Jeunes artisans : Face aux aléas de la commercialisation

L’artisanat algérien relève d’un savoir-faire qui se transmet de génération en génération. Un patrimoine vivant, entre identité culturelle et héritage collectif, les jeunes artisans qui doivent reprendre le flambeau sont en manque de vitrines pour afficher leurs créations. Nombreux, ne voyant pas de débouchés prometteurs, baissent rapidement les bras.

Poterie, tapisserie, orfèvrerie, menuiserie ou encore dinanderie, l’artisanat est l’âme d’une identité collective. Le cuir, le métal ou encore le bois sont les matériaux les plus souvent utilisés. Jadis, nous dit-on, c’était les femmes qui confectionnaient des objets à base de cuire. Sac à main, coussin, portefeuilles ou encore des cordes, des lacets et des tentes entièrement faites de cuir. Aujourd’hui, ce savoir-faire se perd. Perpétué à travers les âges, le travail du cuir a presque totalement disparu dans l’artisanat algérien. Selon Nadjla, une jeune femme qui confectionne des portefeuilles et des objets à base de cuir de vache à Alger, la matière première est presque introuvable. « Je dois non seulement trouver du cuir de bonne qualité mais également à bon prix pour pouvoir proposer mes créations à un coût abordable », a-t-elle souligné. Elle ajoutera que les objets du quotidien, assez design et contemporains qu’elle fabrique, ne sont généralement pas proposés aux petites bourses. « Je crée des portes-magazines, des tables basses et autres meubles en cuir. Ils coûtent entre 15.000 et 40.000 DA. Le plus gros souci, c’est de ne pouvoir vendre ces créations, alors qu’on se les arrache à l’étranger », dira Nedjla. L’artisane fait savoir qu’avec le manque de plateformes de vente en ligne, les produits artisanaux ont dû mal à être écoulés. Elle ajoutera que les foires d’expositions sont le meilleur moyen de vendre et de faire découvrir leur art. « Ma grand-mère fabriquait des sacs à main et des ballerines en cuir. J’ai hérité de son savoir-faire. Je l’ai développé dans les goûts de l’ère du temps. A mon grand regret, peu de gens en bénéficient et découvrent mes créations », a-t-elle regretté.
Rahim, artisan menuisier, fait de la sculpture sur bois. Il a tout juste 19 ans. Dans l’atelier de son oncle dans la rue Mohamed Zekkal, non loin de la salle Harcha, le jeune artisan déploie ses ailes. Il vient de décrocher une grosse commande pour la réalisation d’une estrade entièrement faite de bois sculptée pour une mosquée à Belouizdad. Rahim a, d’ailleurs, du mal à réaliser. « Nous n’avons que peu d’occasions de faire valoir notre art et notre savoir-faire. J’ai appris très jeune. Mon père était ébéniste et mon grand-père l’était aussi. Je reprends le flambeau aux côtés de mon oncle Hamid qui se charge de me donner des tuyaux », a-t-il confié. Selon lui, peu d’occasions se présentent à eux et il est difficile de vivre de l’artisanat. « Mon grand-père me racontait l’époque où ils fabriquaient des cages d’escalier, entièrement faites de bois sculpté pour les maisons mauresques. Aujourd’hui, le peu d’objets que j’ai l’occasion de créer, je les vends sur internet (Facebook et Ouedkniss) pour me faire un peu d’argent », a-t-il poursuivi. Rahim prend un réel plaisir à sculpter le bois pour en faire des tables, incrustées de coquillages, de style typiquement arabo-musulman. « Financièrement, l’atelier familial a du mal à sortir la tête hors de l’eau. Nous sommes noyés par les charges alors que la demande ne suit pas vraiment », regrette-t-il. Moi qui devrais prendre la révèle, je ne vois pas vraiment comment remédier à la situation, surtout que les moyens de commercialisation sont très restreints.
Narimane, la vingtaine s’adonne à l’art de création de bijoux. Forts d’un héritage ancestral, les bijoux d’argent finement ciselés sont de renommés internationale. La jeune femme décline cet art sous différentes formes. Bracelets, chevillières, fibules, diadèmes ou encore boucles d’oreilles. Elle les agrémente d’émaux, de pierres fines et d’ébène. Ayant participé à plusieurs salons d’artisanat, Narimane espère qu’un jour, elle pourra les commercialiser en ligne pour doubler son chiffre d’affaires. « Dans d’autres pays, les créations artisanales sont vendues comme des petits pains. Je suis universitaire et aimerai m’aider financièrement par des créations artistiques que je commercialise. Or, les temps sont durs et j’arrive à peine à m’approvisionner en matière première », signale-t-elle. La dame espère bénéficier d’accompagnements dédiés aux jeunes entrepreneurs pour lancer son atelier et vivre pleinement sa passion.
Walid Souahi