation pénalisante pour les pays producteurs parmi lesquels l’Algérie. Ce qui explique la réactivation d’un projet «…intervenant dans un contexte géopolitique et énergétique particulier, marqué par une forte demande sur le gaz et le pétrole, d’une part, et par une offre stagnante en raison de la baisse des investissements, en particulier dans l’amont pétrolier et gazier, entamé depuis 2015», selon les propos tenus par le ministre algérien de l’Energie et des Mines devant ses homologues au cours de la réunion d’Abuja (Nigeria) et par lesquels vraisemblablement il a tenu à insister d’une part sur le contexte international depuis la naissance du conflit russo-ukrainien et d’autre part par des besoins inhérents en énergie en hydrocarbures d’autres pays d’Europe habituellement alimentés en la matière par l’un et l’autre des deux pays. Et, faut-il rappeler à cet effet, qu’il y a dix mois (août 2021), Arkab insistait alors sur le fait de concrétiser «rapidement» un projet dont l’essentiel était de connecter les gisements de gaz naturel nigérian à l’Europe via le réseau de gazoduc algérien. Pour les experts nationaux, les retombées de ce projet seraient énormes dont, et c’est loin d’être négligeable, l’alimentation des populations du Nigeria et du Niger, forcément, mais également du Burkina-Faso et du Mali. Des retombées à même de constituer un retour sérieux sur investissement par ce qu’auront à gagner les Etats impliqués comparativement aux 21 milliards de dollars prévus pour sa réalisation. Pour sa part, la partie algérienne en assurera les moyens par la disponibilité d’infrastructures notamment le réseau de transport, celles de pétrochimie et surtout par sa position géographique, sa proximité des marchés garantissant la fiabilité et la viabilité du projet. Bien entendu, tout cela peut ne pas se faire dans une absolue sérénité compte tenu d’abord de la concurrence et ce, même si le TSGP a plus qu’une longueur d’avance sur le reste des projets pour ne pas dire de plans tirés sur la comète par d’autres parties. Comme il faudrait également tenir compte d’obstacles sécuritaires que, malgré la relative stabilité des régions concernées, ne devraient pas être sous considérées.
 Abdelhamid Lemili