La forêt de Yakouren amochée par les ordures

Le changement des habitudes de consommation et l’usage, à grande échelle, de produits emballés ont eu un effet nocif sur la faune et la flore et la qualité de l’air. La pollution par des déchets notamment d’emballage n’épargne aucun endroit et maints paysages sont amochés et défigurés.

Située à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Tizi Ouzou, la forêt de Yakouren est un exemple éloquent. A ses abords, mais aussi le long de ses sentiers et parfois dans des clairières en profondeur s’entassent des déchets que des  visiteurs ne prennent pas la peine de ramasser. Ce joyau de grande valeur touristique fait face à un désastre. «Vous avez vu comment notre forêt s’est transformée en une décharge. C’est un désastre», confie avec dépit et amertume un citoyen de la région rencontré devant la fontaine «Tala Touizi» où il est  venu s’approvisionner en eau pour son bétail. Pour ce septuagénaire le phénomène n’est pas récent. «Ces amas d’ordures laissées par les visiteurs font partie de notre quotidien et constitue une partie du paysage», ironise-t-il. Selon lui, les services de l’APC de Yakouren ont une part de responsabilité, mais le premier responsable reste pour lui le citoyen. Pour lui, il ne faut pas aller plus loin pour voir les effets des changements climatiques. Le débit  de la fontaine n’est plus le même. «Avec la rareté de la pluviométrie, d’ici quelques années il n’y aura aucune goutte», lance-t-il. Yacine, vendeur d’objets artisanaux au bord de la route n’a pas caché sa colère et déplore l’incivisme des visiteurs. Selon lui, la forêt de Yakouren, dénommée par les colons «petite Suisse nord-africaine» subit des massacres chaque jour. «La responsabilité incombe d’abord au citoyen qui doit  laisser les lieux propres après les pique-niques», s’écrie-t-il. «Pourquoi ne ramassent-ils pas les déchets pour les déposer?», s’interroge-t-il. Pour lui, de tels gestes simples peuvent sauver la forêt notamment des incendies à l’approche de chaque été. «On ne peut pas mettre un gendarme devant chaque citoyen. Il faut une prise de conscience collective», proclame-t-il.
 «Le volontariat ne mènera à rien»
Face au péril, plusieurs associations de protection de l’environnement ont lancé des campagnes de nettoyage des lieux et de  sensibilisation. C’est le cas  de «Eco-Action» de l’Université Mouloud-Mammeri de TiziOuzou. Depuis  quelques mois elle alerte par une campagne de nettoyage et de sensibilisation sur les dangers de la pollution notamment plastique. Idir Amrani, trésorier de l’association, regrette que tous ces efforts n’aboutissent pas à un changement des comportements. «A notre retour sur les lieux nettoyés  quelques jours auparavant, on retrouve le même spectacle», se désole-t-il. Notre interlocuteur est catégorique. Pour lui, sans  l’implication du citoyen et une rigoureuse application des textes de loi, le  volontariat  ne mènera à rien», il est temps de passer à l’action et donner des pouvoirs à une police de l’environnement», lâche-t-il. Amrani insiste sur  l’éducation de l’enfant qui doit suivre dans son cursus  scolaire un module sur l’environnement. Les dangers qui planent sur le singe magot ou le macaque Berbère inquiètent les bénévoles de l’association. «Le régime alimentaire de cette espèce protégée par la loi et vivant uniquement en Afrique du Nord, plus exactement en Algérie et au Maroc a beaucoup changé», s’alarme-t-il. Les visiteurs en leur offrant  à manger  des produits sucrés (biscuits, jus) accélèrent leur disparition. Ces espèces souffrent désormais  de beaucoup de maladies dont les caries dentaires et souffrent de problèmes digestifs parfois mortels. En hiver, quand  les touristes sont rares, les  singes sont complètement désorientés. Ils ne peuvent plus compter sur eux même pour se nourrir.
S. B.