Gestion des déchets : Un service public en panne

Le cadre de vie dans les villes ou en zones rurales est loin d’être agréable. Marqué par les amoncellements de déchets ménagers et autres résidus issus des ateliers de bâtiments ou des emballages en carton, les abords des routes, quartiers, espaces publics sont envahis par des décharges sauvages. Il suffit de prendre le train ou rouler en voiture pour confirmer cette réalité.

Agglomérations, oueds, forêts, lacs…subissent une pollution sans respect aucun de l’environnement à l’heure où des gouvernements mettent l’accent dans leur politique publique sur l’enjeu environnemental. Depuis des années, une grande importance a été donnée à la gestion des déchets ménagers, industriels ou spéciaux. Toutefois,  la situation n’a pas connu une amélioration en l’absence de stratégie nationale en la matière et de grands investissements dans la collecte, le tri et l’économie circulaire. A part quelques initiatives individuelles ou les actions de certaines associations activant dans la protection de l’environnement, les déchets de toutes natures constituent le paysage dominant. «Des investissements considérables ont été réalisés ces dernières années pour promouvoir le secteur de la gestion des déchets, mais les résultats escomptés ne suivent pas. Le  manque  de moyens  dans les  communes, qui sont l’élément clé dans les opérations de collectes et de transport des déchets, fait que tout plan d’action mis en place soit caduc», a estimé le président de l’Association de protection des consommateurs Am Aman, Hassan Menouar.
Les collectivités locales dont les moyens financiers sont limités au budget annuel octroyé par l’Etat pour leur majorité ne sont pas en capacité d’investir dans l’amélioration des structures et des procédés par exemple pour le tri à la source.
«Les entreprises de collectes de déchets comme Extra Net ou Net Com n’ont pas vraiment introduit de nouvelles méthodes dans la collecte  des déchets. Le  nettoyage des voies publiques qui fait partie des opérations de propreté  est rare voire absent», a-t-il encore ajouté. En outre, Menouar a abordé l’impératif de la prise en charge socioéconomique des éboueurs ou des travailleurs municipaux affectés à cette tâche. «Il s’agit de revaloriser leurs salaires et leur statut. La valorisation de leurs efforts sans lesquels nous serions ensevelis sous nos ordures et subirons les conséquences néfastes entre autres l’invasion des villes par les rongeurs et autres bestioles», a-t-il rappelé.
Dans ce sillage, Mouloud Arkoub, enseignant à l’Université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, département Biologie-Agronomie, insiste sur la nécessité d’organisation de la filière, qui engendre ailleurs des milliers d’emplois et des milliards de dollars par an. «La population se complait dans cette situation d’insalubrité totale. Les autorités en charge  de cet aspect de la vie publique, les individus ne semblent pas prêter attention à notre environnement. De fait, la sensibilisation du public  devient primordiale. Il est question aussi de fournir les moyens utiles et tellement simples pour accompagner les campagnes d’information entre autres mettre à la disposition des gens des bacs à ordures dans les quartiers, les nouvelles cités, construire des niches et autres endroits désignés pour recevoir les déchets ménagers, inertes. Ce sont de simples mécanismes  qui sont à généraliser. Les collectivités locales peuvent également préciser les heures de collectes et les publier», a indiqué l’universitaire.
La pollution de l’environnement, des sites naturels, des villes est le résultat de l’inconscience  et de l’irresponsabilité à tous les niveaux, du simple citoyen au haut responsable. Le sursaut de la société est vraiment urgent.
Karima Dehiles