Karima Haddar, artisane : L’alchimiste de la courge

Karima Haddar est une jeune algérienne, mère de trois enfants. Auto-entrepreneure, elle s’est lancée seule dans l’aventure de la création artisanale. Parmi toutes les possibilités qui se sont offertes à elle, elle a décidé de réaliser de la sculpture. De la sculpture, oui, mais sur un support pour le moins inattendu.

Plutôt que sur du bois ou du liège, elle a choisi un matériau habituellement réservé à la consommation. Un fruit, scientifiquement parlant, mais communément pris pour un légume, de forme ronde ou oblongue, qui répond à toutes les caractéristiques du bois en ce qui concerne son utilisation et sa tenue. Il s’agit de la courge, faisant partie de la famille des cucurbitacées. Un peu à la manière de la bonne fée de Cendrillon transformant la citrouille en carrosse, Karima, avec sa baguette magique, sublime les courges ordinaires en de merveilleuses lampes illuminant tout un chacun.
Plus précisément, ce sont les gourdes qu’elle travaille et qui, une fois séchées au bout d’une année, deviennent semblables au bois. Alchimiste des temps modernes, elle transforme la courge en bois et c’est alors que Karima, dotée de plusieurs outils et de son imagination, vient trouer, percer, dessiner, sculpter sur cette courge.
Pour elle, la courge ne présente que des avantages, facilement cultivable et utilisable de la graine à l’écorce extérieure, ce fruit est également très beau visuellement. Sa couleur est attirante et sa texture malléable à souhait. Elle devient pâte à modeler ou argile sous les mains de cette passionnée. A ses débuts, elle a d’abord commencé par dessiner simplement dessus, puis, avec le temps, elle s’est aventurée à les trouer et percer et enfin lui vint l’idée d’incorporer de la lumière au cœur de ses créations les rendant ainsi des abats jours et lampes de chevets uniques et originales. Elle s’occupe de la création de ses œuvres du début à la fin. Entre la collecte, le séchage, la sculpture, peinture et même le placement de la lumière pour enfin les offrir à la vente. Lorsqu’elle débute son travail, son inspiration n’est autre que Dieu, la nature, ses enfants et son propre côté enfant qu’elle laisse s’exprimer librement. Elle-même appréciant les formes et les petites choses délicates, elle essaie de reproduire cela dans son travail appliqué. Selon la forme et la taille de la gourde, elle y passe des journées voire des semaines entières tout en jonglant avec son quotidien de maman.
Pour la plupart de sa clientèle, ces lampes renvoient à la nostalgie d’antan rappelant les sendou des grands-mères. Maintenant qu’elle maîtrise assez bien sa technique et son domaine de prédilection, elle s’attelle à la formation de quelques personnes pour leur transmettre ce savoir-faire afin qu’il ne s’éteigne pas. Elle désire par la même créer son propre atelier et s’agrandir à échelle quasi industrielle afin d’exporter ses produits vers l’étranger. Karima est bien consciente qu’il s’agit d’un pari fou dans lequel elle se lance, mais elle se répète pour elle-même et ceux qui douteraient de ses capacités que «si l’on n’ose pas, nous n’avancerons pas dans la vie». Certaine du succès de ses créations à l’étranger au vu de leur prix battant toute concurrence et de leur originalité, elle persévère sur la voie de la réussite illuminée par sa motivation et sa bonne volonté.
Sarra Chaoui