Hassan Menouar, président de l’association Aman : «Il faut en finir avec le gaspillage alimentaire»

Dans cet entretien, le président de l’association El Aman pour la protection des consommateurs, Hassan Menouar, rappelle que le gaspillage alimentaire est entré dans les mœurs, il estime que pour mettre fin à ce phénomène, il faut mettre fin au système de subvention tel qu’il est conçu aujourd’hui.

Des déchets alimentaires remplissent les poubelles pendant le mois de Ramadhan…
Cela s’appelle du gaspillage. Le gaspillage est un crime économique, un non-sens lié au manque de civisme et à l’éducation. Parce qu’il n’est pas normal avec cette crise économique et financière et la dégringolade du pouvoir d’achat que des personnes jettent de la nourriture et qu’ils remplissent leurs poubelles avec des denrées alimentaires qui ont coûté cher.
Est-il normal d’avoir autant de déchets alimentaires ?
Le problème n’est pas dans le volume des déchets où nous jetons 40% de nourriture, mais dans le fait qu’on se plaint économiquement parlant et en même temps, on jette de la nourriture. Avec la précision que les produits que nous jetons sont subventionnés.
Comment lutter contre ce phénomène?
Nous avons tiré la sonnette d’alarme depuis, et nous avons alerté les autorités. La solution est de ne plus subventionner les produits. Car ce sont les produits subventionnés qui sont jetés. Mais le gaspillage ne touche pas uniquement les produits alimentaires, mais également l’eau et l’énergie. Il y a aussi le gaspillage qui nuit à la santé, car on continue à manger n’importe quoi et n’importe comment et avec des taux de sucre très élevés, un taux de sel et de matières grasses très élevées aussi. Ces excès de tout genre causent des pathologies cardiovasculaires, diabète, obésité et cancer. Cela fait très mal, car quand on n’a pas de santé, on n’a pas d’économie. En outre, il ne faut pas oublier les déchets qui altèrent et polluent l’environnement, comme le plastique et le papier. C’est quelque chose qu’il faut impérativement prendre en ligne de compte. Il faut savoir aussi qu’il y a beaucoup de déchets alimentaires dans les cités universitaires. Il est en effet plus aisé de se rendre compte des pertes en produits alimentaires en voyant les déchets jetés dans les poubelles. En outre, le gaspillage de l’eau et de l’énergie ne sont pas visibles. Le pain est le produit dont on parle le plus, et le ministre du Commerce a estime à 7 millions DA par jour le coût du gaspillage de ce produit subventionné
Vous avez dénoncé de manière récurrente les déchets alimentaires, mais les choses restent en l’état…
J’interpelle les pouvoirs publics sur cette situation de gaspillage pour trouver une solution.
Faudrait-il réinventer une culture de la consommation ?
Le citoyen algérien est ce qu’il est, et les pouvoirs publics doivent prendre des dispositions en rapport avec les habitudes de consommation. Tant que l’Algérien ne paye pas cher les produits, ne leur donne pas leur vraie valeur, il continuera toujours à les jeter. Et si on veut réduire le gaspillage, on doit d’abord revoir le système des subventions.
Entretien réalisé par Fatma-Zohra Hakem