Kamel Kheffache, expert en développement socioéconomique : «Il faut un dispositif exceptionnel pour assurer la pérennité de la PME»

L’expert en gouvernance et en développement socioéconomique, Kamel Kheffache, souligne dans cet entretien l’importance, voire même l’impératif de densifier le tissu industriel, précisant que la PME est la pierre angulaire du décollage économique auquel aspire le gouvernement.

Les économistes s’accordent sur le fait que la PME doit être au centre des politiques économiques et constitue même l’instrument privilégié pour un développement économique durable…
Absolument, la PME est la pierre angulaire du développement économique d’un pays, et particulièrement quand il s’agit d’un pays en développement, comme le nôtre. Elle doit être au centre des préoccupations des politiques de développement économique et constitue un levier de premier degré pour assurer un développement économique durable et responsable à l’effet d’instaurer une stabilité sociale équitable. Il faut avouer que depuis le début des années 1990, le secteur algérien de la PME a bénéficié de plusieurs mesures incitatives pour son soutien et sa promotion, mais malheureusement, malgré les budgets faramineux qui ont été alloués, les résultats escomptés ont été et demeurent toujours très insuffisants. La loi relative à la l’investissement de 1993, amendée plusieurs fois depuis, avait consenti de nombreux avantages fiscaux, parafiscaux et financiers, la création d’un ministère de la PME dans les années 2000 et la mise en place d’un fonds de garantie au profit des PME ont permis l’émergence d’un secteur privé, mais très fragilisé en raison de sa dépendance, comme tous les autres secteurs, à l’évolution des revenus de la rente des hydrocarbures, ce qui a rendu difficile son développement, et sa faible contribution à la croissance du PIB.
Pensez- vous que le nouveau code des investissements est en mesure de mettre en place des mécanismes à même de donner un élan aux PME?
Certainement, le nouveau code des investissements, approuvé lors du dernier Conseil des ministres, contribuera sans doute à l’amélioration de l’environnement des affaires au sein du secteur de la PME. La lutte contre la bureaucratie, la création de guichets uniques décentralisés et la mise en place d’une plateforme numérique pour l’enregistrement des projets d’investissement de création, d’extension des capacités de production ou de réhabilitation initiés par les PME et le suivi du processus, depuis l’intention d’investissement jusqu’à la mise en exploitation et l’entrée en activité, permettront une relance économique qui contribuera à la création de richesses hors hydrocarbures, à l’augmentation de la part du secteur de l’industrie dans l’augmentation du PIB et à l’absorption du chômage de manière significative.
Faudrait-il adopter une approche territoriale pour une meilleure répartition géographique des PME  et sectorielle afin d’assurer la diversification de l’économie ?
En effet, l’adoption de l’approche territoriale permet d’avoir une répartition géographique et sectorielle des PME de façon équitable. Il faut savoir que l’approche territoriale permet de mettre l’accent sur les territoires en tenant compte des spécificités de chaque territoire et des ressources que renferme chacun d’eux. Cette approche permet d’impliquer les acteurs locaux de manière participative et inclusive pour garantir un développement économique local durable et par conséquent atteindre les objectifs du développement économique national durable. Pour ce faire, il faut réaliser des diagnostics territoriaux en révisant le schéma national d’aménagement du territoire et adopter des politiques publiques adaptées à chaque territoire.
La densité entrepreneuriale reste  faible, à savoir 15 PME pour 1.000 habitants. N’est-il pas nécessaire de consolider les dispositifs d’aide et d’accompagnement  destinés à créer plus de PME?
A mon avis, pour créer une dynamique de développement et créer des PME viables, il faudra instaurer un environnement favorable pour assurer d’abord la relance des activités des PME existantes afin d’instaurer un climat de confiance entre les intervenants dans leur soutien et leur accompagnement pour améliorer leur compétitivité et inciter les porteurs de projets à oser se lancer dans le monde de l’entrepreneuriat. Pour ce faire, il est fortement recommandé de consolider et renforcer les dispositifs actuels dédiés à la création et à la promotion des PME et surtout penser à la mise en place de dispositifs exceptionnels anticipés, permettant d’assurer la pérennité des PME traversant des situations de crises conjoncturelles.
Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda