Gazoduc transsaharien : Prélude à un marché énergétique africain

L’Algérie compte beaucoup sur son réseau de transport des hydrocarbures pour réussir la concrétisation du Trans-Saharan Gas-Pipeline (TSGP) dont la mise en service est prévue en 2027. Les installations déjà existantes devraient donner à ce projet, partant du Nigeria, une dimension économique qui ouvre des perspectives prometteuses pour tout le continent africain.

La réactivation du TSGP, qui a commencé à prendre forme depuis février dernier, à la faveur de la signature d’une déclaration commune entre les ministres des trois pays et l’entame des études techniques, devrait renforcer davantage les capacités de production énergétique, d’expédition et de valorisation des trois pays que sont l’Algérie, le Niger et le Nigeria. Selon la partie nigériane, le gazoduc transsaharien peut fournir jusqu’à 30 milliards m3 de gaz par an.
Il s’agit d’une nouvelle source d’approvisionnement des marchés, dont la demande ne cesse de croître. Cet investissement permet aux trois pays d’aspirer à construire un avenir énergétique sûr, développer de nombreux projets d’intérêt commun et de consacrer leurs efforts et leurs ressources naturelles au profit de leurs populations. Ce projet pourrait également améliorer l’accès à l’énergie aux différentes régions de transit, puisque le tracé traversant les trois pays peut être interconnecté au Mali et au Tchad. Sur son passage, le gazoduc transsaharien pourrait, faut-il aussi le rappeler, assurer l’alimentation des régions du Nord, du Nord-Est et du Centre du Nigeria, ainsi que tous les autres pays du Sahel. La place privilégiée accordée, ainsi, à l’énergie en tant que levier d’intégration régionale est à même de faire booster la mutualisation du génie et des moyens des sociétés nationales des hydrocarbures, développer une industrie indépendante et faire émerger un marché énergétique africain.
La proximité du marché européen à partir des côtes algériennes, la disponibilité des moyens de financement, ainsi qu’un réseau de transport du gaz sont autant d’éléments qui jouent un rôle capital dans la réussite de ce projet stratégique.
L’idée d’un gazoduc nigérian vers l’Algérie a remonte à plus de 20 ans. Sonatrach avait, d’ailleurs, signé un protocole d’accord, le premier du genre, en 2002, pour mettre en œuvre le projet avec la compagnie pétrolière nationale nigériane. Dans un contexte géopolitique et énergétique marqué par une forte demande sur le gaz et le pétrole, ce gazoduc est considéré comme une source d’approvisionnement sûre pour le marché européen dont la demande ne cesse d’augmenter.
Le TSGP ne peut, dans ce sens, échapper à la configuration nouvelle du marché mondial du gaz. En plus des avantages qu’elle procure, la voie transsaharienne permet au Nigeria de payer les frais de transit pour deux pays seulement (le Niger et l’Algérie), sachant que l’Algérie n’a pas besoin du gaz nigérian. Ce qui augmente la quantité de gaz exportée par Abuja, en plus du réseau de gazoduc algérien destiné à alimenter l’Europe dont elle pourrait profiter. A cela, il faudrait ajouter les stations de pompage de gaz, d’usines de liquéfaction, de ports d’exportation, ainsi que de méthaniers pouvant transporter le gaz nigérian vers des marchés lointains après l’avoir liquéfié. Ce qui réduira considérablement le coût et la durée de réalisation du TSGP.
 Assia Boucetta