La gratuité des plages en question 

S. Ould Ali

Comme chaque année, la question de la gratuité des plages et du droit des estivants de profiter des bienfaits de la mer en toute liberté se pose avec acuité à Oran. Car depuis que l’exploitation, théoriquement réglementée, des plages par les concessionnaires est apparue, une anarchie indescriptible est enregistrée chaque été sur l’ensemble des sites autorisés à la baignade, au préjudice des vacanciers en quête de quelques heures de farniente. La volonté de certains plagistes d’étendre leur domaine d’exploitation au-delà de ce qui leur est signifié par le cahier des charges et de s’approprier les meilleurs espaces, les prix prohibitifs imposés pour la location des équipements (tables, chaises, parasols), l’interdiction aux estivants de planter leur propre ombrelle, la généralisation des parkings et rues payants…, vident la notion de «gratuité de la baignade» de toute sa substance et posent la problématique de la sécurisation des plages. Il n’est pas rare, en effet, que des altercations opposent des concessionnaires à des estivants réfractaires à tous ces dépassements.
Et il arrive que cela se termine dans le sang, comme ce drame qui a secoué la commune de Bousfer en 2018, lorsqu’un père de famille a reçu plusieurs coups de couteau parce qu’il a refusé de louer un parasol. L’homme a heureusement survécu, mais le message a été reçu par les estivants : certains concessionnaires ou exploitants improvisés de plage ou de parking sont prêts à tout pour imposer leur loi.
La gratuité et la sécurisation des plages ont toujours constitué un sérieux problème dans les localités balnéaires oranaises où de très nombreux jeunes, confrontés à un chômage endémique, investissent les parkings et les plages pour espérer travailler. «L’été est la seule période de l’année propice au travail», expliquent-ils à qui veut les entendre.
Un argument qui a probablement son poids mais qui ne peut justifier le recours à la violence que certains s’autorisent
à l’endroit d’automobilistes ou de baigneurs récalcitrants. La saison estivale qui vient de s’ouvrir officiellement à Oran sera-t-elle différente de celle des années précédentes ? Les estivants pourront-ils jouir des plaisirs de la mer sans s’inquiéter de l’humeur des plagistes
et des gardiens de parking ? Personne ne peut l’affirmer avec certitude, mais les autorités locales l’assurent : toutes les dispositions ont été prises pour garantir aux estivants et vacanciers les meilleures conditions pour un séjour agréable.
 S. O. A.