Il y a 72 ans, naquit un musicien singulier chez les Oueld Naïl : Salah a servi durement la joie et s’en est allé avec le sourire

Ainsi va la vie, chaque chose a un début et une fin. Entre les deux, il y a la vie. La vie continue et appartient aux vivants. Les morts, on les enterre et on ne doit pas les oublier. Chez les Algériens, lorsque l’on prénomme un nouveau-né Salah ou Saleha, c’est dans l’espoir de le voir servir la famille ou la société. Cheikh Mohamed Erraïs, lors de la naissance d’un garçon un 1er mars 1950 à Messaâd, il venait de rentrer de voyage où il avait participé à la réunion du bureau de l’Association des ulémas el djazairiyine. Sa joie était immense. Elle était double. Il venait de rentrer au bercail. Il venait aussi d’être gratifié par le Tout-Puissant d’un enfant qu’il avait vu lors d’un rêve. Il lui donna le prénom de Salah-Eddine. Tous les voisins ont participé à une grande «aquiqua». Chez les Ouled Sidi Naïl, on ne rate jamais une occasion pour organiser un festin. Ce n’est pas uniquement la famille Raïs qui a pris en charge les dépenses. Le nouveau-né Salah fut adopté par les Ouled Sidi Naïl. La fête chez cette tribu des Ouled Aïssa dure plus d’un mois dans de pareilles circonstances. Ce sont les premiers signes de porte-bonheur. C’est comme ça qu’il est venu au monde. Il grandira au milieu d’une famille ouverte et conservatrice. Juste après l’indépendance, son père occupe des postes de responsabilité dans l’éducation nationale. Salah, ses frères et sœurs ont bénéficié d’une éducation pleine d’amour et d’un enseignement soutenu. Tous ont pu aller au minimum au cycle secondaire. Durant cette période, Salah avec un groupe de copains, accéda au lycée Bencheneb de Médéa, ex-capitale du département du Titteri, dont Djelfa faisait partie. En internes, ils créèrent le groupe de musique moderne The Naïls Child. Ses membres avaient une certaine expérience acquise au sein des groupes scouts. Salah jouait de tous les instruments. C’est comme ça qu’il a plongé dans le monde de la musique. Le cœur de Salah battait avec le tempo. En 1972, il fut mobilisé pour le service national en sous-officier. Il sera chargé de la section culturelle et de la gestion de la salle de cinéma. Il sera muté au 11e groupement pour la réalisation de la Transsaharienne. Juste après sa démobilisation en 1974, il regroupe ses potes qui acceptèrent la fusion avec les Moon Boys. Salah et ses copains faisaient partie d’un nouveau paysage artistique. Ils chantaient en anglais et parfois en français. Pour faire taire certains détracteurs, ils ont écrit, arrangé et chanté en naïli, ils ont interprété des chansons de Khelifi Ahmed. Chemin faisant et les corps prenaient de l’âge, comme les embarcations qui prennent l’eau mais ne coulent pas, les Moon Boys ont fini par ranger leurs instruments et ne se rencontraient plus qu’autour d’une collation avec beaucoup d’émotion et de nostalgie. Salah avait gardé sa batterie jusqu’au jour où son cœur avait cessé de battre. Le jour de sa disparition, son étoile avait disparu du ciel. Il y a trois jours, lors de son enterrement, il y avait une foule immense. C’est dire combien il fait l’unanimité. Ceux qui sont venus lui rendre un dernier hommage, en guise de reconnaissance, avaient à un moment ou un autre passé d’agréables moments en sa compagnie. D’autres n’ont pas oublié les envolées et les rythmes du jerk.
 J. O. Kheïra