Kherrata, 8 Mai 1945 : Plaies du cœur et mémoire de sang 

Kherrata, en ce lundi 9 mai 2022, il fait toujours printemps. Un printemps qui ne revient que plus beau. Le soleil brille. Des nuages d’une blancheur immaculée se détachent du ciel bleu au-dessus d’un beau paysage de montagnes à contempler sans modération. La verdure est partout. Les lieux et les endroits sont colonisés par la végétation. Les arbres bourgeonnent. Parfum d’arbustes et d’arbrisseaux.

Il y a 77 ans, un autre printemps. A la même date, Kherrata sentait le sang. Pour avoir été le théâtre de cruauté sans bornes. Ce jour-là, des massacres à grande échelle ont lieu dans cette localité de l’est du pays. Dans les esprits et les cœurs…les plaies ne sont pas cicatrisées. Les blessures ne sont pas oubliées et nullement enfouies dans les secrets de la mémoire. On y pense toujours. Mais pour comprendre ce qu’il s’est réellement passé, il faut remonter le temps et revenir à l’Histoire. A 90 ans, Saïd Allik, l’un des derniers survivants du «grand crime», n’a rien oublié de ce qu’il a vécu. Il avait 12 ans à l’époque. Il aura tout vu et tout éprouvé. Même si les jambes déroutent, la tête n’a pas bougé. Il s’en souvient comme si c’était hier. Des souvenirs plus vieux qu’un vieux baobab. Avec des mots tristes et un cœur lourd, il rappelle les peurs qu’il raconte avec des pleurs. Au fin fond de ses tréfonds, il sait qu’il est important de raviver et revivifier ces effroyables journées de Mai 1945pour que nul n’oublie. Récit.
Mardi 8 mai 1945. C’est jour de marché. Un habitant de Kherrata rentre de Sétif, il raconte que ses habitants avaient organisé une marche. Kherrata, à son tour, organise une marche similaire à celle qui a lieu dans la ville voisine, Sétif. La gendarmerie française ne tarde pas à intervenir pour disperser les habitants du centre-ville, mais ce n’est que partie remise. Les manifestants conviennent de se retrouver le lendemain devant le pont de la ville. Ce qui va être fait ce 9 mai, lorsque la population manifeste et scande de nombreux slogans appelant à l’indépendance de l’Algérie. Leur voix à l’unisson porte : vive l’Algérie, libre et indépendante. Cri que reprend comme ce jour-là Saïd Alik, son regard se promène dans les coins et recoins de sa mémoire. Il précise : «Pour l’administration coloniale, cela est inadmissible et perçu comme un appel à l’insurrection. D’autant que d’autres manifestants rejoignent le cortège. Une fois à la place centrale de la ville, les manifestants sont accueillis par des coups de feu des soldats français qui sèment la mort. Le chef du bureau de la poste de Kherrata tire le premier.» Saïd dit alors que l’assassinat du jeune marcheur, Chibani El Kheir, provoque immédiatement la grogne générale et signe «le début de la répression, donnant libre cours aux tueries aveugles en haut de la route longeant les gorges de Kherrata et le centre-ville. Hommes, femmes et enfants sont massacrés par les soldats français». Suite à cet acte abominable, la manifestation dégénère. Des manifestants chargent contre certains bâtiments administratifs dont celui de la poste et allument des feux devant et à l’intérieur de la bâtisse. «Une véritable déclaration de guerre contre la population, avec déploiement d’un arsenal de répression acharné.»
Une vie renversée et bouleversée…
Saïda vu mourir des dizaines de ses compatriotes, jetés vivants dans les gorges profondes de Chaâbet Lekhra. Certains balancés depuis les bennes de camions militaires directement dans l’oued, d’autres subissent le supplice de la mort avant de finir dans le ravin. Le martyre pour Saïd. Il assiste à la mise à mort de toute sa famille : ses parents, ses deux frères et sa sœur âgée à peine de quatre ans. Ils sont tous froidement assassinés. Saïd a la vie sauve. Il poursuit son récit : «Les soldats ratissent tous les hameaux, tuant et incendiant sans ménagement. Je dis à ma mère qu’ils vont venir d’un moment à l’autre. Elle nous demande de partir illico presto. Toute la famille fuit la maison et atteint la zone de la carrière mitoyenne. A ce moment-là, je reste caché derrière un rocher. Je vois mon père, ma mère, mes deux frères et ma sœur se faire abattre, l’un après l’autre. Le chef des soldats intime l’ordre de les tuer. C’est fait sans pitié et sur place. L’horreur !» Saïd enchaîne : «Au bout de 10 minutes, je sors de ma cachette et je me dirige vers la montagne, où je reste une semaine sans boire ni manger.» Saïd est un gamin de 12 ans. Il tient à passer un message fort à tous les jeunes : «Il faut préserver l’unité nationale ; ne pas laisser tomber le flambeau et ne jamais songer à quitter le pays. Anotre époque, nous mangions un jour sur deux et nous n’avions jamais pensé à quitter le pays.»
Mohamed El Hadi Cherif de Sétif s’en souvient aussi. Il a encore en tête certains détails des massacres du 8 Mai 1945, depuis ses 100 ans. Il se souvient que des milices sont dépêchées pour exécuter des civils. «C’est une véritable guerre. Le nord de Sétif est le théâtre de crimes abominables», se rappelle-t-il.
Gorges… paysages féeriques, histoire tragique
Les gorges de Kherrata sont un site naturel transformé en un lieu de massacres où se répètent des scènes d’une grande violence. Femmes et hommes sont jetés de sang-froid au fond du ravin, morts ou vivants. L’Association des victimes du 8 Mai 1945 commémore tous les ans ces massacres. Une stèle en hommage aux disparus domine le site. L’endroit est glaçant. Effrayant. Il semble habité en permanence par les esprits des morts. Sur place, les travaux d’un nouveau pont se poursuivent sans détruire le pont Hannouz — du nom de cette famille de Kherrata, totalement décimée. Cet ouvrage demeure un patrimoine historique, témoin des crimes coloniaux français odieux.
Hennouche Mohamed, lui, a juste 11 ans lorsque les massacres sont commis. Il décrit ce qui s’est passé en ce jour de mai 1945 et au-delà : «20 jours durant, nous vivions l’enfer. Un déchaînement d’horreur s’abat comme une avalanche sur la ville. Les massacres ne veulent pas s’arrêter. Torture, emprisonnement, agressions physiques, personne n’y échappe. » A l’exception de l’enfant Hennouche, épargné à cause de «mon jeune âge», croit-il savoir, sans en être certain, car de plus jeunes que lui sont exécutés de sang-froid. Mohamed se souvient aussi que Hannouz Arab, médecin à Kherrata, est l’une des premières personnes à en faire les frais. Il raconte qu’il a été jeté dans le ravin de Chaâbet Lakhra après avoir été sauvagement torturé. «Ses deux enfants subissent le même sort», raconte-t-il. Il ajoute que de nombreux Algériens sont jetés vivants du haut du pont de Chaâbet Lakhra, pieds et poings liés à l’aide de fil barbelé. «Beaucoup de morts. La France n’est pas un havre de paix. C’est un pays criminel… Il est l’auteur d’un crime contre l’humanité qui n’a été commis nulle part ailleurs dans le monde. C’est une répression féroce et longue», indique l’octogénaire. Pour sa part, le président de l’Association sauvegarde de la mémoire de la commune de Kherrata, Messabhi Saïd, ancien moudjahid, rapporte : «J’avais 10 ans. Deux ou trois jours après le 8 Mai, les soldats français rassemblent tous les habitants sur le pont de la ville. Quelques minutes après, nous entendons des coups de feu. Pris de panique, nous prenons la fuite. Mais pas pour longtemps. Les soldats nous rattrapent et nous somment de sortir de nos cachettes rapidement et de rejoindre le rassemblement sur le pont. Une femme enceinte, qui a eu peur, finit par accoucher sur les lieux.» Il dit que 107 exécutions sont enregistrées en une seule journée à Takerkart, à 4 km au nord de la commune de Bouandas. «Je n’ai que l’information sur ce qu’il s’est passé réellement dans cette localité. Il y a des gens sur place qui peuvent vous donner plus de détails. Ce que je sais, c’est qu’il y a eu des massacres. Des femmes enceintes sont lâchement tuées.» Massabhi Saïd se rappelle aussi de l’engagement du militant du PPA/MTLD, Hanouz Arab, dans la prise en charge sanitaire de la population de la région, notamment la vaccination des enfants. Il dit que celui-ci sera torturé avant que son corps ne soit jeté dans les abysses du ravin des gorges de Chaâbet Lakhra.
Kherrata, en ce 9 mai, il y a 77 printemps. Il est mis en place une répression d’une sauvagerie inouïe jusqu’au bombardement des populations civiles. Dans les esprits et les cœurs, les souffrances perdurent. La vile pleure toujours ses enfants, torturés, massacrés et sauvagement mitraillés par des soldats enragés. Les survivants gardent les stigmates des horreurs subies. Ils se donnent rendez-vous chaque année, en passeurs de mémoire, pour commémorer le 8 Mai 1945. Une date et une journée à jamais gravées dans leur mémoire. Ils en connaissent le prix. Kherrata s’en souvient. Les jeunes doivent savoir…
Passeurs de mémoire
Kherrata est une ville chargée d’histoire. Une histoire de révolutions et de révoltes réprimées dans le sang par l’administration coloniale. «Tout ce que nos aînés ont bâti au cours de leur vie ne va pas disparaître avec eux. La transmission intergénérationnelle des valeurs d’engagement trouve son plein sens chez la population», confie Nacer Danoune, enseignant au primaire à la retraite. Il estime que la «ville des cimes et des abîmes» a tout donné à l’Algérie. «Nous n’avons pas attendu Novembre 1954pourrevendiquer notre liberté.» Il poursuit : «Le nationalisme n’a jamais disparu de Kherrata. C’est une idée fortement enracinée.» «L’amour du pays et l’attachement à l’Histoire sont transmis aux générations montantes. Il n’y a jamais eu de conflits de générations. Notre Histoire est et sera soigneusement préservée. La société ne s’est jamais désengagée de son patrimoine historique», soutient-il. La commune dispose de son propre musée du moudjahid. Il est situé dans une ancienne église. On y trouve des collections de photos et d’objets divers en relation avec les événements du 8 Mai 1945 et la guerre de Libération. On peut y découvrir des effets vestimentaires militaires des combattants pendant la guerre, d’anciennes armes ayant servi dans des batailles, des instruments et autres outils utilisés par les moudjahidine.
Rencontré au centre-ville, un sexagénaire rend hommage à ses aînés : «Je suis né en 1959.Mais je connais presque tous les détails du8 Mai 45. En plus de ma documentation, des gens qui ont vécu durant cette époque m’ont raconté tout ce qui s’est passé. On m’a appris que des massacres abominables ont eu lieu, des hommes, des enfants et des femmes sont jetés dans le ravin des gorges, morts ou vivants et que des maisons sont brûlées et des villages bombardés.» Un autre natif de Kherrata abonde dans le même sens : «J’avais un an au moment des massacres. Je ne me souviens de rien du tout. Mais ceux qui ont vécu cette véritable tragédie m’ont beaucoup appris et je suis prêt à vous en parler dans le détail. Nous veillons à ce que la mémoire soit soigneusement préservée pour être transmise aux générations futures. La transmission, c’est une manière de renforcer le lien intergénérationnel.»
De notre envoyé spécial : Amokrane Hamiche- Photos : Slimane Sari

 

 

L’Histoire, une histoire de famille : Ouardia Bekhouche, la vigile 
Ouardia Bekhouche est la présidentedu bureau régional de l’Association du 8 Mai 1945. Elle est surtout la filledu moudjahidLahcèneBekhouche, décédé l’année dernière.Le défunt est l’un des acteurs des événements dramatiques du 8 mai 1945. La préservation de l’Histoire et la Mémoire est une histoire de famille.L’association a activement participéà la commémoration du 77e anniversaire des massacres du 8 mai 1945à travers un programme riche en activités éducatives, historiques,culturelles et sportives.Elle a invité d’imminents chercheurs et enseignants d’histoire pour animer des conférences-débats autour de la journée. Sa devise est claire : «Unpeuple sans mémoire est un peuple sans Histoire.» Pour elle, nul n’a le droit d’effacer une page de l’Histoire. Elle veille à ce que cettejournée soit pleinement célébrée et que le 8 Mai soit à jamais gravé dans la mémoire de tous, notamment des jeunes. On la voit s’occuper avec une énergie singulière.Tout est planifié, pas de place au hasard.Ouardia a horreur des faux témoignages et n’hésite pas à déclarer la guerreaux mercenaires de l’Histoire.«Il ne faut pas badiner avec notre Histoire. Je ne supporte pas que n’importe qui portedes témoignages mensongers.Ce sont les hommes qui font l’Histoire et non le contraire.» «Dernièrement, j’ai participé à une émission de télévision.Quelquesinvités ontparléde tout sauf du 8 Mai 45, c’est dommage. D’ailleurs, quandj’ai pris la parole, je n’avaispastrouvélesmots…Notre Histoire mérite d’être respectée», ajoute-t-elleEnfin, notre interlocutrice affirme qu’elle reste sereine quand il s’agit dedéfendre les questions mémorielles. «L’Histoire n’est pas un fonds de commerce.» A bon entendeur…
A. H.

 

Ils ont dit
Mohamed El Korso, ancien président de la Fondation du 8 Mai 1945 : «Une tache sombre»
Après les témoignages, place aux historiens. Mohamed El Korso, ancien président de la Fondation du 8 Mai 1945,estime que «c’est une date tristesse». «Il y a eu une exécution massive d’hommes, femmes et enfants. Des douars entiers ont été décimés, des villages incendiés et des familles brûlées vives. Il s’agit d’un épisode criminel, d’une tache sombre de l’histoire de la France coloniale en Algérie.» «C’est une date fondamentale qui signe la rupture entre la population et les autorités coloniales et la préparation d’une forme nouvelle de lutte anticoloniale qui sera concrétisée par la création du Front de libération nationale et le déclenchement de la guerre de Libération. Les massacres du 8 Mai 45ont été les prémices de la guerre de Libération», a-t-il ajouté.
A. H.

 

Mohamed Ghafir, dit Moh Clichy : «Ce fut la rupture»
Mohamed Ghafir, dit Moh Clichy, rappelle par la promesse du général De Gaulle à la Conférence africaine française à Brazzaville, à savoir qu’une fois la France libérée, tous les pays qui sont sous son autorité le seront aussi. «Les Algériens ont pacifiquement manifesté ce jour de l’armistice, rappelant à la France sa promesse. Ils sont sortis avec des drapeaux algériens, anglais, français et américains. A Sétif, après des heurts, un policier tire sur Bouzid Saâl, un scout, tenant le drapeau algérien. Il est tué. Ce qui déclenche des émeutes et des actions meurtrières contre les manifestants. Le message de la France était clair : l’Algérie vit et vivra toujours sous le drapeau français.» Moh Clichy dit qu’à la fin de ces manifestations sanglantes, le général Duval, commandant en chef des forces françaises en Algérie, avait prévenu le général De Gaulle : «J’ai réussi à mater le soulèvement des indigènes. Si la France ne fait rien, dans dix ans, ils recommenceront et nous serons dans l’incapacité de les arrêter.» Selon notre interlocuteur, ces massacres ont été un point de non-retour. Le prologue de la guerre d’indépendance déclenchée 9 ans plus tard, le 1er novembre 1954. «Le 8Mai signe et scelle la rupture définitive avec l’ordre colonial et la chimère d’une Algérie sous la bannière française», conclut-il.
A. H.
Développement local : Attente, espoir et…désespoir
Située au pied de deux imposantes montagnes, Adrar Amellal et Adrar Mahrira, la commune de Kherrata est très animée en cette journée du 9 mai. Boulangers, épiceries, restaurants, cafétérias, stations-services, librairies et boucheries ne désemplissent pas. Supérettes, fast-foods et magasins de téléphonie mobile ou de vêtements sont pris d’assaut par les clients. La commune possède aussi un bureau de poste, une banque, un hôpital, une minoterie, un musée, une salle de cinéma et de conférences.
Tôt le matin, une petite file d’attente se constitue devant le seul bureau de poste de la daïra. Celle-cigrossit au fil des heures. A quelques encablures de là, la station de bus grouille d’usagers à destination ou en provenance des différents villages de la commune. La «ville des cimes et des abîmes» est un centre urbain relativement important. Le trafic y est intense. La nationale reliant Bejaïa à Sétif ne désemplit pas. La route est rythmée par le va-et-vient incessant des camions et autres véhicules. Connue sous le nom de «route de la mort», elle est considérée comme la plus dangereuse et la plus meurtrière. La moindre erreur se paye cash.
Y a tant à voir et à faire 
Il est facile de constater, à première vue, que tout fonctionne à merveille et que rien ne manque en matière de prestations de service. Kherrata est le genre de commune qui «possède tout et rien». Enseignant au primaire à la retraite, Nacer Danoune ne partage pas cet avis. «C’est une commune dévastée», clame-t-il. Selon lui, Kherrata d’hier est meilleure, notamment en ce qui concerne les relations sociales et «chaleur humaine». «Avant, tout le monde se connaissait et s’appréciait. Aujourd’hui, personne ne connaît personne. Je ne reconnais plus ma ville», confie-t-il. Il constate que la commune n’a pas vraiment changé. «Elle devait avoir un statut bien meilleur sur tous les plans, historique, géographique, touristique, industriel, sportif, culturel. C’est malheureux pour une région qui a tant donné au pays», regrette-t-il.
Le président de l’APC, Azi Cherif, reconnaît que tout n’est pas brillant. Commençant par le tourisme, alors que la commune dispose d’atouts touristiques indéniables. Il dit ne pas comprendre que Kherrata ne figure pas dans le schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT) élaboré en 2014.«Je ne comprends pas cette mise à l’écart alors que la région dispose d’un potentiel énorme en matière de tourisme ?»,s’interroge-t-il, non sans faire remarquer que la commune demeure austère, sans infrastructures touristiques, malgré des potentialités non négligeables. Il déplore la fermeture de l’hôtel Du Lac. L’infrastructure hôtelière est située sur un site paradisiaque, jouxtant le barrage d’Ighil Emda.
Pour le premier responsable de l’APC, l’ouverture de l’hôtel et du parc d’attraction auront pour effet de renflouer les caisses de la commune et, par ricochet, réduire l’ampleur et les effets du chômage. Pour le vice-président de l’APC, Fennouch Abdellah, l’hôtel n’a jamais connu de difficultés financières. Au contraire, «il a toujours été  rentable», atteste-t-il. Les élus demandent au gouvernement de relancer les projets à l’arrêt, tous secteurs confondus.«Ce serait une véritable aubaine pour la création de postes d’emploi», souligne-t-il. Il s’agit notamment de la relance de l’ex-unité Sonipec, fermée depuis 30 ans. D’une superficie de 5 ha, celle-ci est spécialisée dans la fabrication d’articles en cuir (cartables, sacoches…). Elle a ouvert ses portes en 1976 et avait comme objectif de subvenir aux besoins nationaux en chaussures et maroquinerie. Mieux, l’entreprise a pu exporter ses produits. Mais, aujourd’hui, les rideaux de fer de l’usine sont cadenassés.
Economiquement aussi…
Les responsables locaux misent aussi sur l’ouverture des deux carrières d’agrégats après une fermeture imposée par la population. La relance, également, des travaux des deux zones d’activité fait partie des projets sur lesquels reposent tous les espoirs pour booster l’activité économique dans la région. Les élus locaux semblent identifier une nouvelle niche pour redonner un nouveau souffle à la commune. Il s’agit de récupérer les terrains industriels inexploités afin de les attribuer à d’autres promoteurs. Le président de l’APC a lancé un ultime délai à ceux qui souhaitent réaliser leurs projets. Il a rappelé que la loi accorde un délai de trois ans aux investisseurs pour pouvoir relancer leurs projets. «Nous avons des promoteurs qui ont bénéficié de terrains en 2011 sans réaliser le moindre projet, c’est inacceptable», commente Cherif Azi.
Concernant les projets réalisés dans le cadre du développement des zones d’ombre, le P/APC fait savoir que la commune a bénéficié de 5 projets entièrement réalisés. La commune compte 7 zones. Les taux de raccordement au réseau de gaz naturel et d’électricité sont respectivement de 85% et90%, fait-il savoir. Il promet que d’ici au mois de septembre, tous les foyers seront raccordés. Pour ce qui est des projets réceptionnés, Cherif Azi fait part de la réalisation de groupes scolaires, de pistes et réseaux d’assainissement. Dans le secteur de l’éducation, Kherrata dispose de 32 établissements primaires, 5 CEM et 3 lycées. Toutefois, le problème de manque de transport scolaire se pose cruellement. «C’est un casse-tête toujours pas résolu à cause du manque de bus. Je lance un appel au ministère de la Solidarité pour nous venir en aide», indique Fennouch Abdellah. Enfin, le P/APC accuse les anciens élus de n’avoir rien fait pour améliorer les conditions de vie de la population. «Je ne critique pas le gouvernement. Ce sont les ex-élus qui ne voulaient pas de développement dans la région. La responsabilité leur incombe pour avoir empêché tout développement dans la commune.»
A. H.
Carton rouge :
Gorges de Kherrata transformées en décharge à ciel ouvert : Crime contre la nature et l’Histoire
Sans exagération aucune, les gorges de Kherrata sont d’une beauté vertigineuse. Un des plus beaux sites naturels de l’Algérie. En plus, c’est un lieu de mémoire, chargé d’histoire. Le8 Mai 1945, des hommes et des femmes ont été jetés de sang-froid dans les fonds des gorges, morts et vivants. Chaque année, des cérémonies de recueillement sont organisées dans ce lieu à la mémoire des victimes. Mais aujourd’hui, le site est devenu une décharge à ciel ouvert. Des bennes à ordures y sont vidées quotidiennement. C’est à en pleurer. «La situation perdure depuis plusieurs années», selon un jeune de la région. «Nous avons alerté les autorités, en vain. De par sa portée historique, le site mérite considération», indique-t-il, avant de dénoncer un désintérêt frappant pour les questions environnementales et de mémoire.
A. H.