Journée nationale de l’artiste : Cette étoile filante ….

L’artiste. Ce mal-aimé. Car, est-il juste qu’il faille attendre ce 8 juin qui revient chaque année pour l’évoquer, le congratuler, le reconnaître et lui reconnaître ses talents, sa force, sa part dans l’échiquier culturel ? Lui, pourtant, c’est toute l’année, des années durant, qu’il s’échine à nous faire plaisir, nous faire rire, pleurer, nous émouvoir, quoi, à tous les coups. Bien sûr qu’il a enfin de la considération, ce statut de l’artiste qui n’en finit pas d’être construit, une carte de l’artiste, une  sécurisation… Mais un artiste c’est fait pour faire vivre un pays culturellement, l’épanouir, le représenter sous d’autres cieux, hisser ses couleurs aux quatre coins du globe, unir pour le meilleur et pour le pire, partager avec l’autre en rassemblant dans la différence… un ambassadeur porteur de paix et d’amour. L’artiste c’est celui qui a chanté, écrit, joué… s’est exprimé avec son arme à lui, tout bonnement en portant la flamme de la libération du pays. C’est lui qui a fait traverser au patrimoine national des kilomètres de frontières. C’est lui le compagnon des bons et des mauvais jours. Révolution, catastrophes naturelles, sinistres, et tout dernièrement la pandémie de la Covid-19…L’artiste sème la vie à bout portant. Même virtuellement. Sans l’artiste, la vie n’est pas. Et faut-il encore le laisser mourir à petit feu lorsque la retraite sonne le glas ? Le laisser mourir tout court sans porter son nom haut et fort partout là où il résonnerait à l’éternité ? Au-delà du 8 juin, il y a et il y aura l’artiste.

De tout temps, le statut de l’artiste et sa place dans les sociétés ont été remis en question. Qu’il ait été troubadour, écrivain, chanteur, comédien ou, plus contemporainement, technicien, l’artiste a longtemps souffert de marginalisation. Et pourtant, son rôle dans la construction de la société, ses multiples combats pour la liberté et l’indépendance et son implication dans la création et la préservation de la mémoire ne sont plus à prouver.
En Algérie, de nombreux artistes ont payé de leur vie leur passion dévorante pour la nation qu’ils ont mise au cœur de leur création artistique. Ce sont des célèbres et moins connus chanteurs, écrivains et poètes qui ont œuvré toute leur existence durant pour la bonne cause. Une noble quête qu’ils finiront par honorer en se sacrifiant face à l’ennemi, l’obscurantisme et les ténèbres. Emportant leur verve avec eux, subsisteront néanmoins leur amour de la patrie, leur abnégation, leurs créations, mais surtout leur mémoire. Ce sont des martyrs de l’art, des sacrifiés sur l’autel de l’ignorance, des illustres noms dont le combat ne saurait être vain.
Des Ali Maâchi, Mouloud Feraoun, Réda Houhou et d’autres moins connus qui périront avec toute leur superbe entre les lâches mains de la colonisation française. Pour rendre justice à leur ultime sacrifice, plusieurs hommages ont été rendus à ces artistes à titre posthume. Baptisation à leurs noms d’écoles et de rues, impression et diffusion à large échelle de leurs ouvrages, tenues de conférences pour faire vivre leur mémoire ou encore création de prix pour que puisse voir le jour la relève. Ali Maâchi est d’ailleurs le nom attribué au Prix du président de la République à sa mémoire. Il récompense, chaque année, les jeunes créateurs algériens ayant marqué la scène culturelle et artistique. De même, c’est afin de rendre hommage à Maâchi qu’a été décrétée la Journée de l’artiste, le 8 Juin, date anniversaire de son assassinat. Mais plus qu’au martyr de la Révolution, c’est à l’artiste et à tous ses semblables qu’est rendu un hommage en cette date forte en symbolique.
Ces artistes, dont le statut aura connu bien des avancées, discrètes certes, et qui méritent encore plus d’intérêt au vu de son rôle crucial pour la société et l’éducation des jeunes. Qu’il exerce son art à des fins thérapeutiques, purgatives, cathartiques, dénonciatrices ou tout bonnement alimentaires, l’artiste peut être apparenté à un médecin de la société. Un médecin dont la propre santé n’est pas au beau fixe et qui mérite que l’on se préoccupe un peu plus de son sort, pour le plus grand bien de tous.
Sarra Chaoui