Khaled, sculpteur autodidacte : «Un métier, ça se vole»

La sculpture de métal consiste en trois types. Le métal repoussé est le plus facile à manipuler. Le bas relief nécessite le martelage et le réchauffage du métal. L’on trouve aussi le ciselage des ustensiles. Ce sont des détails que Khaled Taleb, artisan socialisé en métal repoussé, livre lors d’une rencontre dans son box aux Nouvelles arènes à Oran. L’artisan autodidacte évoque les ficelles d’un métier qu’il a «chopé» sur le tas. Aujourd’hui, la sculpture l’absorbe et le passionne à fond. «Je suis spécialisé en cuivre repoussé et à défaut de trouver cette matière rare, je me rabats sur l’aluminium», précise-t-il. Dans son étroit box, Il façonne, avec finesse, les feuilles d’aluminium sur un support plus ou moins allégé, tels le bois, le liège ou encore le carton. «Cela permet à l’artisan de sculpter l’œuvre. En plus, c’est facile à offrir et à transporter par les touristes. On peut utiliser une feuille d’aluminium d’un dixième, de deux dixièmes ou de trois dixièmes», complète-t-il. Ses principaux outils sont le marteau et le poinçon. «On peut travailler la face et la contre-face et donner du relief à l’œuvre avec un simple stylo ou un tournevis», précise-t-il. Pour l’éthique de l’œuvre, Khaled utilise des oxydes. «Cette couleur sombre, qui met en exergue la forme du dessin, est obtenue des effets des oxydes appliqués», explique-t-il. Khaled s’inspire énormément du patrimoine, très riche et intarissable, de la ville d’Oran. «Vous voyez ce tableau, il s’agit d’une scène qui s’est passée à Oran en 1956. Les anciennes photos de la ville m’inspirent beaucoup. En revanche, il y a d’autres œuvres qui sont une composition que j’ai réalisée moi-même», poursuit-il.
La tauromachie, matador, voile rouge, taureau et arène, sont des sujets qui reviennent souvent dans les tableaux de Khaled. Aussi, les sites historiques, notamment les somptueux édifices, ont-ils été reproduits sur le métal maté.
Lui qui est commerçant ambulant à la base, a décidé, en 1998, de suivre l’instinct et son penchant pour l’artisanat. Le déclic s’est produit lorsqu’il était en visite en Tunisie, où il a eu l’opportunité de rencontrer des artisans travaillant le cuivre. «Je leur ai demandé de m’apprendre les ficelles du métier. Ils m’ont répondu qu’un métier ça se vole, ça ne se donne pas ! À partir de quelques photos prises des artisans dans leurs ateliers, j’ai appris à sculpter», raconte-t-il. L’artisan autodidacte a eu l’occasion de participer à plusieurs expositions à Oran, que ce soit avec des tableaux en métal repoussé ou des sculptures sur plâtre, dont les fameux lions d’Oran. Cependant, Khaled n’a pas pu exposer en dehors de la wilaya. Il regrette le fait qu’il n’y ait pas d’école pour former les jeunes et leur transmettre les techniques de ce métier artisanal. «Je suis prêt à leur transmettre mon savoir-faire sans qu’ils le volent», ironise-t-il, tout modeste.
 A. M.