«La légende du Doyen» de Noureddine Louhal : A la découverte de l’Odyssée Mouloudéenne

Le journaliste et écrivain Noureddine Louhal replonge encore une fois dans les annales de l’histoire pour renouer son lecteur avec son patrimoine, et lui offrir un voyage dans un passé glorieux qui a forgé des générations d’Algériens.
Après avoir consacré plusieurs ouvrages au patrimoine culturel et architectural algériens, tels que  les fontaines d’Alger, les salles de cinéma, les jeux d’entant, La Casbah d’Alger et autres richesses que recèle sa ville natale et son pays, Noureddine Louhal revient avec un livre de 300 pagesqu’il consacre au doyen du football algérien, le Mouloudia Club Algérien (MCA), qu’il intitule «La légende du Doyen », publié aux édition Tafat.
Lire «La légende du Doyen», c’est remonter l’histoire d’un club mythique, un club lié à l’histoire du football algérien, mais aussi au mouvement de lutte contre le colonialisme. Une passionnante histoire qui ressuscite de grands noms de la balle ronde et rappelle des dates et des événements qui ont fait la gloire du sport national, qui a été un facteur unificateur autour d’une même cause et une tribune exploitée par les militants de la liberté pour faire valoir la justesse de leur combat.
D’amblé l’auteur plonge son lecteur dans l’ambiance de l’époque qui a vu naître le Mouloudia. La réalité du peuple algérien, «Les ya Ouled» comme il aime le rappeler, qui avait en face de lui une autre société, celle de l’Européen, qui partage certes la même géographie que lui, mais que les clivages sociaux séparaient et rendaient leur coexistence quasi impossible. C’est d’ailleurs d’une raillerie d’un soldat français lancée à des gamins jouant au ballon avec une boule de chiffons, «Voici le parc des princes des arabes», qui a raisonné dans l’esprit d’un certain Aouf Abderahmane, que l’idée d’un club algérien  est née.
Après plusieurs mois de cogitations,  passés à élaborer le statut du club et ses règlements il se décide, encouragé par ses amis, à déposer une demande d’agrément. Mais il n’avait que 19 ans et la loi ne l’autorisait pas à avoir un agrément,  alors il eut recours à la falsification et dépose le dossier à la préfecture avec le nom d’Abdelmalek Abderahmane, celui du mari de sa tante.
L’aventure commence
L’auteur emmène son lecteur à la découverte de l’odyssée mouloudéenne. En parallèle «La légende du Doyen» remet la lumière sur toute une histoire footballistique jalonnée de gloire d’éclats, mais aussi de douleurs et de déceptions. Le sport était bien entendu au cœur de cette odyssée, mais c’est aussi toute la révolte contre l’occupant qui se traduisait à travers lui. C’est cette ferveur nationaliste que Louhal Noureddine met en relief dans son livre. Des hommes férus de football, mais aussi engagés pour leur identité et leur culture.
«La légende du Doyen» fait office d’encyclopédie qui permet de connaître des noms oubliés, de joueurs, de dirigeants, de clubs. Il évoque d’autres personnalités, qui ne sont pas forcement liées au football, qui dans leurs domaines, artistique ou  politique, ont eux aussi porté haut la bannière  nationale.
Palmarès, compositions d’équipes, rencontres, ambiances, rien n’échappe à la plume de Noureddine Louhal. Il offre une multitude de détails, de noms et d’événements qui permettent une connaissance parfaite du MCA, mais aussi du football algérien. Il évoque les pionniers qui ont débuté dans les clubs européens et qui ont rejoins les clubs algériens, et parmi eux ceux qui ont  fait la glorieuse équipe du FLN. Il rend hommage à ceux qui ont choisi le chemin de la liberté au dépend de leurs vies. Ceux qui ont échangé leurs crampons contre le fusil et dont beaucoup  sont tombés au champ d’honneur. Le livre narre aussi l’après indépendance et les premiers championnats nationaux avec leurs stars et leurs clubs dominants.
«La légende du Doyen» est un livre passionnant écrit avec passion. Un livre qui se lit comme un livre d’histoire, celle d’une légende  dont  le  nom  est indéniablement lié  au football algérien, mais aussi au combat identitaire de tout un peuple.
Hakim Metref
 
 
Noureddine Louhal : «J’ai ressuscité des noms oubliés du sport algérien»
Noureddine Louhal est journaliste et écrivain. Il  est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés au patrimoine national, qu’il ressuscite au gré de ses pérégrinations journalistiques et restitue au lecteur, non seulement comme objet de lecture, mais surtout comme un cri d’alarme pour sauver ce qui reste, de l’oubli d’abord puis de la dégradation généralisée que subi ce patrimoine parfois millénaire. Son dernier ouvrage, «La légende du Doyen», ne fait pas exception à la règle (à un détail près)puisqu’il s’agit également de patrimoine, mais cette fois-ci du légendaire club le Mouloudia Club Algérois  (MCA), dont il conte la naissance et l’évolution avec comme arrière plan toute l’histoire des hommes qui l’ont porté pendant un siècle, puisque le livre coïncide avec le centenaire de ce club mythique. Louhal Noureddine nous livre, dans cet entretien, quelques clés de lectures et explique la portée de son travail, mais aussi le plaisir qu’il a éprouvé à dépoussiérer un pan de l’histoire de la balle ronde algérienne.
 
 
Etes-vous fan du Mouloudia d’Alger ?
Je suis fan du Mouloudia, mais surtout fan du beau jeu. Je suis également amoureux de la perspicacité dans le jeu et passionné par l’histoire de la balle ronde algérienne. Ce qui donne une légitimité à mon livre, c’est qu’il ne  souffre d’aucun aspect de chauvinisme, de «Houmisme»  ou de «clubisme».
 
Comment c’est fait la préparation de votre ouvrage ? 
La naissance de «la légende du doyen» est venue à une époque très douloureuse que nous Algériens avons vécu dans notre chaire, celle de la pandémie du coronavirus. J’ai voulu mettre à profit ce vide pour produire quelque chose. Comme je l’ai déjà dit, mon livre est né durant la période de la Covid-19, ce qui a rendu la recherche très difficile du fait que les institutions qui pouvaient me donner de la documentation étaient fermées en ce temps. Mais qu’à cela ne tienne, j’ai pu tirer mon épingle du jeu et je tiens, à l’occasion, à remercier les journaux Horizons et El Moudjahid qui m’ont ouvert les portes de leurs archives.
 
Votre livre, bien qu’il soit consacré au MCA et au football, aborde en filigrane un autre combat, celui de la cause nationale.
Je pense que mon livre a restitué à l’Algérie son aura de Nation de Football et puisque nous somme au mois de novembre, je dirais que «Le Doyen», né un 7 août 1921, a été cette locomotive derrière laquelle se sont attelés tous les clubs algériens et qui sont partis ensemble jusqu’au 1er novembre 1954.
Les matchs de l’époque n’étaient pas uniquement des compétitions de football, c’était «Les Arabes contre les Français» et quand les Algériens jouaient contre les clubs français, il y avait toute cette culture et cette conscience militante nationaliste qui se développaient en eux. C’était les Européens contres les Algériens des ghettos de la Casbah, de Cervantès, et autres quartiers musulmans. C’est cette ghettoïsation qui est d’ailleurs à l’origine de l’amitié entre le MCA et les autres clubs algériens. Lors du  premier déplacement du MCA à Tizi-Ouzou, les Kabyles découvrent un club algérien  qui partage les mêmes valeurs qu’eux. Il faut aussi rappeler que la JSK, en 1946, a été habillée par le Mouloudia, du vert et rouge qui sont restées les couleurs de la JSK jusqu’en 1977. A cette époque il n’y avait pas cette rivalité maladive entre les supporters et cette violence qu’on déplore maintenant dans nos stades. Il y avait un sport qui réunissait les Algériens autour d’une même cause. Mon livre raconte le football, mais aussi les joies du peuple après l’indépendance. Je ne m’attache pas uniquement au Mouloudia, mais je m’attache à tous les grands moments sportifs algériens.
 
Vous racontez également l’adhésion des joueurs de l’époque au combat pour l’indépendance.
 La première victoire du Mouloudia était le choix des couleurs, en l’occurrence le vert et le rouge, quelle a fait accepter à l’autorité française. C’était le drapeau algérien qui se dessinait à travers le maillot des joueurs. Les gens adhéraient car le Mouloudia, en plus d’être un club sportif, était aussi un parti politique. C’était la tribune idéale pour parler de la précarité dans laquelle vivait l’Algérien, de l’apartheid qu’il subissait. Tous ces «malheureux» venaient chercher du réconfort au sein de ce club qui les représentait. Le Mouloudia a également ramené «Nadi al Taraqi» (Le cercle du progrès) dans lequel on retrouve les grands hommes du culte, des musiciens, des comédiens tels que Bachtarzi, El Anka, Mrizek et toute l’élite culturelle algéroise. Dans ce cercle je dirais que c’est la personnalité algérienne qui s’est façonnée. Le lecteur qui lira mon livre verra que ce cercle a joué un grand rôle dans la lutte contre l’analphabétisme et la précarité sociale.
Vous avez rencontré de grandes personnalités du football algérien lors de votre travail,  qu’est ce que ça vous fait ?
 Ce sont des personnes de légende à l’instar de Khabatou Smail ou Abdelkader Drif. J’ai eu la chance de rencontrer ces gens au grès de mes pérégrinations journalistiques sans penser écrire un jour ce livre, mais leurs rencontres  m’ont enrichi et aussi m’ont été d’une grande utilité pour l’écriture de mon ouvrage. Ce qui est bien dans mon travail, au-delà de raconter le Mouloudia, j’ai ressuscité des noms oubliés et de clubs aujourd’hui disparus,  tels que Nemra de Jijel.
J’espère que mon travail ouvrira la voie à d’autres plumes pour raconter  d’autres clubs qui ont fait la gloire du football algérien et qui sont un  patrimoine national, tels que le Mouloudia d’Oran, la JSK, Biskra et tant d’autres encore.
En parlant d’échos, quelle a été la réaction de la direction actuelle du MCA ?
Je n’ai eu aucune réaction de la part du MCA. Malgré une campagne médiatique très favorable, je n’ai eu aucun écho de la direction du Mouloudia. Je pense, sans prétention aucune, que ce livre doit faire partie de la bibliothèque et de l’archive du club et être  entre les mains de chaque Mouloudéen.
Entretien réalisé par Hakim Metref