Insécurité routière : La mort au tournant

Il ne se passe pas un jour sans que des morts et des blessés ne viennent allonger la liste des victimes de ce qu’on désigne, à juste titre, comme le «terrorisme routier». Les causes sont multiples et relèvent autant de la psychologie des conducteurs que de l’état des routes et de la signalisation. Face à cette situation désastreuse, les autorités ont pris récemment la décision de suspendre la mesure de retrait des permis de conduire. Il est quelque peu prématuré de faire un bilan pour mesurer ses effets. Dans ce dossier, nous rappelons tout de même l’urgence de prendre en charge cette problématique. Nous  donnons aussi la parole à des gens qui sont des chauffeurs ou des experts en matière de sécurité routière. Tous relèvent la pertinence de la dernière mesure des pouvoirs publics mais estiment, en même temps, qu’elle ne saurait à elle seule constituer la solution miracle pour un fléau dont le coût humain et économique reste effarant.
Le Ramadhan, c’est dans quelques jours et c’est presque dans l’ordre normal des choses que tout citoyen lambda s’appesantit, plus à raison qu’à tort, sur les excès et les extrêmes qui en découlent. Pour des raisons dont il n’est pas besoin d’approfondir les détails, l’une des plus grandes appréhensions des pouvoirs publics est le phénomène de l’insécurité routière, dont les statistiques  établissent d’une année à l’autre une évolution entre 12 et 15%.
Ce n’est pourtant pas faute de l’omniprésence des institutions concernées au vu    de la multiplication des campagnes de sensibilisation et de prévention à tous les niveaux auxquelles sont associés spécialistes de la sécurité routière, universitaires, pédagogues, représentants du corps médical, protection civile, affaires religieuses jusque parfois des…victimes rescapées de graves accidents.   Si à l’occasion d’évènements précis, des chiffres en matière de pertes humaines sont publiés, il n’en demeure pas moins que très souvent, si ce n’est pas toujours, les coûts collatéraux qui avoisineraient, chaque année, la centaine de milliards de dinars en prise en charge des pertes matérielles, des dommages causés aux tiers, biens publics et/ou privés et, au-delà des victimes décédées de celles rescapées et d’une prise en charge financière, sont tus. Pourtant, il serait juste de souligner le poids qu’ils représentent pour les familles et surtout pour le Trésor public.
Comme ils le font régulièrement, les pouvoirs publics ont parsemé l’année 2021 de campagnes de sensibilisation et de prévention dans les écoles, les mosquées, sur les routes. A cela s’ajoute la mise en place de dispositifs renouvelés, perfectionnés qui tiennent compte des enseignements tirés à partir du bilan de l’année précédente. Rien ne semble stopper la dérive, car chaque fois les chiffres et statistiques viennent contrarier toutes les attentes. Les dispositifs successifs de persuasion, de dissuasion, voire de coercition n’ont pratiquement jamais abouti sinon l’effet d’un cautère sur une jambe de bois.
Aux lendemains de violence routière et au moment de crises ponctuelles, des commissions étaient installées et concluaient leurs rencontres par l’annonce de mesures fracassantes. Malheureusement, celles-ci venaient se…fracasser contre les murs d’une résistance inouïe des usagers de la route d’où vraisemblablement l’efficacité que pourrait avoir la dernière (mesure) prise à savoir la sanction par la…poche tant il est vrai que conducteurs et propriétaires de véhicules ne ressentent sérieusement une pénalité que lorsqu’elle pénalise leur budget.
L’idée de la rétention accompagnée de pénalité financière évolutive au lieu du retrait et les facilités déconcertantes de son contournement, voire de son annulation et la gestion chaotique pour ne pas dire carrément burlesque des procédures dévolues aux commissions locales a de très fortes chances de peser, sachant l’effectivité d’une accalmie. Seul, encore une fois, le mois de Ramadhan et les changements de comportement social qu’induit le jeûne sont à même d’en confirmer ou non l’efficacité.
Enfin, selon des analystes, même du temps de la pandémie virale, la diminution du trafic routier pour cause de confinement n’a pas induit une baisse significative  des accidents de la route.
Abdelhamid Lemili