La mère glorifiée en chansons : Les mélodies d’un amour maternel

C’est la fête des mères, celles qui nous ont mis au monde, celles qui nous aiment et nous ont aimés durant toute une vie, celles qui ont veillé, pleuré à vos souffrances, dansez à vos joies. Celles….Nous pouvons tresser des nattes de mérite de nos mères à ne plus en finir. La mère est un beau poème d’amour qui s’écrit avec affection et tendresse, alors, bonne fête à toutes les mamans du monde !

La maman a toujours été chantée aussi bien par les hommes que par les femmes. Dans la chanson algérienne, ce sont les chanteurs sétifiens qui ont excellé dans les hommages à la mère. Que de titres dédicacés à « Lemima » durant les années 60 et 70, nous n’entendions que ça au point où certains se sont demandés quelle est cette relation qu’entretient le Sétifien avec sa mère, sans que la question soit élucidée. L’énigme reste entière. Seul l’amour que nous portons à la maman peut l’expliquer.
Dans le répertoire andalou et hawzi, voire chaâbi, la maman n’a pas droit au chapitre, même pas à une illusion. C’est l’amour qui est célébré à longueur de poèmes. L’amour de Dieu, de son Prophète, celui d’une bien-aimée, mais pas celle d’une mère curieusement, à une exception près puisque El Hachemi Guerouabi la chante dans « Touahacht El Bahdja » où il évoque le quartier où sa chère maman est enterrée. Un passage signalé avec un changement de rythme et à forte densité émotionnelle comme seule le chantre du chaâbi sait en dégager avec ses magistrales interprétations.
Une autre chanson s’illustre dans ce registre avec un titre qui ne souffre d’aucune ambiguïté : « Yalmima » de Nadia Benyoucef. Ce titre a propulsé la chanteuse dans la cour des grands et les Mesemaate, leur tube de référence qu’elles entonnent généralement à la fin de la fête de mariage. C’est le moment des pleureuses ! Quelle est la mariée qui a résisté à ce cri d’amour maternel, pas même celle qui rêvait depuis des années de vivre une nuit avec son bien aimé. La même Nadia Benyoucef récidivera une autre fois avec la complainte « Yal waldine », en duo avec Chaou Abdelkader.
Dans le répertoire de la chanson kabyle, notre préférée est sans aucun doute « Yemma tedda hafi »(Ma mère a marché pieds nus) du groupe Tagrawla. C’est une merveille qui décrit aussi bien la force et le courage de la mère qu’un certain environnement social des années de braise et de misère en Kabylie, une réalité qui n’avait nullement besoin de la plume d’un Camus, tant elle était criante. Pour preuve, le départ massif des hommes vers la France. Idir en a fait un autre belle chanson, dédiée à celle qui ne sait plus si elle est encore mariée ou pas, ni même ce qu’elle doit dire à ses enfants à propos de leur père qui s’est oublié dans les bras de l’exil. Cela a donné la merveilleuse « Anda yela » (Où est-il) ?
Le plus beau poème dédié à la femme et à la mère en particulier est déclamé et non chanté par Idir, c’est le texte qui introduit la chanson « Essendou » :
« Franchement, lequel ou laquelle d’entre nous, tous, aura pêché dans le tréfonds de leurs cœurs le moindre de leurs frissons…la moindre de leur fragilité,…et surtout cessez de voir en elles des «mamans-couveuses», ou des «mamans-allaiteuses», qui ne sont là que pour la reproduction, alors qu’elles peuvent aussi avoir de la place pour un cœur contrarié, des amours contrariés, un désir frustré, etc.»… Poème à méditer !
L’autre chanteur kabyle à avoir honoré la mère est Djamel Allam avec «Argu»(Rêve). Le chanteur évoque dans la chanson son premier départ à Marseille à bord d’un bateau avec un billet qu’il a pu acheter grâce au bijou que sa maman a vendu. Dans le texte, il dit : «Le jour où tu remarqueras qu’un louis d’or manque au front de ta mère, tu comprendras qu’elle a été le vendre»… C’est beau et c’est mélancolique à souhait. En un mot, c’est l’amour que nous portons à la maman.
Abdelkrim Tazaroute