Journée internationale du bonheur : Les Algériens heureux…quand même

On connaît la recommandation lancée sous forme de boutade par l’économiste américain John Kenneth Galbraith, qui proposait de remplacer le Produit national brut par celui du…. bonheur. Dans notre pays, parler de bonheur en cette journée internationale consacrée à cette douce et enivrante sensation paraîtrait, pour beaucoup, presque un non-sens, sinon une mauvaise blague. Dans les foyers et les espaces publics, on entend que des chapelets de complaintes. Comment être heureux quand la vie est de plus en plus chère, que l’environnement se dégrade et la mal-vie alourdit l’atmosphère ? Dans ce dossier, nous rappelons que la notion de bonheur est avant tout relative. Elle varie d’un pays à un autre, d’une situation à une autre. Le bonheur qui se vit plus qu’il ne se décrit concerne peut-être avant tout l’individu qui, dans le chaos ou le dénuement, peut se créer un univers où il trouve ses marques et son…bonheur. Suivons plutôt ce qu’en disent ceux que nous avons rencontrés et interrogés.

Citez-nous une personne qui refuse d’être heureuse, une seule qui ne cherche pas le bonheur ? Il n’en existe pas. Par contre, il  a ceux qui veulent couper les cheveux en quatre ou chercher la petite bête là où on n’en trouve pas. Ce sont des pessimistes nés qui se lamentent à longueur de journée et qui au final ne sont jamais satisfaits, passant ainsi à côté de la vie faite de peine mais aussi de petits bonheurs. Sauf qu’il reste à définir cette sensation qui transporte, fait un bien fou et vous donne du baume au cœur. Il n’y a pas de recette préétablie, ça vient sans que l’on s’y rende compte.
Des exemples sont là édifiants. En temps de paix, l’humain a tendance à se plaindre de tout et de rien, du soleil qui tape fort ou de la pluie qui ne veut plus s’arrêter, du ciel trop bas au point de donner envie de se terrer quelque part. Mais les comportements changent selon les situations et c’est normal.
Pour rester dans l’actualité brûlante, à quoi peut bien rêver un Ukrainien si ce n’est qu’à rester en vie, lui et sa famille. Il peut tout aussi souhaiter que son président ne suive plus à la lettre les puissances qui l’ont poussé à faire la guerre à l’Ours. Bref, qu’il demande un cessez-le-feu en urgence pour freiner et arrêter les dégâts car la guerre, c’est la laideur, le contraire de la vie, la fin de l’humanisme.
Demander à un jeune père au chômage c’est quoi son rêve, il vous répondra sans hésiter : trouver du boulot. C’est que celui qui travaille ne mesure pas à sa juste valeur la chance qu’il a de gagner sa vie en faisant un travail qu’il a choisi.
Actuellement, les journalistes européens et américains ne doivent pas être heureux, contraints qu’ils sont d’obéir aux ordres et de jouer aux maîtres de la désinformation. Montrer par exemple que les Ukrainiens font de la résistance avec des cocktails Molotov. C’est à mourir de rire si ce n’était pas un sujet aussi dramatique. Ou alors faire de la gymnastique car en même temps, il faut évoquer la résistance et souligner que les réfugiés ukrainiens se comptent désormais en  milliers.
Dur, dur de se retrouver dans un monde aussi impitoyable. Pourtant, on peut être heureux en réécoutant une vieille rengaine du vieux Gérald Lenormand «La ballade des gens heureux», par le simple fait qu’une ZAZ, une jeune talentueuse chanteuse à la voix bizarrement belle, chante en duo cette reprise. Un beau film est en mesure de vous transporter dans les nuages de l’euphorie par le génie de son réalisateur. Idem pour un beau roman qui vous fait voyager alors que vous êtes bien calé dans votre fauteuil ou au bord de la plage. Ce n’est pas merveilleux la vie.
En Algérie, en a tendance à se plaindre de la cherté de la vie, du beau temps, de la fréquence des séismes mais un but de Mahrez, un geste technique de Youcef Belaili ou un but raté de Bounedjah, nous font du bien, nous font rire. Que dire alors d’un sacre de l’équipe nationale de football qui jette dans les rues de tout le territoire national, des fans heureux.
Avec un bol de loubia par forcément chez le Roi, on  peut avoir les même sensations de joie et de bonheur qu’avec un plat mijoté par un chef étoilé. Ceci est valable pour plein de choses de la vie. Tout est  question d’une vision de la vie. En un mot, de  philosophie.
Abdelkrim Tazaroute