Hayet Kasdi, directrice de la maison d’édition Dar El Amir (Marseille/France) : «J’ai été au bout de mon rêve…» 

Lancer une maison d’édition en France est une mission difficile. Une femme algérienne résidant à Marseille a pensé à ce projet fou et osé dans un domaine qui n’est pas des plus tendres. Hayet Kasdi, cette femme au sourire timide et au regard vif, a transformé son rêve en réalité. Depuis un an, elle fait tourner «la boîte» avec une grande détermination sans jamais baisser les bras devant les difficultés. Un an après la création de la maison d’édition, elle a fait en sorte d’être présente au dernier Sila. C’est chose faite à travers des représentants à elle à Alger. Hayet Kasdi, dont on croit qu’elle ne fait que ça, «lire et écrire», a toujours voulu transmette sa passion aux autres. Avec ce projet qu’elle a mis en place, elle dit vouloir «rassembler», «tisser des liens» et «connaître l’autre» à travers la langue et son contenu, et à travers la culture. Pour cela, le livre est le meilleur et l’incontournable support. Horizons a été à la rencontre de cette femme exceptionnelle.

 
 
Votre maison d’édition Dar El Amir était présente au dernier Salon international du livre d’Alger. Quels enseignements tirez-vous de cette première participation ?
La maison d’édition El Amir est un nouveau-né qui a vu le jour il y a à peine une année. De facto, c’est notre première participation au Salon du livre. Nous avons souhaité être présents et actifs pour apprendre, découvrir et nous faire connaître. Dès que la date du Salon a été annoncée, nous avons contacté les organisateurs qui nous ont conseillés, orientés et facilité les démarches administratives. Je salue au passage leur coopération qui a été magnifique et bénéfique.
Notre bibliothèque est variée. Cela va de l’étude académique au roman et la poésie. Nous étions présents avec quelques-unes de nos œuvres et quelques titres en arabe traduits en français.
J’ai voulu à travers cette participation tisser le lien entre la maison d’édition et les auteurs algériens, et aussi renforcer la relation entre l’Algérie et notre structure qui tente d’être un pont culturel entre les deux rives de la Méditerranée.
Quel retour et quel impact culturel depuis le lancement de la maison d’édition ?
Notre projet est tout récent et notre expérience est entrain de se forger. Après seulement un an d’exercice, nous avons valorisé notre présence en France. Mais pas que, puisque nous avons atteint et sommes en lien avec des écrivains en Europe. Si l’écho de Dar El Amir est arrivé à de nombreux pays arabes, notre ambition est d’approcher des auteurs de par le monde et de toucher un large public. Dans cette optique, nous allons prochainement publier deux écrivains : l’un est indien et l’autre est américain dont le projet de la traduction de leurs écrits est en cours.
Dar El Amir, est-ce un enjeu pour vous ou est-ce une simple aventure culturelle ?
C’est un enjeu. Un enjeu très sérieux dans lequel je souhaite laisser une empreinte dans la sphère de la culture et plus précisément dans le monde du livre, et atteindre le but d’être une source du savoir.
Après mûre réflexion, je me suis lancée. Mais faire le premier pas a été un exploit pour moi. J’ai été au bout de mon «rêve». La création et le lancement officiel de cette maison d’édition sont devenus une aventure. Une belle aventure culturelle dans laquelle je vis ses facettes, avec ses hauts et ses bas.
Le monde de l’édition est dur et complexe, en plus votre projet est monté à l’étranger en accompagnant des œuvres en langue arabe notamment. Comment avez-vous osé ?
Le monde de l’édition est en effet complexe. Il est également dur. Il faut juste croire en sa noblesse et chercher les chemins qui mènent vers la réussite. Je crois que la relation entre les deux cultures orientale et occidentale est une nécessité, et le lien ne passe que par le monde de l’édition et du livre. Le livre est le prophète sacré depuis l’aube de l’humanité et il reste le meilleur moyen ayant pris en charge le rôle de renforcer les liens historiques et culturels entre les humains, les civilisations et les cultures.
Vous publiez dans d’autres langues. Lesquelles ? Pourquoi ?
Notre maison d’édition est en France, et la langue française est la source de notre mission. C’est envers cette langue que nous essayons de mener un débat de civilisation en donnant à la langue arabe un accès académique et littéraire qui lui permettra de trouver sa place dans les librairies et universités à travers le monde. Notre deuxième objectif est l’anglais. Nous avons commencé un projet de traduction dans cette langue à travers un programme de littérature de jeunesse. Plusieurs titres seront présentés à l’enfant, afin d’élargir ses richesses culturelles et ses valeurs humaines.
Vous êtes vous-même écrivaine. Quel est votre parcours ?
Mon parcours comme écrivaine est spécial, si je peux me permettre. J’ai embrassé la plume depuis mon jeune âge, j’ai toujours aimé écrire. Malheureusement, cet amour n’a commencé à voir la lumière que depuis peu de temps. C’était comme une plante qui poussait dans l’ombre. Mon premier roman a vu le jour l’été 2020,«Nos Rideaux», un mois après mon recueil de poèmes «Sanctuaire des sentiments». Mon deuxième roman a été publié en janvier 2021,«La Vague et le hachich». Actuellement, j’essaye de rattraper le temps pour publier mon troisième roman, «Les Larmes du soleil», qui évoque l’histoire de l’Algérie durant la colonisation française et les signes du phénomène Covid-19.
Vous êtes en France depuis quand ? Comment vous vivez cette nouvelle vie loin de l’Algérie ?
Je suis en France depuis 20 ans. Je suis arrivée en 2002 et je ne vous cache pas que c’était difficile et amer au début. J’ai vécu des moments qui restent difficiles au niveau de ma vie émotionnelle. S’éloigner de la patrie reste toujours une blessure en nous, et cette image, je l’ai bien illustrée dans mon roman «La Vague et le hachich».
Quels sont vos prochains projets ?
Améliorer encore plus le projet de la maison d’édition, connaître mieux les rouages et les coulisses de ce nouveau métier que j’ai pris à bras-le-corps.
Nous avons eu écho de votre envie de lancer un magazine culturel. Quel en est le concept ?
J’essaye d’aller de l’avant et de voler encore plus haut et plus loin.Le monde de l’édition possède de nombreuses portes, et l’une de ses portes serait le magazine culturel. C’est un challenge et un nouveau défi pour moi. Ce nouveau projet est une nouvelle aventure captivante qui vaut la peine d’être vécue.
Entretien réalisé par Fayçal Charif
 
 
Bio-express

– Après un baccalauréat littéraire et une licence en histoire de l’Institut des sciences sociales de l’Université d’Alger, Hayet Kasdi devient enseignante après avoir obtenu son diplôme d’enseignante dans le secondaire.

– Elle épouse ce métier avec amour, mais un autre amour, encore plus grand, va la convaincre d’arrêter l’enseignement et de se consacrer à ses enfants et à sa petite famille.
– Elle revient vers un vieil amour : l’écriture. Pour s’occuper, pour se faire plaisir, mais surtout par passion, elle écrit des années durant. Le tout enfoui dans le secret d’une Algérie en souffrance : le terrorisme.
– En 2002, elle s’installe en France avec sa famille. Loin du pays, loin des siens, elle n’a de remède que la lecture, mais surtout l’écriture.
– « Satairouna » (Nos Rideaux), est son premier écrit paru à l’été 2020. Il était dédié à « la femme abandonnée ». La même année, son premier recueil de poèmes« Sanctuaire des Sentiments » voit le jour. Il comprend « les rêves de la femme », puis une étude académique « Les caractéristiques du langage dans les romans de l’écrivain jordanien Mustapha El Garna. En janvier 2021, elle publie son deuxième roman « La vague et le hachich » qu’elle a offert aux « cadavres passagers ».
– Il y a un an, elle créé, et dirige depuis, Dar El Amir pour l’édition et la distribution, basée en France. Un vrai défi pour une femme, qui vit à l’étranger, qui a osé dans le monde de l’édition et qui fait la promotion des langues, entre autres, la langue arabe.
F. C