Ibrahim Omar Mokhtar : «Les Libyens adorent la musique algérienne»

Ibrahim Omar Mokhtar est originaire de Tripoli, en Libye. Il a participé à One Beat Sahara, un programme de résidence musicale qui s’est déroulé en mars dernier à Taghit. Durant un mois, 24 artistes issus des Etats- Unis, des pays du Maghreb et voisins ainsi que d’Algérie ont testé des expérimentations musicales originales ayant abouti à deux concerts. Le premier à Taghit, au niveau du site des gravures rupestres, et le second à l’Opéra d’Alger, après avoir terminé leur résidence à Dar Abdelatif.

Producteur de musique, designer sonore et artiste visuel, Ibrahim Omar Mokhtar considère que les visuels qui accompagnent la musique sont aussi importants que la musique  elle-même. Pour lui, cela apporte «une nouvelle dimension, un autre regard à la compréhension de la musique et permet aux auditeurs de vivre une expérience complète». Il joue et crée de la musique électronique, de la trap, un style nouveau de rap, ainsi que de la musique d’ambiance avec les visuels artistiques qui les accompagnent. La résidence One Beat est, selon Omar, «une grande opportunité pour les musiciens nord- africains de collaborer avec des artistes venus des États-Unis mais aussi entre nous, artistes de l’Afrique du Nord». En effet, il explique que chacun des participants apporte son propre style et le mixe à celui des autres : «De nos musiques traditionnelles, nous créons des fusions et de nouveaux styles musicaux qui peuvent concurrencer les musiques venues d’ailleurs.» Ayant fait pour la première fois l’expérience du désert en Algérie, «même si la Libye en dispose d’un très grand», Omar affirme que Taghit «est un lieu vraiment inspirant avec des gens très chaleureux». Ceci a permis le bon déroulement de la résidence et, poursuit-il, «l’expérience était tellement bonne que nous sommes comme une grande famille aujourd’hui. Taghit est devenue une part de moi».
Cette résidence a mis en évidence qu’en dépit des frontières et des différences de langues ou de culture, «nous avons des idées similaires et des origines que nous ressentons communes. Ce qui nous a permis de bien collaborer et de partager des moments intenses riches en musiques et en émotions», assure l’artiste. Ce qui le pousse à vouloir encore persévérer sur cette voie et collaborer avec les autres participants, en particulier les Algériens, la musique étant «une affaire très sérieuse» à ses vœux. Pourquoi les artistes algériens en priorité plutôt que d’autres ? Eh bien tout simplement parce qu’Omar, comme bon nombre de Libyens, a été bercé par la musique algérienne. «En Libye, il y a beaucoup de personnes qui écoutent et apprécient la musique algérienne. J’en écoute depuis que je suis enfant», indique-t-il. Les artistes les plus populaires dans son pays sont Cheb Khaled et Hasni. Quant à Double canon, Omar précise que «c’est le premier rappeur arabe que j’ai écouté dès mon enfance». Le chanteur, en plus de lui avoir suscité chez lui un intérêt pour le rap, lui a permis de «parler et comprendre le parler algérien». Ce qui fait qu’il désire revenir en Algérie et collaborer afin de créer de nouvelles musiques qui «transcendent toutes les frontières».
Sarra Chaoui