Hadjout : Le marché, cœur battant de la ville

Il est 17h50 en ce vendredi 21e jour du mois sacré. La sirène du marché couvert de la ville de Hadjout, dans la wilaya de Tipasa, retentit comme pour inviter les clients à sortir. Il ne reste que quelques minutes pour que la place de négoce, datant de l’époque coloniale, mais rénovée ferme ses portails en fer.

A cette heure-ci, la majorité des vendeurs de fruits et légumes ont recouvert leurs étals avec des sacs en jute et les bouchers s’affairent à nettoyer leurs présentoirs. Seules quelques tables où sont exposées plusieurs variétés de dattes et d’olives attirent les derniers clients. Cette fin de journée se répète depuis des années au marché qui durant le mois de Ramadhan attire une clientèle de toute la wilaya, voire au-delà. A l’extérieur toutes les ruelles attenantes grouillent de monde. Sur la grande avenue du 1er-Novembre, la circulation est dense. A deux heures de la rupture du jeûne, il est difficile de trouver une place de stationnement. On vient de partout pour faire ses emplettes de dernière minute. Les boulangers sont assaillis de clients, les yeux rivés sur les ultimes fournées de toutes sortes. «Je préfère acheter le pain, le plus tard possible, pour le savourer chaud à l’heure d’el Iftar», affirme Hamid. Non loin de la  boulangerie, une pâtisserie célèbre pour son Qalbellouz ne désemplit pas. A l’intérieur, les clients assiègent le comptoir, tandis que sur le trottoir d’autres personnes attendent leur tour pour s’adjuger le plus succulent Qalbellouz de la région. En tout cas, c’est ce qu’affirment ses adeptes. «Plus d’un quart de siècle que j’achète ma boîte de Qalbellouz ici. Je n’ai jamais été déçu de mon choix», lance un retraité. Et d’ajouter: «En plus de la bonne qualité du gâteau, faire la chaîne pour l’acheter permet de tuer le temps. Je suis doublement gagnant». Sur les deux trottoirs de la  ruelle, de jeunes commerçants dressent leurs tables pour vendre des friandises et autres mets succulents qui attisent la curiosité des badauds et leur gourmandise après plusieurs heures d’un éprouvant jeûne.
L’autre produit indispensable sur la table de l’Iftar à Hadjout est Cherbette, la citronnade, mais pas n’importe laquelle. «A Hadjout, nous comptons cinq ou six préparateurs de citronnade qui ont  plusieurs années d’expérience. Certains ont hérité la recette de leur père. C’est vous dire que ça vaut la peine de déguster cette boisson désaltérante surtout après une journée entière de jeûne», conseille un habitant. En effet, la concurrence à peine voilée entre préparateurs de Cherbette s’est répercutée sur la qualité des boissons. La rivalité pour fidéliser la clientèle acquise et séduire celle de la concurrence a eu pour effet de varier les parfums des boissons et maintenir les prix à des seuils abordables, à raison de 50 DA le litre en moyenne.
Avant l’Iftar l’ambiance des  placettes publiques où se retrouvent les amateurs de la pétanque attirent la foule. Les  spectateurs sont en quête du beau jeu dans une ville réputée être un fief par excellence de cette discipline.
Amirouche Lebbal
 
Vêtements de l’Aïd : En quête de belles opportunités                       
Dès le 20e jour du mois sacré, Hadjout attire une nombreuse foule et ses soirées  sont une occasion pour les familles de la ville et des agglomérations alentour pour faire du shopping. A quelques jours  de l’Aïd les boutiques spécialisées dans l’habillement attirent.
 «Nous faisons de notre mieux pour que les prix des vêtements soient les plus accessibles possibles. Nous nous contentons souvent d’une petite marge bénéficiaire, tout en tablant sur la quantité, mais ce n’est pas souvent évident», confie un commerçant qui tient boutique dans la grande avenue. Il faut dire que la concurrence est très rude, d’autant que les magasins de vêtements (enfants, femmes et hommes) quadrillent pour ainsi dire la majorité des rues et ruelles du centre-ville et ont tendance à fleurir aux quatre coins de Hadjout. «Jadis, il existaient des rues dédiées en majorité au commerce de vêtements, mais depuis ces dernières années ce négoce prospère de quartier en quartier. Une dynamique qui consolide la vocation commerciale de notre ville», résume un habitant de Hadjout. «Pour les pantalons, les prix n’ont pas trop augmenté comparativement à l’année dernière. Ce n’est pas le cas des tenues pour enfants pour lesquelles il faut débourser au minimum 1000 à 1500 DA de plus que les prix du Ramadhan dernier», affirme Abderahmane de Hadjout. Pour un père de famille, l’équation semble insoluble. «J’ai dû emprunter chez mon frère pour vêtir mes trois enfants, dont les tenues m’ont couté 21.000 DA», confia-t-il.
Et de conclure: «Bien qu’il me soit difficile de joindre les deux bouts, il suffit de voir le sourire sur les visages de mes enfants pur oublier les vicissitudes du quotidien».
A. L.
Sport et Ramadhan : Pour le bien-être mental
Pour de nombreux habitants de Hadjout, les après-midis du mois sacré sont les meilleurs moments pour s’adonner à fond à la pratique du sport. Jogging, parties de foot, pétanque ou musculation font florès. La soixantaine ou juste à la fleur de l’âge, les habitués  ne ratent aucun jour pour pousser leur limite physique pour leur bien-être mental. C’est le cas de Hamid, 45 ans, qui, un jour sur deux, parcourt un circuit de 10 km en aller-retour de Hadjout à Rahaba, en petite foulée, le long de la route nationale. «Au cours de mon parcours, je marque une pause pour effectuer des séries d’étirements. C’est essentiel», confie Hamid qui affirme pratiquer le jogging durant le mois sacré depuis 20 ans. «Je suis pré-diabétique depuis sept ans et grâce au sport et un régime strict je maintiens ma glycémie à des niveaux corrects», releve-t-il. Kamel, la soixantaine bien entamée, s’adonne à un  footing quotidien à partir de 17h00. «C’est le meilleur remède pour stimuler le cœur et lutter contre l’hypertension. A 19h00 je prends ma douche et je suis prêt pour le ftour», conseille ce dernier.
En groupe ou en solo, le footing à de nombreux adeptes à Hadjout, à l’instar de la musculation. Farid un féru des haltères rythme son après-midi du mois de Ramadhan entre salle de musculation et jogging. Deux disciplines qui ne quittent jamais son agenda. «Le sport est désormais dans mes gènes. Il me procure une paix mentale, malgré l’épuisement physique après une séance de musculation. Il faut dire que de plus en plus de jeunes pratiquent le sport. C’est un atout pour la société», conclut Farid.
A. L.
Soirées : Une tradition qui se perpétue
A une demi-heure de la rupture du jeûne, les fourgons de transports et bus commencent  à affluer à Hadjout. Des douars ou des villes proches, de nombreux jeunes viennent passer leurs soirées. La tradition est ancienne. «Je me rappelle, il y a 20 ans, même plus, lorsque mon père me ramenait à Hadjout pour partager un café avec ses amis durant les nuits du mois sacré. C’est un agréable souvenir. A mon tour je fais découvrir à mon fils cette ambiance», confie un habitant de Meurad, une ville non loin de Hadjout. Il faut dire qu’à Hadjout, les soirées ramadanesques sont souvent synonymes de rencontres entre amis. Autour d’une table de café ou sur les bancs des placettes publiques, l’ambiance est aux rires généreux qui fusent de partout. «J’essaie d’être le plus tôt possible à Hadjout pour la prière d’el Icha et les Tarawih. Pour moi, c’est une habitude sacrée», affirme un habitant de Bouyeghsen. Même durant la décennie noire, Hadjout n’avait pas perdu ses habitudes.
A. L.