Kouider Metaïr : Un passionné du patrimoine

L’homme au corps frêle, aux cheveux blancs et au regard fatigué accueille ses visiteurs avec un sourire bienveillant. Étant le président de l’association Bel Horizon, Kouider Metaïr est une figure emblématique du mouvement associatif d’Oran. Sa grande passion pour la photo et le patrimoine l’a emporté dans une belle aventure au sein de Bel Horizon. Des générations formées dans une noble entreprise, celle de préserver et protéger le patrimoine.Ingénieur en technico-visuel, Kouider a embrassé, dans les années 1980, une carrière de 32 ans, au sein de l’établissement public de télévision. Lors de son passage à l’Institut national de l’audiovisuel (INA), il a l’occasion de se frotter à la photo et à l’archivage. Marqué par l’expérience de l’écrivain français Prosper Mérimée qui, en 1837, avait fait un inventaire de ce qui restait du patrimoine français, alors que la photo était à ses balbutiements. «Quand j’ai intégré la télévision, j’ai commencé à photographier les sites et monuments, mais le travail manquait de structuration. C’était juste une passion et je ne pouvais, à moi seul, m’occuper de l’inventaire de nos sites», raconte Kouider. Puis, son penchant pour le patrimoine s’est accru. Il s’est lancé dans des contributions dans la presse nationale. «Je faisais de petites descriptions, concises et pédagogiques des lieux et monuments historiques», dit-il. En 2001, il crée l’association qu’il préside actuellement à l’occasion du 11e centenaire de la ville d’Oran. Les principaux objectifs étant de créer un musée et de publier un livre immortalisant la célébration dudit évènement dans le souci de le léguer aux futures générations. Bel Horizon s’échine à former des guides censés avoir une connaissance suffisante des monuments et du patrimoine oranais. Ils alertent et contribuent à sa protection. Pour le musée, l’association relève toujours le challenge de faire du fort de Santa Cruz ce lieu de culture, alors qu’il n’était pas sécurisé. «Le fort de Santa Cruz est passé du terrorisme au vandalisme», fait-il observer. Grâce à l’appui de la wilaya, les membres de l’association ont pu surmonter le problème d’insécurité, en organisant, une fois par mois, des randonnées pédestres au fort. «On est arrivé jusqu’à des milliers de personnes. En 2001, on a enregistré la participation de 20.000 personnes. C’est du marketing de territoire», précise-t-il. En 2007, Kouider embarque pour une autre aventure aussi intéressante que celle vécue avec Bel Horizon. Il intègre les collectivités locales en tant qu’adjoint du président de l’Assemblée populaire communale d’Oran. Il se charge alors de l’urbanisme et, par ricochet, du patrimoine. «J’ai continué à travailler avec des étudiants d’architecture où l’on a recensé les immeubles détériorés de la ville en vue d’une opération de réhabilitation de 600 logements. Cette expérience m’a permis de me former en urbanisme, car le patrimoine se trouve dans le tissu urbain», poursuit-il. Puis, l’association s’est dirigée vers les établissements scolaires et les comités de quartiers, en vue de leur inculquer la conscience patrimoniale à travers l’initiative dite «classes patrimoniales». Bel horizon dénombre, actuellement, une centaine de membres, auxquels Kouider entend passer le flambeau. Quant à lui, il poursuit l’aventure intellectuelle entamée avec la publication de plusieurs ouvrages sur le patrimoine, dont «le Guide des monuments historiques et sites naturels» et «Oran, la mémoire».
A. M.