La wilaya naissante voit grand : Djanet, un voyage dans le temps

Djanet «El Djenet» est une belle appellation, pas du tout fortuite. Cette localité exceptionnelle renferme, en effet, plusieurs paradis où les âmes peuvent se retrouver en vue de se reposer, se ressourcer et surtout apprécier la beauté d’une immense oasis verdoyante au charme doux et apaisant. Un lieu unique qui sacralise la nature et la création divine. Un endroit spécial qui révèle des paysages époustouflants en laissant une empreinte forte et indélébile.

Nichée entre deux chaînes de montagnes et des falaises qui protègent l’oued Idjeriou et le grand plateau du Tassili, Djanet ravit et impressionne tous ceux qui la visitent. La perle du désert recèle des atouts incommensurables. Elle s’impose comme une destination touristique incontournable, car c’est là que se raconte la vieille histoire du monde de l’humanité. Arpenter ses terres et ses sites, c’est faire un voyage… dans le temps. Magnifique descente dans cette magique ville qui chamboule la vision du désert. Notre Sahara, quatre fois plus grand que la France, n’est pas que sable fin et chaleur suffocante. C’est un tout qui regroupe des richesses naturelles et archéologiques inestimables. En foulant ce sol, vieux de 600 millions d’années, on se rend compte que la séduisante Djanet mérite bel et bien son statut de nouvelle wilaya. De l’aéroport Tiska commence la palpitante… découverte.
La palmeraie, ce cœur qui bat
Avant d’arriver à In Barbar, lieu où nous devions séjourner dans cette localité distante de presque 30 km de la ville, nous passons par les principales ruelles de Djanet où sont érigées de modestes habitations et des structures administratives, toutes aussi jolies et captivantes tant elles ont gardé leur authenticité locale. Dans cette zone à relief élevé culminant à plus de 1.050 mètres d’altitude, la vie est agréable. Tout au long de leurs longues journées, les targuis vaquent à leurs occupations dans une harmonie fraternelle. Ils font de leur mieux pour entretenir leurs belles cités dont la majorité est située aux abords de l’oasis florissante, implantée au centre de Djanet, l’un des endroits les plus frais du Grand Sud. Ils aiment ce qu’ils ont en attendant unmieux et pourquoi pas un meilleur. Sur le chemin, on remarque ses trois ksour nommés El Mihane, Azelouaz et Adjahil, classés patrimoine national depuis quelques années. Ces vieilles structures bâties en hauteur pour échapper aux crues, faites de pierres et d’argile, sont inhabitées et sans surveillance. Il n’y a que la mosquée d’Azelouaz qui a été retapée pour accueillir les fidèles, résidant dans la périphérie. En balayant du regard les lieux, on se rend compte que Djanet est spécifique à plus d’un titre. Non seulement elle est entourée de toutes parts de montagnes rocheuses, mais il suffit de faire quelques pas en dehors de la vallée pour être directement connecté à des zones touristiques connues et reconnues mondialement. En effet, au cœur de la perle du désert, l’urbanité épouse la nature luxuriante dans une merveilleuse complicité à contempler. Devant la palmeraie, point focal de la région, un grand marché appelé Tadjakana élu domicile. C’est l’endroit favori des targuis où ils peuvent s’approvisionner en tout. Les autochtones ont tous des accès vers Ihrir, une oasis classée en 2001 zone humide à portée mondiale. C’est là où sont cultivés des jardins traditionnels renfermant des palmiers-dattiers, des légumes divers, des arbres fruitiers, orangers, citronniers et oliviers. Son avantage précieux : l’eau est abondante pendant toute l’année, étant donné qu’il suffit de creuser à huit mètres de profondeur pour la trouver. Un fait saillant. Hosseïni, propriétaire d’une agence de voyages et guide, tient à préciser que les lots de cette grande oasis sont des héritages qui reviennent aux filles et non aux garçons. C’est une particularité des targuis accordant énormément de considération à la gent féminine. Une tradition qui a suscité beaucoup de désaccords mais dont l’application reste intacte au fil des générations. En sommes, Djanet a beaucoup de magie à raconter. C’est un endroit comme nous n’en avons jamais vu.
Emblématique vache qui pleure
Son atout exceptionnel est sans conteste le grand parc du Tassili, le sentier cérémoniel néolithique qui la domine et la protège des aléas du temps. Ce plateau aux diverses couleurs, classé patrimoine mondial en 1986, est un autre paradis qui se greffe à cette ville ancestrale et mythique. Devant tant de beauté, nous sommes subjugués…éblouis. Pas question de quitter Djanet sans avoir vu le site de la vache qui pleure, conseille Hosseïni Ayoub, notre guide tout au long de notre petite escapade de deux jours. Pour ne pas rater le vol prévu l’après-midi, réveil aux premières lueurs du soleil, à la découverte de ce site archéologique qui offre à lui seul un condensé spectaculaire aux secrets bien gardés. A bord de son 4X4, son «passe-partout», c’est une virée certes succincte mais riche en émotions. Hosseïni connaît tous les coins et recoins du Tassili n’Ajjer. «Je connais les lieux comme ma poche. Je ne me perds jamais. Je peux vous y conduire même les yeux bandés», lance-t-il avec ironie à l’adresse de sa partenaire Sakina qui n’a pas le sens de l’orientation. D’In Barbar, il décide d’emprunter un raccourci à relief accidenté pour arriver à temps au site tant convoité. Sur le chemin, l’embarras du choix entre rochers, falaises, dunes de sable ou plateaux d’altitude. Le décor est au complet. Pour bien décrire cette fabuleuse beauté, les mots manquent assurément. Les paysages défilent devant les yeux à une vitesse incroyable. Quelle chance d’avoir découvert l’immensité de ce désert meublé de montagnes rocheuses taillées par les forces de la nature. Ces images à couper le souffle sont fascinantes. Elles témoignent surtout de la Miséricorde de Dieu Tout-Puissant. Dans ces moindres parcelles, le divin est manifeste en tout lieu. Que c’est magnifique d’avoir devant soi cette interminable mer de sable jaune. Incroyable mais vrai. Le Tassili N’Ajjer dont on a tant entendu parler accroche finalement le regard et la curiosité. Il renferme tous types de déserts agrémentés de montagnes rocailleuses et plus de 5.000 gravures rupestres vieilles de 12.000 ans. Il incarne le rêve absolu des passionnés du Sahara. Après quelques kilomètres de pistes dans un décor lunaire, la voiture s’arrête. Hosseïni invite à marquer une halte pour observer les gravures rupestres sculptées sous un gros rocher loin des regards. Il s’agit des illustrations antiques appelées tim ghas, dents en en targui. Ce sont des personnages aux silhouettes très fines peintes en rouge. Elles sont bien visibles à l’œil nu. Nous profitons pour immortaliser le moment avec nos smartphones. C’est impressionnant. Nous poursuivons ensuite notre parcours qui sera jalonné d’une forêt de pierres interminables. On se croirait en train de surfer sur de grosses vagues rocheuses de couleurs parfois noires ou argentées, dessinées par les mains de Dame Nature. Du sable, encore du sable qui s’étale sur une vaste étendue pleine de surprises. Sous un soleil rond et flamboyant et dans un paysage féérique, le véhicule avance à vive allure. Nous sommes impatients d’arriver à ce site de la vache qui pleure. Nous y sommes enfin. Le 4X4 s’arrête devant cette fresque magique gravée sur le mur plat d’une grosse montagne. Sur place, on s’aperçoit que son périmètre est défini par quelques petites pierres. En s’approchant peu à peu du lieu, les têtes des vaches se confirment à nos yeux. Elles sont tellement vivantes qu’on a presque envie d’essuyer leurs larmes. Ces gravures datant de 70.000 ans sont exceptionnelles. Ce sont les plus emblématiques du Tassili n’Ajjer. Ces bovidés mélancoliques reflètent plusieurs interprétations. Certains disent qu’elles pleurent, car le coin manquait d’eau en période de sécheresse. Hosseïni explique que l’appellation originale de ces gravures est idharen naw el den, les pierres du berger. Son nom a changé au fil du temps avec la venue des touristes pour devenir la vache qui pleure. Avant de rebrousser chemin, un autre véhicule s’arrête au même endroit. Ce sont des touristes chinois qui viennent aussi observer ce pilier gréseux et ces dessins légendaires de renommée mondiale. Sur le chemin du retour, nous avons déjà comme un pincement au cœur. Il existe mille et une raisons de regretter Djanet, l’oasis qui attire les âmes sèches et assoiffées de beauté naturelle. C’est un endroit paradisiaque dont peut s’enorgueillir notre tendre et bien aimée… Algérie.
De notre envoyée spéciale : Karima Alloun

Protection et promotion du parc du Tassili n’Ajjer : Vers l’élaboration d’une vision commune

Une virée au siège de l’Office national du parc culturel du Tassili n’Ajjer renseigne sur les multiples efforts fournis pour préserver ce patrimoine hors du commun. La directrice Fatma Tagabou nous accueille avec joie et nous livre quelques axes de la feuille de route établie pour redorer le blason de ce site touristique tant convoité. Pour mieux préserver les gravures rupestres, elle recommande aux autorités concernées plus de conservateurs et d’agents de surveillance des sites, afin d’éviter qu’elles soient altérées par les locaux. Ce parc créé en 1972 couvre plus de huit millions d’hectares. Il se compose de deux entités géologiques, un plateau de grès et une crête montagneuse volcanique. Djanet est donc un patrimoine qui attend d’être mis en valeur. Pour ce faire, Tagabou nous fait savoir qu’une réunion de haut niveau sera organisée avant la fin du mois de décembre afin d’élaborer une vision commune de protection et de promotion du site du Tassili n’Ajjer. Parmi les activités du parc, des travaux manuels et des formations dédiées aux petits écoliers. Après des cours théoriques sur les origines des trésors touristiques du Tassili, les petits chérubins illustrent leurs connaissances avec des maquettes faites à la main renseignant sur les majeures gravures et sites de la région. Une idée ingénieuse à perpétuer et une belle manière de faire connaître aux nouvelles générations notre culture ancestrale
K. A.

La vache qui pleure : Explication sémiologique

L’Algérie fait partie des pays les plus riches en gravures rupestres. Celles-ci sont dispersées dans différentes régions notamment dans le Tassili du sud-est algérien. Ces sites néolithiques représentent des musées à ciel ouvert. Les peintures reflètent la vie quotidienne de nos aïeuls. Cependant, ces dessins et peintures rupestres demeurent vierges du point de vue scientifique, indique Kaddour Abdallah Tani, spécialiste en sémiologie. Elles n’ont pas subi de recherches académiques. Ce qui a entretenu le suspense sur leur originalité. «Il existe vraiment peu d’informations. Les sites et la région du Tassili renferment beaucoup de secrets historiques. Les raisons qui ont poussé les hommes du passé à sculpter la pierre demeurent opaque», a-t-il souligné. Il pense qu’elles peuvent exprimer des rites traditionnels ou religieux. Il faut donc, recommande-t-il, encourager les chercheurs en anthropologie à lever le voile sur ces innombrables mystères de la vie antique. Parmi les gravures les plus connues du monde entier, celles du site de La vache qui pleure. Les chercheurs ne se sont pas entendus sur l’explication des larmes. La vraie lecture sémiologique de ces pleurs, indique Kaddour Abdallah Tani, confirme que ces bovidés expriment la dure vie qu’ils mènent quotidiennement du fait de la cruauté de l’humain l’exploitant dans ces voyages et ses pâturages. Elle renseigne également sur le climat sec de la région. Ce qui avait transformé le désert en zone aride. Ce qui a fait pleurer les animaux épris d’eau et de fraîcheur.
K.A.

Figure incontournable des circuits touristiques : Hosseïni, un guide pas comme les autres

Hosseïni Ayoub est un guide touristique unique en son genre. Il ne sait rien faire d’autre que le tourisme. Depuis son enfance, il vadrouille dans les bras du désert dont les contours n’ont plus de secret pour lui. Les passionnés du Sahara aiment sa présence lors des sorties touristiques. C’est comme une ombre réconfortante qui veille sur tout. Il dit qu’il a grandi à Sefar, une zone qualifiée de véritable labyrinthe en raison de son relief varié et mystérieux. C’est dans cet endroit qu’on appelle à tort la cité perdue qu’il a vu naître sa passion pour la nature. Hosseïni veille à ce que le Tassili garde sa virginité. Il refuse que des pistes soient balisées dans ces vastes plateaux, car cela nuirait à l’endroit qu’il protège depuis toujours. Hosseïni réside maintenant à In Barbar, une localité érigée à l’ère de la révolution agraire initiée par le défunt président Boumediène. Le village qui regroupait à ses débuts seulement 103 logements a grandi. C’est devenu une annexe administrative et bientôt une nouvelle commune dans le cadre du nouveau découpage administratif devant être instauré juste après les élections locales. Il a commencé son aventure en 1995,avec la création de sa première agence touristique à Ghat en Libye, qu’il considère comme son deuxième pays. Durant la décennie noire, il ne pouvait réaliser son rêve dans des conditions sécuritaires aléatoires. En 2001, il ouvrira une autre à Tripoli. Il continuera à exercer jusqu’en 2011 où il décide de revenir vers sa région pour ouvrir une agence locale. Il affirme que depuis mars 2020, le tourisme reprend de plus belle, et ce, suite à deux années de disette engendrée par la pandémie. Il regrette cependant la cherté des billets d’avion qui démotivent les touristes étrangers et les obligent à choisir d’autres destinations. En somme, en Hosseïni, on lit comme dans un livre ouvert. Il raconte avec passion ses péripéties de guide chevronné. Dynamique et chaleureux, il connaît sur le bout des doigts Djanet, la perle magique du désert.
K. A.