Hanane Zineddine, architecte-urbaniste : «Le paysage urbain est devenu chaotique»

Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda

Dans cet entretien, Hanane Zineddine, qui est aussi experte foncière, revient sur l’origine des retards accusés dans l’achèvement des projets immobiliers. Elle met aussi en avant l’impact de cette situation sur le plan social et environnemental.
Plusieurs souscripteurs à des projets immobiliers se disent insatisfaits à cause des retards dans l’achèvement des travaux et la livraison des logements. S’agit-il d’un problème de qualification ou d’un manque de moyens ?
Depuis les années 1980, l’Algérie a adopté plusieurs politiques pour répondre à la crise du logement. La stratégie de l’Etat était de réaliser le maximum de logements à moindre coût et dans un court délai. Les formules étaient diverses. Cela allait des ZHUN (zone d’habitat urbain nouvelle), au logement social financé à 100% par l’Etat, suivis par le logement social participatif où le financement est partagé entre le demandeur de logement et l’Etat, et le logement promotionnel financé à 100% par le citoyen. Le législateur a mis en place un arsenal juridique et administratif, notamment la loi 11-04 du 17 février 2011 qui fixe les règles régissant l’activité de promotion immobilière.
Néanmoins, le demandeur de logement reste insatisfait. L’offre reste inférieure à la demande et le logement reste rare et cher. Le logement est, dans certains cas, livré avec beaucoup de problèmes liés à la qualité des travaux et des matériaux de réalisation. Le logement peut être aussi affecté dans des sites non désirés par le demandeur. Dans la plupart des cas, il y a des projets immobiliers dont le retard de réception dépasse la vingtaine d’années. Ces retards s’expliquent essentiellement par la lenteur dans la délivrance au promoteur des documents et autorisations qui vont du permis de construire au certificat de conformité. Il y a également des motifs d’ordre financier comme le retard et parfois le non-accès au financement bancaire ou le non-payement, à temps des acomptes des acquéreurs.
A cela s’ajoute le manque de sérieux de promoteurs par rapport aux délais de réalisation. Cette négligence se manifeste dans le mauvais choix des entreprises de réalisation. Le promoteur va vers des petites entreprises qui brcolent pour gagner de l’argent, au détriment de la qualité et du délai de réalisation, voire du non-respect des instructions du permis de construire lorsque des changements sont apportés. Certains promoteurs font même dans l’arnaque en retardant exprès la livraison du logement pour décourager les acquéreurs et les pousser à se désister. Ils remboursent les acomptes pour revendre le logement beaucoup plus cher.
Quel en est l’impact sur le plan urbanistique ?
Malheureusement, l’émergence de ces ensembles de cités immobilières a servi beaucoup plus les intérêts financiers des promoteurs que la qualité urbaine, architecturale et, par conséquent, la qualité de vie du citoyen. Pis, elle a altéré profondément les valeurs sociales. Plusieurs cités ont été conçues en cités-dortoirs, «cités fantômes» où la délinquance, le crime et les dérapages prolifèrent. La non-prise en compte des différents concepts de projection urbaine tels que l’intégration de la cité dans son environnement, le concept de centralité, de variété fonctionnelle et spéciale, le manque des espaces verts et la densité d’occupation du sol hors normes a fait que ces cités ont amoché l’environnement et dégradé le paysage urbain devenu chaotique, apocalyptique. L’image des cités AADL bordant les autoroutes sont l’image de politiques urbaines ratées.
 Que faut-il faire ?
S’agissant de l’élaboration des instruments d’urbanisme, des documents techniques et réglementaires, la problématique est avant tout dans la projection de grands ensembles immobiliers répondant seulement à des soucis quantitatifs.
En tant qu’architectes-urbanistes, nous pensons que des mesures courageuses doivent être prises pour étudier la faille révélée par le passage du PDAU au POS.
W. O. H.