Journée mondiale de l’eau : Algérie, le temps du dessalement

Il y a une trentaine d’années, on ne parlait pas de dessalement dans notre pays. Sans être copieusement arrosée par les pluies, l’Algérie ne connaissait pas le manque angoissant d’eau potable. Depuis, les changements climatiques sont passés par là et les besoins de consommation des ménages et de l’agriculture ont surtout augmenté. Les pouvoirs publics et citoyens se sont, depuis, familiarisés avec le stress hydrique, un autre mot qui a fait irruption dans le débat. Pour pallier le manque de ressources, les autorités se sont tournées, comme dans d’autres pays, vers le dessalement d’eau de mer et la construction de barrages dont le nombre a augmenté ces vingt dernières années. Dans ce dossier que nous avons élaboré, des experts rappellent les termes de la problématique de l’eau qu’ils déclinent en chiffres précis et expliquent ses enjeux.

A l’instar d’autres pays, l’Algérie a célébré, ce lundi, la Journée mondiale de l’eau instaurée depuis 1993.Une occasion pour faire le point sur les réalisations et surtout évaluer les politiques engagées en tenant compte du 6e objectif du millénaire de développement durable : eau propre et assainissement pour tous d’ici à2030. Pays aride, l’Algérie fait face aux aléas climatiques et souffre de plus en plus d’un  stress hydrique. Avec la rareté des précipitations, la ressource hydrique est de plus en plus rare. Il suffit de relever le  niveau de remplissage des barrages.
Avec une potentialité hydrique estimée à 18 milliards de mètres cubes par an, soit un ratio de 420 m3/habitant/an en 2020,  notre pays se situe dans la catégorie des pays  pauvres en ressources hydriques au regard du seuil de rareté fixé par la Banque mondiale  et estimé à  1000 m3/h/an. Une  nouvelle étude de l’Institut de prospection économique en Méditerranée (Ipemed) a relevé nos vulnérabilités. L’Algérie y  est classée, dans le pourtour méditerranéen, parmi les pays les plus exposés à long terme au phénomène de stress.
Avec la  courbe  descendante de ses potentialités, les pouvoirs publics et les experts prônent la rationalisation de l’utilisation de l’eau. La lutte contre le gaspillage est le mot d’ordre public. Cette problématique au menu de nombreux Conseils des ministres a pris un caractère prioritaire.
L’enjeu est d’assurer à tous l’eau de manière équitable et sans perturbations cycliques. Avec l’été qui pointe à l’horizon, des solutions drastiques devront être trouvées pour que l’eau potable coule des robinets dans un contexte où l’hiver n’a pas été assez généreux. Pour faire face au stress hydrique, la stratégie adoptée par le secteur des ressources en eau est de réduire le recours aux ressources hydriques conventionnelles et d’opter pour l’eau dessalée qui se révèle incontournable pour combler le déficit en eau.
Le président de la République a donné une instruction pour renforcer les capacités en matière de dessalement avec pour objectif de voir celui-ci constituer50% de la production nationale, d’ici à 2030. Dans la feuille de route du secteur, figure aussi le renforcement des capacités de stockage des barrages. Devant la commission des finances et du budget de l’APN, le ministre des Ressources en eau et de la Sécurité hydrique, Karim Hasni, a fait savoir, lors du débat sur le projet de loi de finances 2022, qu’après la  réalisation de cinq nouveaux barrages le nombre de ces derniers atteindra 85 et 139 en 2030. M. Hasni a également fait état d’une étude portant sur 34 sites potentiels pouvant abriter des barrages d’une capacité de 2,6 milliards de mètres cubes et l’identification de 300 sites pour la construction de petits barrages d’une capacité de stockage de 12 milliards de mètres cubes à l’horizon 2030. Une des stratégies mises en place pour assurer la mobilisation de l’eau et sa distribution équitable reste  le transfert d’eau. Le pays est maillé de grands barrages qui forment des connexions et un des mégaprojets demeure celui d’In Salah-Tamanrasset qui doit développer le long de son parcours l’agriculture et faire surgir des espaces de vie.
Wassila Ould Hamouda