Hausse des prix du papier : Les professionnels de l’édition tirent la sonnette d’alarme

Le Syndicat national des éditeurs du livre (SNEL) a abrité, lundi dernier, en marge du Salon International du livre d’Alger, une rencontre portant sur la hausse des prix du papier. Ce rendez-vous a été animé par Hakim Bahri, directeur de la maison d’édition Bahaeddine.

Le responsable a rappelé que l’édition traverse une période difficile, et le problème du papier se pose à chaque fois. Il explique que la fabrication du livre repose sur plusieurs outils de base, notamment le   papier, importé, dont le prix est fixé par le cours mondial. Selon lui, le prix des feuilles a augmenté trois fois de suite en une année seulement et a atteint les 44 DA/kg. «La dépréciation du dinar et la stagnation du secteur à cause de la situation pandémique, ont affecté la production mondiale des feuilles», dit-il. Le même responsable explique que les plus grands pays producteurs de feuilles blanches sont le Danemark, la Turquie, et l’Amérique. Suivis par de la Chine, qui fixe le prix d’un conteneur de feuilles de papier entre 2.000 et 2.500 dollars, alors que le coup de production peut atteindre les 20.000 dollars à cause de la guerre en Ukraine.
En France et en Allemagne, le coup de production a augmenté de manière sensible. Pour Hakim Bahri, en Algérie, le prix du papier a augmenté à hauteur de 11%, et la rame est actuellement à 800 DA. De même pour l’ancre et les crayons. «Les bateaux transportant les conteneurs sont bloqués sur les quais américains et ne peuvent retourner en Chine à cause de la Covid-19, d’où la grande spéculation», dit-il. «Cette situation affecte le monde de l’édition en Algérie et l’éditeur n’a aucune garantie s’il envisage un prêt», fait-il remarquer. «Par les temps qui courent, c’est le paiement cash qui est exigé avec une augmentation de la taxe d’importation de 20%», précise-t-il.
«Le maillon faible est l’éditeur», se désole l’intervenant. Pour lui, les professionnels de l’édition font face à une véritable crise de papier qui nécessité l’intervention de l’Etat. «Une autre inflation est prévisible à la prochaine rentrée scolaire et touchera principalement les fournitures scolaires, principalement le cahier», avertit l’éditeur qui regrette le retard dans la mise en place du programme portant sur l’enseignement par cahier électronique ou tablette, qui pourrait atténuer un tant soit point l’utilisation du papier. «Les autorités, qui interviennent pour gérer la crise de l’huile de table, devraient faire autant pour le papier», ajoute Hakim Bahri. Cette situation a poussé plusieurs professionnels à éditer à l’étranger. Selon le conférencier, l’édition dans d’autres pays revient moins cher. «J’ai fait l’expérience pendant 6 ans à Beyrouth, où j’ai assuré la distribution au Japon, Russie, Canada et France, alors qu’en Algérie, le système d’importation est difficile, et l’exportation encore plus compliqué», fait-il savoir. Et de préciser qu’à l’étranger, les taxes imposées sont numérisées, alors qu’en Algérie, c’est toujours l’ancien système, à savoir le cachet et la signature.
«Chez nous, un simple agent de la DCP peut fermer votre maison d’édition, d’où l’urgence de l’intervention de l’Etat en subventionnant le papier pour diminuer le coût de l’impression», regrette le même responsable. «Les éditeurs  algériens sont dans l’incapacité de faire face à la concurrence», fait-il savoir. Il évoque le papier entrant dans la fabrication du livre éludant le design, la plaque numérique et autres.  Pour lui, la règlementation en vigueur pose un réel problème. Hakim Bahri aborde un autre problème, celui de la distribution. Il dit craindre le pire pour le secteur de l’édition.
Rym Harhoura