Hassan Kacimi, spécialiste en questions sécuritaires : «La menace est réelle»

Hassan Kacimi, spécialiste en géopolitique et questions sécuritaires, affirme, dans cet entretien, que la menace terroriste est bel et bien réelle et qu’il faut se donner tous les moyens pour y faire face. Il confirme que les prochaines années seront difficiles à cerner sur le plan sécuritaire, mais rassure que l’Algérie a acquis une expérience et que sa stratégie de lutte est reconnue sur le plan international.
Comment évaluez-vous la situation sécuritaire et la politique mise en place pour affronter toutes les menaces qui guettent le pays ?
Le chef d’état-major de l’ANP, Saïd Chanegriha, concernant la dernière opération qui a mis hors d’état de nuire à Skikda une quinzaine de terroristes, dont cinq capturés vivants, avait affirmé que nous sommes en présence de groupes résiduels. Je pense qu’au niveau du massif montagneux de Skikda, ce sont les derniers groupes qui ont été délocalisés et éliminés. Toujours est-il, la menace est encore là, pour la simple raison qu’à nos frontières, l’instabilité et l’insécurité se développent et prennent de l’ampleur. Et là, il faudrait poser d’autres problématiques.  Vous devez savoir que le terrorisme et les groupes armés sont instrumentalisés dans le cadre de processus subversifs de domination des territoires. Comme je l’ai toujours dit, la poudrière du Moyen-Orient s’est malheureusement déplacée au Maghreb et depuis 2011, elle s’est localisée aussi dans le Sahel. D’ailleurs, la chute et l’effondrement de l’Etat libyen ont eu des conséquences catastrophiques sur la région. Quand il y a une instabilité au nord du Mali, au Niger et au Burkina Faso, et qui devient, hélas, endémique dans cette zone, cela impacte la sécurité régionale de manière négative. C’est ce qui fait que l’Algérie se mobilise et engage beaucoup de moyens dans le cadre de la lutte antiterroriste. En plus de cela, vous avez la monarchie du Maroc qui adopte une politique  hostile et belliqueuse à l’égard de l’Algérie. Ce qui est encore plus grave, le Makhzen a fait alliance avec l’entité sioniste pour déstabiliser éventuellement l’Algérie. Le tableau qui se présente n’est pas reluisant. Avec tous les événements sur le plan international, nous risquons d’avoir une fin d’année 2022 et une année 2023 très difficiles, notamment pour les Etats qui ne seront pas résilients. Je doute fort que la situation puisse s’améliorer d’ici là. En analysant l’ensemble des indicateurs, je pense que la situation va se dégrader encore plus.
Notre politique de défense nationale est-elle prête à affronter tous ces défis ?
L’Armée populaire nationale a acquis suffisamment d’expérience en matière de lutte antiterroriste. L’expertise de l’Algérie est reconnue sur le plan international. Elle est arrivée à vaincre le terrorisme, mais il existe une deuxième facette sur laquelle les gouvernants doivent  mettre beaucoup de moyens. C’est la lutte contre le radicalisme et l’intégrisme, par la mise sur pied de tout un programme. Ce mal existe malheureusement dans nos écoles. D’où le besoin de revoir les programmes d’enseignement primaire, moyen et secondaire pour les adapter aux ambitions de modernité et de développement de l’Algérie.
Vous avez dit que ces groupes terroristes sont instrumentalisés. Pouvez-vous nous dire par qui ?
Généralement, quand il y a des groupes armés, vous avez à côté des interventions militaires étrangères. Nous avons la preuve que ces groupes sont des supplétifs des interventions militaires étrangères. Des pays font dans la subversion pour occuper et intervenir sur des territoires extérieurs étrangers, et leur première phase, c’est l’installation de mouvements terroristes. Voilà en gros le schéma théorique de ce qui se développe en matière de domination des territoires. Les menaces sont là et elles sont réelles et elles vont prendre de l’ampleur dans l’avenir. Il faut donc se donner tous les moyens pour mettre en place les dispositifs nécessaires contre le terrorisme et la subversion.
Entretien réalisé par Karima Alloun