Journée mondiale de lutte contre le tabagisme : Quand la santé part en fumée

Comme chaque année, le monde célèbre le 31 mai la Journée mondiale de lutte contre le tabagisme. Ce dernier est le deuxième plus grand fléau en termes de mortalité, avec plus de six millions de décès de personnes par an, dont 600.000 sont des non-fumeuses.

Cette journée a été décrétée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1987, afin de sensibiliser sur le risque du tabac qui est le premier facteur de risque de cancer. Le thème retenu pour cette année est «Le tabac, une menace pour notre environnement». Ce thème a été choisi pour mettre en évidence l’impact environnemental de l’ensemble du cycle du tabac, depuis la culture, la production et la distribution, jusqu’aux déchets toxiques qu’il génère, selon l’OMS. Dans son message, Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, a lancé un appel aux gouvernements africains pour qu’ils imposent des taxes environnementales sur le tabac dans toutes les chaînes de valeur et d’approvisionnement, notamment la production, le traitement, la distribution, la vente, la consommation et la gestion des déchets. Pour les pays producteurs de tabac, l’OMS s’engage pleinement par son soutien pour aider les agriculteurs à passer à d’autres cultures. En Algérie, le tabagisme est la cause du décès de quelque 15.000 personnes par an et d’environ 35% des cancers diagnostiqués. Selon les différentes enquêtes réalisées par le ministère de la Santé, 16% des personnes parmi la catégorie d’âge allant de 18 à 65 ans s’adonnent au tabagisme, tandis que 8% des personnes de cette catégorie consomment la chique.
Le Pr Salim Nafti, spécialiste en pneumo-phtisiologie, considère que le tabagisme est le premier ennemi public, puisque ses dégâts sur la santé ne sont plus à démontrer. Il a rappelé que plus de 50% des fumeurs meurent des effets directs ou indirects du tabac. Même si l’on sait que c’est nocif, on continue de fumer. «En 2022, il est interdit de ne pas connaître les conséquences désastreuses du tabac sur la santé et l’environnement», a-t-il dit. En plus des effets sur la santé, les dépenses qu’engendre la prise en charge des malades sont faramineuses. Malgré tous les efforts de sensibilisation et de prévention, les chiffres ne font qu’augmenter. La solution, pour lui, sera de renforcer les mesures répressives. «Fumer est un acte qui tue, alors je me demande pourquoi on continue de le faire», s’est-il interrogé.
Le Pr Belkacem Chafi, membre du comité de lutte anti-tabac au ministère la Santé et chef du pôle mère enfants au CHU d’Oran, a rappelé que le tabac a des effets sur la procréation. Chez les femmes, la ménopause est avancée de trois ou quatre ans. En Algérie, pour des raisons inconnues, beaucoup de jeunes filles souffrent de ménopause précoce. Pour le Pr Asma Kerboua, cheffe d’unité au service oncologie médicale du Centre Pierre et Marie-Curie, à Alger, le tabagisme des enfants est un réel problème. Leur avenir, a-t-elle poursuivi, est menacé si rien n’est fait. Le nombre d’enfants qui fument ne cesse d’augmenter d’année en année. Selon une enquête de l’Institut national de santé publique, 11% des enfants âgés entre 6 et 11 ans fument 7 à 10 cigarettes par jour, alors que 13% des collégiens fument  10 à 11 cigarettes par jour.
Samira Belabed