Industrie du cuir : Une relance structurelle plus qu’impérative

Les peaux de mouton collectées durant l’Aïd El Adha constituent une matière première de valeur importante, susceptible, selon certains experts, de booster toute une industrie. Cependant, le manque de maîtrise de la gestionne permet pas à ce segment de décoller, même si le cuir algérien est classé deuxième en termes de qualité, après celui de l’Australie.

Les peaux de mouton récupérées durant  la fête de l’Aïd El Adha peuvent constituer une aubaine économique pour notre pays, étant donné que le cuir, en produit semi-fini, figure parmi les produits exportés par notre pays. Toutefois, les professionnels du secteur de l’industrie du cuir et du textile estiment que cette opération conjoncturelle (collecte des peaux de mouton durant l’Aïd), bien qu’importante en termes de quantités amassées, reste insuffisante. Pour Salah Boulahia, gestionnaire de la tannerie El Atassa, à Skikda, «la transformation du cuir est une réelle richesse économique pour notre pays et une source sûre de devises». On sacrifie, dit-il, «près de 4 millions de bêtes pendant la fête de l’Aïd. Si on parvient à fructifier 20% des cuirs bruts qu’on traite pour disposer d’un produit semi-fini, nous pourrons les exporter, au bout de trois jours, à raison de 4 à 5 dollars US l’unité. Ce qui nous fera des entrées en devises avoisinant les 4 millions de dollars». Les exportations seront plus importantes «si on arrive à fructifier 50% de ces cuirs bruts», poursuit-il.
Dans ce sillage, il rappelle que «le commerce international du cuir représente quelque 43 milliards de dollars». Malheureusement, regrette-t-il, «la part de l’Algérie est devenue quasi inexistante dans le domaine». De l’avis de Boulahia, «si on veut atteindre les objectifs escomptés, il ne faut surtout pas circonscrire l’opération de collecte des peaux uniquement pendant l’Aïd». Il préconise, ainsi, «d’accorder un intérêt particulier au conditionnement des peaux, étant donné que près de 70% de la matière brute récupérée est inexploitable, car non aseptisée ou non nettoyée, alors qu’une partie est trouée lors du dépeçage». Pour ce faire, il préconise l’interaction entre secteurs privé et public.  «Les décharges publiques dans les communes peuvent être un point de dépôt et de stockage avant l’acheminement vers les tanneries», lance notre interlocuteur, qui recommande d’utiliser, pour préserver la qualité de la peaux le sel et l’acide borique.
En bref, Salah Boulahia, qui «peine à lancer son projet d’envergure, en raison des contraintes bureaucratique», estime qu’il est impératif de restructurer la filière cuir qui constitue une des sources de devises dans le cadre des exportations hors hydrocarbures.» Il insiste sur la modernisation du secteur, à travers notamment la mise en place d’une formation adéquate de la ressource humaine. Dans ce sillage, il précise que ce sont «les artisans et les familles qui ont réussi à préserver cette pratique ancestrale».
Il rappelle que la collecte et la transformation des peaux d’ovin et de bovin est l’une des industries les plus anciennes dans le monde. «Notre société est  très versée dans certaines techniques artisanales, depuis la construction, la couverture, la confection de mobilier et d’outillage agricole, la sculpture sur bois, la vannerie et la tannerie du cuir jusqu’à la ferronnerie.» «Le textile et le cuir est une industrie où plusieurs secteurs d’activité doivent s’impliquer», conclut l’expert.
Samira Azzegag