La crise en Ukraine vue par Ahmed Kateb, expert en relations internationales : «L’Algérie se tient à équidistance des parties en conflit»

Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, a participé par visioconférence à une réunion de coordination du Groupe de contact arabe sur le conflit en Ukraine.

Selon un  communiqué du ministère, la réunion entre dans le cadre de la préparation de la visite de ministres arabes des Affaires étrangères à Moscou et Varsovie pour s’entretenir avec leurs homologues. Le Conseil exécutif de la Ligue des États arabes avait, pour rappel, décidé d’installer, le mois dernier, un groupe de coordination pour suivre les développements de la crise russo-ukrainienne. Sa mission est de suggérer des rencontres avec les parties belligérantes afin de trouver une solution diplomatique au conflit. Une initiative «très compréhensible lorsqu’on sait que plusieurs pays arabes figurent parmi les plus gros importateurs de blé de la Russie et de l’Ukraine», estime Ahmed Kateb, expert-chercheur en relations internationales. Il cite notamment «l’Egypte, l’Irak, l’Algérie, le Liban, la Tunisie…».  Pour lui, «si la crise russo-ukrainienne devait perdurer dans le temps, elle aura des répercussions sur la sécurité alimentaire de la région Mena». Les pays arabes ont  décidé de s’impliquer pour prévenir une telle hypothèse. «Ils vont envoyer une sorte de troïka afin de tenter de rapprocher les points de vue entre la Russie et l’Ukraine dans le cadre de plusieurs médiations et des négociations déjà en cours entre les deux parties», souligne Kateb.
Les pays arabes, ajoute-t-il, «veulent être partie prenante afin de garantir leur sécurité alimentaire». A la question de savoir si l’initiative peut être interprétée comme une prise de position en faveur de la Russie, il rappelle que «lors du vote à l’assemblée générale de l’ONU, seule la Syrie a voté en faveur de la Russie». «L’Algérie s’est abstenue et les autres ont voté contre Moscou. Au vu de ces éléments, l’initiative ne peut pas être assimilée à une prise de position. Elle vise à s’assurer une certaine marge de manœuvre dans de futures négociations entre la Russie et l’Ukraine car la sécurité nationale dépend étroitement de la sécurité alimentaire», poursuit notre interlocuteur. «C’est aussi une manière de se positionner par rapport au nouvel ordre multipolaire qui se prépare», assène-t-il.
Sagesse diplomatique
Les pays arabes, dit-il, «visent par le biais de la Ligue arabe et de l’Algérie, qui abritera, le 1er novembre prochain, le sommet, à obtenir une position de privilégiés dans le monde de demain. Et peser de tout leur poids géopolitique, énergétique». Il ne faut pas oublier, fait remarquer  le chercheur, que «la sécurité de la  région à cheval sur plusieurs continents dépendra de la sécurité du monde de demain». S’agissant de la position algérienne, il soutient  que l’abstention signifie que le pays se tient à équidistance des deux parties. « Cependant, il existe des intérêts, le poids de l’histoire et les réalités géopolitiques que nos autorités semblent avoir pris en considération», juge-t-il. Et de rappeler que  notre pays n’interfère pas dans les affaires intérieures des pays et condamne toute intervention militaire contre l’intégrité territoriale d’un Etat. « Cette position a été réitérée par notre représentant à l’ONU juste après le vote de la résolution non contraignante de l’Assemblé générale de l’ONU», précise Kateb. Parlant de la désignation de l’Algérie à la présidence du comité interministériel, ce dernier la qualifie de «reconnaissance de la sagesse de la diplomatie algérienne, de nos principes et de la nature des relations algéro-russes et algéro-ukrainiennes». Basée sur des liens historiques et un partenariat stratégique, la coopération entre Alger et Moscou ne date pas d’aujourd’hui. Elle a été même renforcée, en 2001, après la signature de la déclaration de partenariat stratégique qui a donné une nouvelle impulsion aux relations bilatérales. L’expert estime, à ce propos, que «l’Algérie n’a jamais suivi les humeurs furtives des uns et des autres. On n’applique pas ce que les médias occidentaux appellent les sanctions internationales qui n’ont aucune assise sur le plan de la légalité».
En conclusion, Kateb affirme que «notre pays a raison d’adopter une posture diplomatique conforme à ses principes fondamentaux».
Assia Boucetta