Hakim Lâalam, billettiste et écrivain  : «Le combat contre l’extrémisme est le combat de toute ma vie»

Hakim Lâalam est journaliste, billettiste, mais aussi un auteur prolifique. Attaché profondément à la liberté de penser et d’être en Algérie et dans le monde, ce farouche combattant de l’extrémisme vient de publier son roman «RI – au nom du père, du fils et du sain d’esprit» aux éditions Frantz Fanon. Rencontré à l’occasion de la 25e édition du Salon international du livre d’Alger, il explique quelle est sa volonté derrière la publication de son ouvrage tout en dévoilant, en exclusivité pour Horizons, son prochain projet d’écriture…

«RI – au nom du père, du fils et du sain d’esprit» est un titre très évocateur pour votre roman, quelle est son histoire ? 
RI sont les initiales de République islamique et l’histoire de ce manuscrit  est ancienne. Je l’ai entamé il y a dix ans de cela, et il se trouve qu’entre temps, il y a eu la sortie de «Soumission» de Houllebecq et de «1984» de Boualem Sansal. Ces deux livres percutaient la même thématique. J’ai donc remis mon manuscrit dans un tiroir, dépité que d’autres aient fait ce travail avant moi. C’est le travail de mon épouse, un travail inlassable, qui m’a contraint à ressortir le manuscrit en me disant que j’abordais différemment la thématique et que donc je me devais de l’écrire. Je l’ai donc ressorti tout poussiéreux, l’ai retravaillé durant une année et il est devant vous aujourd’hui. Le titre se veut un jeu de mots, j’espère qu’il touchera. La thématique traite une chose que certains pensent éloignée, mais que je considère comme toujours présente. Il s’agit de la question de l’intégrisme et de sa capacité à phagocyter toutes les sphères de la société et à gangrener nos institutions. Pour moi, il n’est jamais bien loin.  J’ai imaginé dans mon roman la prise de pouvoir effective par les islamistes. Pour qu’il n’y ait pas de confusion, je tiens à préciser que mon problème n’est pas l’islam mais l’islamisme et sa volonté éradicatrice de tout ce qui est expression plurielle. J’ai donc imaginé de façon romancée ce que serait cette société et le drame à travers juste le prisme d’une famille. Un homme récemment veuf et son fils Yahya comment vivent-ils cette prise du pouvoir et phagocytation de la société par les extrémismes. Jusqu’à l’enfermement, puisque Sadek, le père démocrate, est emprisonné. Et c’est là qu’il y a inversion, dans les camps du Sud.
Sadek, Yahya sont tant de noms qui portent une forte symbolique… 
Ils portent la symbolique d’un ancrage dans une société réelle puisque l’islamisme n’est pas un fantasme. Souvent, les gens nous accusent, de manière globale les journalistes et les écrivains aussi, d’agiter un bourourou, nous disant que l’on agite l’islamisme pour faire peur, alors que non, absolument pas. L’islamisme est un réel danger et pas simplement pour la société algérienne uniquement d’ailleurs. Les gens le vivent dans d’autres pays. Il est là, il est latent et il se combat tout le temps. Son combat ne se limite pas seulement aux armes d’une façon militaire, mais se fait sur tous les plans. A ma petite échelle, avec ce roman, je le combats. Je prends en charge et j’assume complètement ce combat-là, c’est celui de ma vie. Parce que j’ai une fille de dix huit ans, j’ai une épouse travailleuse et je n’ai pas envie qu’elles soient castrées dans une société dont le seul projet réel est de castrer toutes les composantes qui s’expriment autrement.
Ce roman est donc un roman dystopique et de science fiction ? 
Ce n’est pas du tout un roman de science fiction. Ce roman se refuse aux frontières du genre littéraire que je trouve un peu trop tendues et dures. Je préfère l’élasticité de l’interférence. Je dirais donc qu’il flirte entre le roman noir, donc le polar, mais un polar plus politique que dramatique. Pourquoi pas dramatique ? Parce que je ne peux pas m’empêcher de mettre ma petite touche humoristique, celle que vous retrouvez tous les matins dans les chroniques et que j’intègre dans mon style d’écriture. C’est le mien, je n’y peux rien, je n’arrive pas à m’en défaire, c’est ma seconde peau.
D’autres projets d’écriture sont-ils prévus ? 
J’en ai tout le temps ! Le quatrième roman est déjà bien enclenché. Je vous donne son titre, puisque c’est Horizons, le journal dans lequel j’ai baigné lors de mes balbutiements de journaliste. Sauf grand changement, mon prochain roman s’intitulera «la Vallée et les Tribus». Je suis un peu sorti du prisme algérien. Il est plus un scénario après-Covid. La terre est réduite à une vallée habitée par quelques tribus. Elles se nomment les Pfizer, les Moderna. Et elles se livrent une guerre. J’en suis déjà à mon deuxième ou troisième chapitre.
Entretien réalisé par Sarra Chaoui